Dirigeants, gouvernance
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Bernard Arnault veut maintenir l’intégrité de Lagardère
La torpeur estivale et le port du masque n’empêchent pas les conseils d’administration ou de surveillance de se réunir. Lundi soir, c’était au tour de Lagardère de réunir son conseil afin d’anticiper bizarrement la prolongation du mandat d’Arnaud Lagardère comme gérant commandité. Un conseil qui n’a pas réuni l’unanimité puisqu’Aline Sylla-Walbaum, patronne de Christie’s et inspectrice des finances s’est abstenue (ce qui correspond à un vote contre). De la même manière ce conseil a accordé l’agrément à la Financière Agache d’entrer au capital de Lagardère Capital & Management. Une décision purement technique destinée à remplacer l’agrément accordé le 24 mai dernier à Groupe Arnault.
C’est donc la Financière Agache, filiale à 100 % de Groupe Arnault et actionnaire à 100 % de Semyrhamis, elle-même actionnaire à 98 % de Christian Dior, qui porte la participation de 41,3 % dans LVMH qui va acquérir pour 80 millions d’euros 26,7 % de Lagardère Capital & Management. Cette société fourre-tout et dont les comptes n’étaient plus publiés depuis quelques années a fait l’objet d’un vaste ménage orchestré par Didier Martin, avocat chez Bredin Prat. C’était la condition posée par Bernard Arnault pour se porter au secours d’Arnaud Lagardère.
De fait Lagardère Capital & Management est redevenue une société "clean" détenant 100 % d’Arco, 7,26 % de Lagardère (avec des titres quasiment tous nantis au bénéfice du Crédit Agricole) et une créance de 164 millions d’euros envers ce même Crédit Agricole. La banque verte doit aujourd’hui se demander comment elle va être remboursée dans la mesure où les titres Lagardère ne valent plus que 140 millions d’euros suivant les cours de Bourse de ce matin. Les contrats de travail des dirigeants de Lagardère ont donc été sortis de LC & M de même (ce qui représente une charge annuelle de 19 millions d’euros en moins). De même que le prêt de 200 millions d’euros fait par LC & M à Lagardère SAS, société personnelle d’Arnaud Lagardère. Tout cela a été réuni dans une nouvelle société distribuée aux actionnaires de LC & M avant l’arrivée de la Financière Agache. Reste seulement le risque pénal attaché à l’enquête du H3C sur le travail du commissaire aux comptes de LC & M dont on devrait connaître le résultat en septembre.
Si Bernard Arnault a profité de ce conseil de la Financière Agache pour affirmer son attachement à l’intégrité du groupe Lagardère et de ses deux principaux actifs, cette annonce relève surtout de la posture dans le combat en faveur d’une juste démocratie actionnariale que mènent Amber et Vivendi, qui totalisent près de 45 % du capital de Lagardère. Ces deux actionnaires vont donc envoyer un courrier officiel d’ici vendredi demandant la convocation d’une assemblée générale ordinaire et la cooptation de trois administrateurs pour Amber et d’un pour Vivendi. Lagardère bénéficiera de dix jours ouvrés pour répondre et devra convoquer une assemblée dans un délai de cinquante jours. En cas de refus – ce qui est probable – la société sera assignée au tribunal de commerce. Et les motifs ne manquent pas pour que la justice consulaire donne droit au tandem Amber-Bolloré.
D’ici là on s’attend à ce qu’Aline Sylla-Walbaum démissionne du conseil de Lagardère après son abstention de lundi dernier. Ce qui obligerait Lagardère à coopter une femme, la parité n’étant pas le fort de ce conseil de surveillance. Un tel départ intervenant avant une assignation au tribunal de commerce serait tout de même une forme de "caillou dans la chaussure" pour le gérant Arnaud Lagardère.
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