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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Un été sans vraie pause
par Yves de Kerdrel

À cause de la propagation exponentielle du variant Delta, la saison estivale ne sera pas de tout repos, tant pour les politiques, que pour le système de santé et pour les forces de l’ordre. Pour l’heure cela n’affecte en rien la reprise économique aussi bien dans les chiffres macro que dans les comptes semestriels des entreprises. Mais le Conseil Scientifique redoute déjà l’arrivée d’un variant plus tenace avant l’hiver…

25/07/2021 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

Il y a exactement trois cent cinquante ans Jean de La Fontaine écrivait l’une de ses fables les plus célèbres : "les animaux malades de la peste". La morale de cette fable s’adressait à la cour et à cette noblesse versaillaise qui se croyait au-dessus de tout péril. Cette phrase, nous l’avons apprise et nous la citons régulièrement sans plus savoir vraiment d’où elle vient : "Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Mais tout ce qui nous intéresse dans cette très belle fable se trouve parmi les premiers vers : "Un mal qui répand la terreur - Mal que le Ciel en sa fureur - Inventa pour punir les crimes de la terre, - La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) - Faisait aux animaux la guerre. - Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés". Et il faut bien reconnaître que si la planète compte déjà 4 millions de morts du Covid, et la France près de 130 000, tous sont frappés par les conséquences de ce virus. Après les conséquences économiques – déjà surmontées pour l’essentiel – les conséquences en termes de libertés publiques avec la création d’un "passe" sanitaire qui rend la vaccination quasiment obligatoire par défaut.

 

Éthique de conviction et de responsabilité

 

Nous avons déjà expliqué la semaine passée, pourquoi nous pensons que l’éthique de responsabilité comme l’éthique de conviction devraient amener chaque français à se faire vacciner sans que le gouvernement soit contraint de passer par la loi, et sans que des amendes soient prévues, créant les conditions d’un clivage au sein des Français. Car si les études académiques estiment que les vrais "antivax" pour des raisons religieuses, personnelles, ou morales ne représentent que 2 % de la population, le gouvernement a été tellement maladroit que selon un sondage récent 16 % des Français sont opposés à la vaccination et quatre Français sur dix sont contre l’instauration du "passe" sanitaire.

Les parlementaires ont débattu toute cette semaine (et les sénateurs encore hier soir) afin que les mesures annoncées par le Chef de l’État avant le 14 juillet puissent entrer en vigueur le plus vite possible. En principe certaines sont en fonction depuis le 21 juillet, même si la loi n’a pas été promulguée. Jean Castex a annoncé qu’il allait saisir le Conseil Constitutionnel sur ce texte pour savoir s’il porte atteinte aux libertés publiques. Il n’est pas impossible que soixante sénateurs procèdent également une saisine de la Cour suprême en dépit de la force de conviction du Sénateur Claude Malhuret, médecin de son état, et très favorable au texte de loi.

 

De la crise sanitaire à la crise sociétale

 

Pour l’heure, si les chiffres de contamination explosent, avec un doublement par semaine, il n’y a pas d'importantes conséquences au niveau du système de santé. Les urgences ou SOS Médecins qui sont en amont de la chaîne hospitalière ne sont pas plus submergées qu’à la normale. Et grâce à la poursuite de la vaccination, avec des records de rendez-vous enregistrés ces derniers jours, il est fort possible que les secteurs Covid des hôpitaux et plus encore les services de réanimation ne soient pas submergés.

Le problème, cet été, ne tient pas à la gestion de la crise hospitalière, mais à la crise sociétale que ce "passe" sanitaire a créée. Rarement dans la torpeur estivale on a assisté à des manifestations de la part de 150 000 Français, qui sont souvent vaccinés, mais considèrent le système mis en place comme une atteinte aux libertés individuelles et publiques. Et cela même si les sages du Conseil d’État n’ont rien trouvé à y redire. Cette cassure sociétale n’est pas bonne, car elle fait le jeu des extrêmes. Et en termes de manifestations, elle peut déboucher sur de la violence, bien superflue par les temps qui courent.

 

Les atouts de Valérie Pécresse

 

En dépit d’une actualité dominée par ce "Delta", Valérie Pécresse a choisi la journée de jeudi pour annoncer sa candidature, et la justifier par une longue interview au Figaro. Même si elle marche dans les pas de Xavier Bertrand, en voulant rendre au Pays sa fierté et en souhaitant restaurer partout dans le pays la notion d’autorité, elle se distingue par son côté libéral sur le plan économique. De fait, pour reprendre la classification de René Rémond, elle appartient à la famille orléaniste, comme ce fut le cas pour Édouard Balladur, laissant à Xavier Bertrand, la famille de droite populaire. Et si Laurent Wauquiez se présente il incarnera de fait, la droite bonapartiste.

Bien sûr Valérie Pécresse a beaucoup d’atouts. Elle a été réélue facilement à la tête de la première région de France où elle manie avec habileté la culture du résultat. Elle est une femme. Et depuis la candidature de Ségolène Royal en 2007, le sexe féminin a toujours été laissé de coté lors des grands rendez-vous électoraux. Elle sait concilier une droite conservatrice, et une droite provinciale par ses attaches familiales en Corrèze, non loin de Meymac et des terres électorales de Jacques Chirac. Elle a un grand sens de l’état, étant issue du Conseil d’État, avec une large expérience ministérielle (dont le budget). Par ailleurs, grâce à Frédéric Péchenard, elle s’est beaucoup rapprochée de Nicolas Sarkozy qui continue à jouer les "faiseurs de roi".

 

Compétition sans combat à droite

 

Reste la question du départage à droite. Cette semaine s’est tenue une réunion dans un hôtel parisien en présence de Christian Jacob et de Gérard Larcher qui a entériné le principe des primaires – pourtant favorables aux candidats les plus radicaux – qui ont été si néfastes à la droite à l’automne 2016. Assistaient à cette réunion Valérie Pécresse, bien sûr, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Philippe Juvin et Michel Barnier.

Xavier Bertrand qui a expliqué depuis longtemps qu’il était hostile à ces primaires était absent. Mais il a rencontré le lendemain rue de Vaugirard l’état-major des Républicains. Ce qui prouve qu’il entend rester dans "la famille" de son ancien parti, même s’il l’a quitté il y a plusieurs années. Les sondages lui restent très favorables, comme l’a montré celui du Point, en en faisant la personnalité la plus populaire à droite. Il compte sur son "tour de France" estival pour faire percoler ses idées à la fois sur le retour de la sécurité dans le pays et sur la revalorisation du travail. Et surtout il entend rester très bienveillant avec Valérie Pécresse qu’il respecte depuis longtemps.

 

La zone Euro en plein boom

 

Au chapitre économique, tout va pour le mieux. Puisque la croissance de l'activité dans la zone euro a atteint en juillet son rythme le plus élevé depuis plus de 20 ans, l'assouplissement de certaines restrictions sanitaires ayant donné un nouvel élan au secteur des services, mais les craintes d'une nouvelle vague de COVID-19 ont eu un impact sur la confiance des entreprises. L'indice composite "flash", considéré comme un bon indicateur de la santé de l'économie, a augmenté de 59,5 à 60,6, son plus haut niveau depuis juillet 2000. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une hausse moins marquée, à 60,0.

Dans les services, l'indice PMI a atteint 60,4, son plus haut niveau depuis juin 2006, contre 58,3 en juin. Il dépasse ainsi le consensus, à 59,5. Le sous-indice des nouveaux contrats est passé de 58,7 à 59,7, un chiffre parmi les plus élevés enregistrés depuis le début de l'enquête il y a 23 ans. Dans le même temps, l'expansion de l'activité manufacturière a légèrement ralenti à 62,6 contre 63,4 en juin. La propagation du variant Delta a aggravé les difficultés sur les chaînes d'approvisionnement, ce qui pèse sur les prix des matières premières. L'indice des prix payés s'est maintenu au niveau élevé de 88,5 déjà enregistré en juin. Seule mauvaise nouvelle : l'évolution de la pandémie a sapé la confiance générale des professionnels, l'indice composite de la production future reculant de 71,9 à 67,8, au plus bas depuis février.

 

Un mois de juillet décevant en France

 

S’agissant de la France, l'activité dans le secteur privé a ralenti en juillet, son indice tombant au plus bas en trois mois, en raison de pénuries de matériaux et de retards dans les livraisons. L'indice PMI "flash" composite a atteint 56,8, un creux de trois mois, contre 57,4 en juin alors que le consensus Reuters tablait sur une augmentation à 58,5. Celui des services est passé à 57,0 après 57,8 alors que les économistes le donnaient en moyenne à 58,7. L'indice du secteur manufacturier est ressorti à 58,1 en juillet contre 59,0 en juin et 58,4 pour le consensus.

Compte tenu de la forte augmentation des nouvelles commandes, le seul obstacle au maintien de taux élevés de croissance sera du côté de l'offre. Les commandes se sont accumulées une fois de plus en juillet, les entreprises s'efforçant de résister à la pression sur la demande dans un contexte de relâchement des mesures de confinement et des efforts pour relancer l'économie. Cette situation a été aggravée par des pénuries continues d'intrants et une faible disponibilité du fret, ce qui a conduit à la hausse des coûts la plus élevée depuis mai 2011.

 

Christine Lagarde reste sereine

 

En matière de politique monétaire, le variant Delta est naturellement pris en compte par les banques centrales. Alors que sa propagation s’accélère en Europe, Christine Lagarde a reconnu que ce dernier représente une source d'incertitude croissante. Toutefois, le Conseil des gouverneurs avance que les aléas autour de la croissance économique demeurent équilibrés. L'économie a rebondi au deuxième trimestre et, avec l'assouplissement des restrictions, elle est en passe de connaître une forte croissance au troisième trimestre, a déclaré Christine Lagarde.

Dans le détail, la BCE s’attend à ce que l'industrie manufacturière affiche de bons résultats, même si des goulots d'étranglement au niveau de l'offre freinent la production à court terme, tandis que la réouverture des économies favorise un rebond vigoureux du secteur des services. Christine Lagarde était également attendue concernant la revue stratégique. La Française avait prévenu que la forward guidance (esquisse de la trajectoire future de la politique monétaire) allait être amendée pour prendre en compte le nouvel objectif symétrique d’inflation de 2 % l’an à moyen terme. C’est ainsi que le Conseil des gouverneurs s’est accordé pour laisser les taux d’intérêt directeurs au niveau actuel ou plus bas, jusqu’à ce qu’il constate que l’inflation atteint 2 % bien avant la fin de son horizon de projection

 

Réunion importante pour Jerome Powell

 

De l’autre côté de l’Atlantique, dans un contexte d'économie en surchauffe, Jerome Powell réunira cette semaine le comité de l’open market de la Réserve Fédérale qui décide de la politique monétaire. Étant donné que l'inflation est temporaire, la Réserve fédérale pourrait maintenir le taux des fonds fédéraux bas pour le moment, ce qui à son tour maintiendrait les autres taux d'intérêt bas.

Actuellement, les prix à la consommation augmentent à un taux d'inflation annuel de 5,4 %, selon l'indice des prix à la consommation (IPC) de juin du Bureau of Labor Statistics des États-Unis. Les causes courantes de l'inflation comprennent les pressions sur les prix dues à une augmentation de la demande, des pénuries d'approvisionnement et surtout une reprise rapide après la pandémie. Mais Jérôme Powell a expliqué que la Fed veut voir l'inflation au-dessus de 2 % pendant un certain temps avant d'augmenter éventuellement les taux d'intérêt.

 

Une semaine pleine de résultats semestriels

 

Juste avant la pause estivale, de très nombreuses grandes sociétés publieront cette semaine leurs résultats semestriels. Peu d’analystes financiers s’attendent à de mauvaises surprises. On a même assisté ces derniers jours à un relèvement de la guidance de Vallourec, pourtant en grande difficulté financière. Les résultats de LVMH ou de Michelin seront notamment scrutés par les investisseurs dès demain. Notamment en comparaison de leur performance au premier semestre 2019.

Suivront Cap Gemini, TF1 et M6 mardi, puis Aéroports de Paris, Scor, Vivendi mercredi, avant une très grosse journée jeudi avec Orange, TotalEnergies, Bolloré, Carrefour, Danone, Lagardère ou L’Oréal, et enfin vendredi avec Vinci, Engie, Hermès, Renault ou Euronext. Après quoi le marché entrera dans la torpeur estivale. Ce qui n’exclut pas des soubresauts comme le 15 août 1971 avec la désindexation du dollar sur l’or ou en août 2007 avec les signes prémonitoires de la crise financière de 2008. Une bonne raison pour rester connecté à WanSquare tout l’été.

 

 

P.-S. : Cet éditorial dominical prend quelques jours de repos dans le décor inspirant du Plateau de Millevaches au cœur du Limousin, de ses hêtres, de ses chênes, mais aussi de ses girolles et de ses myrtilles. Nous nous retrouverons donc le dimanche 29 août, quelques jours après la Rencontre des Entrepreneurs de France et la rentrée gouvernementale pour une année politique, économique et financière qui s’annonce déjà passionnante. En attendant, ne ratez pas à 18 heures du lundi au vendredi nos trois minutes quotidiennes de pause philosophique. Mais surtout prenez soin de vous !

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