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AXA / Assurance / IARD
Axa se prépare à une fin d’année difficile
Axa peut se satisfaire de sa capacité de bâtir une prévision. Son estimation des conséquences financières de la crise sanitaire, annoncée début juin, s’est révélée exacte : elle a coûté 1,5 milliard d’euros de résultat opérationnel dans ses comptes du premier semestre, sous la forme de provisions principalement pour des indemnisations liées à des pertes d’exploitation et des annulations d’événements de ses clients entreprises. Si l’on prend également en considération l’effet comptable de 300 millions d’euros de la déconsolidation d’Equitable Holdings (suite à la cession de sa participation résiduelle à Goldman Sachs en 2019), le résultat plonge de 48%, à 1,88 milliard d’euros. A cela s’ajoutent 169 millions d’euros de pertes liées à la baisse de la valeur des investissements d’Axa sur les marchés financiers. L’ensemble de ces éléments font chuter le résultat net de 39%, à 1,43 milliard d’euros.
La dégradation marquée des comptes est donc liée à des éléments exceptionnels. Sans eux, le résultat opérationnel afficherait en effet une progression de 1%. L’activité commerciale, reflétée par son chiffre d’affaires, n’a diminué que de 2% au cours du semestre, à 52 milliards d’euros.
Malgré tout, plusieurs éléments communiqués par l’assureur ont pu décevoir, faisant reculer l’action en Bourse de 5,6% vers 14h00 à Paris. Le groupe a montré d’abord sa vulnérabilité en dommages (ou IARD), y compris pour les trimestres à venir, matérialisée par la perte d’Axa XL, sa filiale en assurance IARD pour les entreprises et les risques de spécialités. Certes cette société, formée après l’acquisition du bermudien XL en 2018, est en cours de transformation et est parvenue à passer des hausses de prix de 14,3% en assurance et de 7,5% en réassurance, comme l'a souligné le directeur général d’Axa Thomas Buberl ; mais elle affiche tout de même une perte opérationnelle de 800 millions d’euros au premier semestre, contre un bénéfice de 500 millions un an plus tôt. En conséquence, le résultat opérationnel des activités Dommages du groupe s’est effondré de 72%, à 544 millions d’euros au cours du semestre. "Ceux qui s’étaient élevés contre l’acquisition de ce spécialiste de l’IARD devraient à nouveau se faire entendre", anticipe Bassem Neifer, analyste chez Alphavalue. Les primes sont contractuellement liées au niveau d’activité des clients, explique la chute des bénéfices. Certes, hors pandémie, les revenus d’AXA XL ont progressé de 1%. Mais "s’il devait y avoir une deuxième vague de Covid-19, les pertes seraient beaucoup plus importantes et les bénéfices du groupe s’en verraient pénalisés. Les incertitudes économiques restent très incertaines et le lent redémarrage de l’économie n’est pas une bonne nouvelle pour Axa ", poursuit-il.
Le groupe a également abandonné deux objectifs de son plan stratégique Ambition 2020 : le résultat opérationnel par action et la rentabilité courante de ses capitaux propres (il a en revanche maintenu ses objectifs de solvabilité et de flux de trésorerie disponible). Or, une moindre rentabilité "signifie que le groupe va devoir adapter son business model rapidement", estime Bassem Neifer. En clair, le deuxième semestre risque d’être difficile pour Axa, du fait de son exposition importante en IARD, mais aussi de l’effet de la faiblesse durable des taux, qui pèsent sur les rendements, et des conséquences sur les marchés financiers d’une éventuelle nouvelle vague de contamination avec des mesures de confinement ciblé.
De quoi imaginer des cessions d’actifs de la part d’Axa ? "Cette crise a montré qu'il vaut mieux se concentrer sur un nombre réduit de marchés plutôt que chercher à augmenter de taille. Les compagnies qui ont payé du dividende sont les plus petites, donc celles qui maîtrisent parfaitement leurs risques", souligne l’analyste.
Dans ce cadre, la décision d’Axa d’annuler la distribution complémentaire de dividende prévue au quatrième trimestre (qui avait été annoncée le 3 juin en même temps que la division par deux du dividende versé en juillet), a logiquement déçu des investisseurs. Elle a été prise conformément à la recommandation du régulateur français, l’ACPR, publiée le 28 juillet. Si elle lèse les actionnaires à court terme, elle permet à Axa de préserver son bilan dans un contexte très incertain. Son ratio de solvabilité réglementaire a terminé le premier semestre à 180%, en baisse de 18 points de pourcentage par rapport au 31 décembre 2019. Mais il reste encore dans la fourchette cible définie par Ambition 2020 (170-230%).
Autre surprise, l’abandon de la cession d’Axa Life Europe au fonds Cinven. Dans les conditions actuelles, sachant que l’assurance-vie est très corrélée aux marchés financiers, la valorisation de cet actif a nécessairement souffert. Axa n’a donc pas souhaité brader cet actif – une décision plutôt sage, même si elle prive le groupe des 925 millions d’euros qui lui était promis à l’annonce de la transaction.
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