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Bpifrance
Bpifrance a joué son rôle en 2020
L'information fait tache, même si on pouvait s'y attendre dans le contexte de la pandémie : Bpifrance a publié hier une perte au titre de l'exercice 2020 pour la première fois de son histoire. La banque publique d'investissement accuse un déficit net de 121 millions d'euros, contre un bénéfice - exceptionnellement élevé - d'un milliard en 2019.
Mais si ce solde négatif est la conséquence directe de la crise économique consécutive au coronavirus, il n'est pas la conséquence de "paumes" liées à des faillites d'entreprises dont elle est actionnaire, créancière ou garante. Deux causes expliquent l'événement : la politique prudentielle de Bpifrance et la baisse des résultats des entreprises dont elle est actionnaire.
Étant donné le contexte, l'établissement public a en effet considérablement augmenté ses provisions pour coût du risque, à 462 millions d'euros en 2020, contre 83 millions l'année précédente. "On s'est mis au taquet des provisions pour risque de crédit. La plupart des banques n'ont pas fait ce choix, mais nous avons l'avantage de ne pas être coté et nous pouvons nous permettre d'être conservateur", a expliqué hier Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, en conférence de presse. Il a ajouté que le risque réel était très limité pour l'institution de financement, comme pour l'ensemble du secteur bancaire en France. "Nous allons probablement reprendre une partie des provisions en 2021", a-t-il précisé.
Les comptes de Bpifrance ont également - et logiquement - souffert de la moindre contribution des entreprises cotées dont elle est actionnaire, en particulier PSA (qui a fusionné le mois dernier avec Fiat Chrysler pour former Stellantis), STMicroelectronics et Eutelsat. "On a de très grosses participations que l'on a dû mettre en équivalence dans nos comptes", conformément à la norme IFRS 9. À noter que l'établissement devrait être moins sensible à ce paramètre pour l'année en cours, étant donné que la division par deux de son ancienne participation dans PSA lors de la création de Stellantis ne l'obligera plus à intégrer les résultats du constructeur automobile par équivalence. Ce qui veut dire qu'il ne bénéficiera pas du rebond probable des comptes de Stellantis en 2021 par exemple.
Des entreprises prêtes à la relance
La perte nette cache également une forte dichotomie une croissance très forte au second semestre, où le résultat net a atteint 1,15 milliard d'euros, conséquence du redressement de l'économie et des comptes des sociétés après le déconfinement de juin. En outre, Bpifrance est parvenu à créer de la valeur en dépit du contexte difficile : la valeur de ses actifs (portefeuilles de crédit, participations et trésorerie) a augmenté de 126 millions d'euros en 2020, pour atteindre un total de 9,5 milliards depuis la création de l'institution en 2013. Sur le créneau des PME par exemple, la banque a réalisé ses investissements à un multiple moyen de 7,8 fois l'Ebitda et ses cessions à 11,8 fois.
Enfin, Nicolas Dufourcq s’est réjoui de la capacité de Bpifrance à rester dans les clous dans sa gestion : "nous avons maintenu le coefficient d'exploitation de notre activité de crédit sous la barre des 50 % et dans nos activités de fonds propres, le ratio de charges sur actifs sous gestion est resté inférieur à 0,5 % - précisément 0,45 %", précise-t-il. Bpifrance a connu une activité importante dans ses différents métiers. L'activité de financement a progressé de 9,5 % en 2020, pour atteindre 20,5 milliards d'euros, tandis que l'investissement en fonds propres (direct ou indirect) a bondi de 45 %, à 3,6 milliards.
Pour 2021, la banque publique affiche son optimisme. Son scénario central est celui d'un rebond fort à partir du second semestre dans le monde grâce à la progression de la vaccination. "Il devrait nous permettre de revenir à un résultat net normatif de très bonne qualité - sans compter une mise en équivalence de Stellantis", prédit son patron.
Pour autant, Bpifrance a revu en hausse son estimation du taux de défaut sur les Prêts garantis par l'État (PGE) : il anticipe désormais une fourchette comprise entre 5,5 % et 7,5 %, soit un point de pourcentage de plus que l'estimation précédente réalisée en octobre dernier. Mais là encore Nicolas Dufourcq se veut rassurant : "Le PGE, qui devait être une bulle de trésorerie pour les entreprises, est devenu un outil de relance de l'investissement pour les entreprises : il est utilisé pour financer le BFR lié à la reprise, les investissements ou les acquisitions".
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