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Yves de Kerdrel
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Macron rattrapé par le « delta » et un remaniement imminent
par Yves de Kerdrel
À trois jours de la fête nationale du 14 juillet, le Chef de l’État voit ses plans contrariés par la forte montée en puissance du variant Delta. On observe partout dans le monde une recrudescence de la pandémie à cause de cette nouvelle souche. Ce qui a fait plonger les marchés financiers en milieu de semaine et douter les économistes de l’ampleur de la reprise. Emmanuel Macron interviendra donc demain soir à la télévision et pourrait procéder dans la foulée à un remaniement gouvernemental.
François Mitterrand aimait à considérer qu’il était le "maître des horloges". Ce Président de la République passionné d’histoire, et du temps qui passe – ce qui explique sa proximité intellectuelle avec Jean d’Ormesson, lui aussi obsédé par la notion de temps - pensait que le seul apanage du pouvoir était de décider du calendrier des grandes décisions qui animent la vie politique. Cette volonté de maîtriser le temps qui s’écoule était sans doute liée à la très longue maladie qu’il a combattue pendant deux septennats.
Emmanuel Macron, qui n’a rien de commun avec François Mitterrand, aurait bien aimé pouvoir garder la maîtrise du calendrier. C’est d’ailleurs lui et lui seul qui a fixé les dates des confinements et des déconfinements, laissant à son Premier Ministre le soin de mettre en œuvre les dispositions précises. Avec l’arrivée de l’été, la forte campagne vaccinale et la chute des contaminations, il pensait pouvoir tourner la page de la pandémie. C’était sans compter l’arrivée du variant Delta (ou indien) dont le taux de contamination est exponentiel et commence à inquiéter le pouvoir.
Conseil de sécurité sanitaire
À tel point que demain matin très tôt, le Président de la République commencera sa semaine par un conseil de sécurité sanitaire extraordinaire spécialement dédié aux mesures à prendre face à l’arrivée massive de cette nouvelle souche du coronavirus. Alors que les dernières mesures de déconfinement total sont intervenues le 30 juin, la question qui se pose aux politiques, aidés des experts, est de savoir s’il faut faire marche arrière et décider de la mise en œuvre de certaines mesures coercitives, notamment aux frontières.
C’est une décision difficile à prendre au seuil d’une saison estivale qui voit les hôteliers et les restaurateurs "revivre" après plus d’un an de zombification. C’est une décision politique compliquée alors que, la campagne vaccinale aidant, la France avait de bonnes raisons de penser qu’elle était désormais bien protégée. Et le calendrier n’arrange rien avec la récente réouverture des discothèques, le 9 juillet, comme avec le défilé du 14 juillet qui devait ouvrir une nouvelle période politique allant jusqu’aux présidentielles.
Le sujet délicat de la vaccination des soignants
D’autant que ce variant ultra-contagieux débarque en France à un moment où le nombre de vaccinations chutant, se pose la question de la vaccination obligatoire, des soignants à l’hôpital, puis de tous ceux qui travaillent auprès de personnes fragiles, voire de tous les Français. C’est un sujet qui mêle des notions diverses et contradictoires comme l’utilitarisme, l’éthique, la responsabilité et la liberté individuelle, mais aussi le souci pour l’État d’assurer la sécurité de tous, dans les hôpitaux où 30 à 40 % des soignants ne sont pas vaccinés.
Pour beaucoup, la solution est simple : imposer la vaccination obligatoire à ces catégories de personnels, par décret ou par la loi. Mais dans ce débat de santé publique des clivages catégoriels apparaissent. La CGT invite les pouvoirs publics à convaincre plutôt qu’à contraindre. Et les partis politiques représentant les extrêmes de droite ou de gauche tentent de surfer sur la méfiance d’une partie de la population à l’égard des vaccins. Une méfiance accrue depuis la mise en place des onze vaccins à appliquer aux nouveau-nés, dès l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron.
Jean Castex en relation avec les parlementaires
Pour l’heure, Emmanuel Macron s’est débarrassé de cette question très délicate aux dépens de Matignon. Jean Castex a donc demandé aux différents partis de lui faire parvenir une note écrite avec leurs préconisations respectives. Il a également prévu de recevoir l’ensemble des patrons de groupes parlementaires, notamment s’il prévoit de faire adouber la contrainte d’une vaccination par le Parlement. Ce qui protégerait l’image du Président de la République à neuf mois de la présidentielle.
Tous les ministres concernés par cette question multiplient les précautions de langage comme s’ils étaient bien conscients d’être assis sur un baril de poudre qui risquerait de fragmenter le corps social au milieu de la torpeur estivale. Selon nos informations, afin de se protéger lui-même, Jean Castex aurait prévu de saisir en amont le Conseil Constitutionnel afin qu’il donne (ou non) son imprimatur sur un texte qui serait ensuite soumis aux débats des parlementaires.
Une intervention télévisée demain inéluctable
Mais finalement Emmanuel Macron, qui devait intervenir à la télévision avant le 14 juillet afin d’évoquer ses projets pour la fin du quinquennat et notamment son éventuelle réforme des retraites fera une déclaration solennelle demain soir depuis l’Élysée, retransmise sur toutes les chaînes de télévision. Une déclaration qui tiendra compte des décisions prises le matin même lors du conseil de défense sanitaire.
Selon nos informations, obtenues dans son entourage proche, le Chef de l’État devrait éviter de parler de vaccination obligatoire. Mais il indiquera que les Français qui ne veulent pas se faire vacciner n’auront pas le même degré de liberté que les autres. Ils pourraient, en l’absence de QR Code à présenter, ne pas être admis, pendant une certaine période, dans les restaurants, les cinémas, les musées, les animations sportives ou culturelles. Par ailleurs il pourrait profiter de cette intervention pour annoncer un remaniement gouvernemental afin que dès le 14 juillet les nouveaux titulaires de maroquins soient à la tribune officielle du défilé. Ces annonces sont attendues par les Français, mais aussi par les élus du parti présidentiel qu’il recevra le soir même à dîner à l’Élysée et qui sont encore sonnés par la défaite cinglante qu’ils ont subie aux élections régionales.
Faible confiance des Français pour Castex
Tous ces contretemps viennent non seulement brouiller le calendrier de sortie de crise, mais la confiance des Français dans nos politiques. Alors que les élections régionales n’ont pas été favorables aux listes soutenues par la majorité présidentielle, la confiance en l’exécutif reste stable par rapport à début juin : 36 % des Français – seulement ! - interrogés par Elabe pour Les Échos et Radio Classique accordent leur confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. Hormis en août 2020, sa cote de confiance oscille entre 32 % et 36 % depuis mai 2020. À l’inverse, 59 % des Français n’accordent pas leur confiance au président
La cote de confiance du Premier ministre Jean Castex est stable, et s’établit à 29 %. À l’inverse, 61 % des personnes interrogées ne lui font pas confiance. D’un point de vue politique, sa cote de confiance baisse auprès des électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon et progresse légèrement auprès de l’électorat de François Fillon.
Forte hausse de la popularité de Xavier Bertrand
Malgré une baisse de 4 points ce mois-ci, Édouard Philippe reste en première position du classement des personnalités politiques, bénéficiant d’une image positive auprès de 48 % des Français. À noter que c’est son niveau le plus bas depuis qu’il n’est plus membre du gouvernement. Après leur victoire électorale dans leur région respective, les trois principaux prétendants de droite à l’élection présidentielle sont en hausse : la plus forte progression est pour Xavier Bertrand (34 %, +7) ; Valérie Pécresse est en hausse de 3 points (29 %) et Laurent Wauquiez de 4 points (25 %). Pour ces 3 personnalités, il s’agit de leur niveau le plus élevé depuis le début du quinquennat.
Auprès des sympathisants de droite, Xavier Bertrand prend la première place suite à une hausse de 14 points et atteint son plus haut niveau avec 78 % d’image positive. Il devance légèrement Nicolas Sarkozy (75 %, +2) et Valérie Pécresse (74 %) qui progresse elle aussi et atteint son plus haut niveau. À noter que Laurent Wauquiez atteint la sixième place. Marine Le Pen est, elle, en baisse de 11 points (à 31 %.)
Le sujet de la Primaire a du plomb dans l’aile chez les Républicains
Plus les jours passent, plus les réunions au sein des Républicains se déroulent sans parvenir à se fixer vraiment sur le principe d’une primaire à droite, plus la position de Xavier Bertrand de ne pas concourir à cette primaire est bien comprise par les Français. Christian Jacob est actuellement sur un chemin de crête. Le patron des Républicains est poussé par Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau à organiser une primaire à l’automne en dépit des réticences de la moitié des sympathisants de droite (sondage Odoxa pour Le Figaro).
Mais lui-même n’y est pas très favorable. Car il sait que cette primaire sera un facteur de division auprès d’un parti qu’il a réussi à apaiser. Par ailleurs il n’a pas perdu tout espoir de convaincre François Baroin de sortir du bois, en dépit de ses dénégations récentes lors du Bureau Politique du parti. Enfin, il se dit que ne pas décider, c’est laisser le temps aux sondages de faire émerger une figure de proue. Pour l’heure Xavier Bertrand fait la course en tête et a prévu de sillonner toute la France pendant l’été. Avant de dévoiler à la rentrée les premières grandes lignes de son programme pour un quinquennat unique.
Bruxelles reste très optimiste sur l’ampleur de la reprise
La propagation du variant Delta un peu partout dans le monde, alors que 80 % des habitants de la planète ne sont toujours pas vaccinés et au moment où l’on vient de franchir le cap des 4 millions de morts au niveau mondial, a commencé à semer le trouble ces derniers jours auprès d’économistes jusque-là euphoriques et des marchés financiers qui ont violemment accusé le coup jeudi dernier. Pourtant, la Commission européenne a fortement revu en hausse mercredi sa prévision de croissance du PIB pour la zone euro en 2021 à 4,8 %, soit +0,5 point par rapport à sa dernière estimation, et table désormais sur +4,5 % en 2022 (+0,1).
L'économie européenne devrait rebondir plus vite que prévu grâce à l'amélioration de la situation sanitaire et une levée rapide des restrictions mises en place pour contrôler la pandémie, estime Bruxelles. Après un plongeon record l'an dernier (-6,5 % en zone euro, -6 % dans l'UE), sous l'effet notamment du confinement strict imposé au printemps 2020 pour endiguer la pandémie de Covid-19, l'Europe va connaître un redressement non moins record. L'économie européenne devrait enregistrer sa plus forte croissance depuis des décennies, a déclaré Paolo Gentiloni, commissaire européen à l'Économie. Il a souligné que la révision à la hausse par rapport aux prévisions de printemps était la plus forte en plus de 10 ans.
Une inflation encore sous contrôle
Si ces chiffres se confirment, le Produit intérieur brut retrouvera son niveau d'avant-crise au dernier trimestre 2021, tant dans l'Union Européenne que dans la zone euro, soit un trimestre plus tôt qu'anticipé jusqu'ici. Plusieurs facteurs expliquent le plus grand optimisme de Bruxelles. L'activité au premier trimestre a d'abord reculé moins que prévu en début d'année. Par ailleurs, la stratégie efficace de contrôle de l'épidémie et les progrès de la vaccination ont fait chuter les contaminations et les hospitalisations, ce qui a permis aux pays de l'UE de rouvrir leurs économies au deuxième trimestre.
Cette réouverture a particulièrement bénéficié au secteur des services, et les résultats d'études sur le moral des consommateurs et des chefs d'entreprises indiquent qu'un fort rebond de la consommation des ménages est à l'œuvre. En outre, l'exécutif européen voit des signes d'une reprise de l'activité touristique intra-européenne. L'ensemble de ces facteurs devraient plus que compenser l'effet négatif des pénuries de composants et de la hausse des coûts sur l'industrie manufacturière. La Commission a également revu en hausse ses prévisions d'inflation, sans toutefois s'inquiéter. Elle table désormais sur un taux de 1,9 % (+0,2 point) en 2021 et 1,4 % (+0,1) en 2022 dans la zone euro.
Christine Lagarde a présenté sa revue stratégique
L’autre évènement économique de la semaine a été l’adoption par la Banque Centrale Européenne d’une nouvelle stratégie, après une revue interne qui a duré dix-huit mois. C’est en 2003 que la BCE s’est livrée pour la dernière fois à ce type d’exercice. Il en était alors ressorti que pour garantir la stabilité des prix, elle se devait de viser une inflation "inférieure à, mais proche de 2 % l’an" ; une formulation longtemps critiquée car jugée ambiguë puisque laissant l’impression que la BCE se montrait plus complaisante avec les écarts à la baisse qu'à la hausse (par rapport à la cible), ce qui influe négativement sur les anticipations d’inflation des agents économiques.
L’institution de Francfort a pris ces éléments en compte et considère désormais que le meilleur moyen de préserver la stabilité des prix est de viser un objectif d’inflation de 2 % par an à moyen terme. Un objectif qu’elle définit comme symétrique en ce sens que les écarts à la hausse et à la baisse par rapport à la cible seront également accueillis. Attention, la BCE précise que dans certaines circonstances, c’est-à-dire, lorsque les taux d’intérêt directeurs sont à un très faible niveau (comme aujourd’hui), alors, une politique monétaire particulièrement vigoureuse et ancrée dans la durée est nécessaire pour éviter les écarts négatifs par rapport à l’objectif d’inflation. Ce qui peut impliquer, une période transitoire pendant laquelle l'inflation est modérément supérieure à l'objectif, a reconnu Christine Lagarde, présidente de la BCE, pendant sa conférence de presse. Un comportement proche de celui adopté par la Réserve fédérale américaine depuis sa revue stratégique de l'été dernier.
La BCE va mieux tenir compte des sujets climatiques
Autre changement : le mode de calcul de l’indice des prix à la consommation harmonisé. Absents jusqu’alors, les prix de l’immobilier vont faire leur entrée dans l’indice mais plusieurs années seront nécessaires pour ce faire, précise l’institut d’émission. D’ici là, le Conseil des gouverneurs mobilisera des mesures de l’inflation qui intègrent des estimations préliminaires du coût des logements occupés par leur propriétaire pour compléter sa panoplie de mesures plus larges de l’inflation.
Par ailleurs, le Conseil des gouverneurs a décidé de tenir compte explicitement des implications du changement climatique et de la transition carbone dans la nouvelle stratégie. Sa politique monétaire sera donc menée à l'aune de ce phénomène, entre autres, en matière d'évaluation des risques et de transparence mais aussi d'éligibilité des collatéraux apportés par les banques lorsque ces dernières désirent se refinancer auprès de la Banque centrale et lors... de ses achats de dette d'entreprise sur les marchés financiers. Pour rappel, la BCE détient 282,4 milliards d'euros d'obligations d'entreprise, soit 3,6 % de son bilan.
P. -S. : En dépit d'une météo encore hasardeuse, voici venu l'été. Afin que vous restiez toujours connectés à l'actualité, WanSquare vous accompagnera tous les jours, où que vous soyez.
Par ailleurs nous vous avons conçu un programme spécial pour cette période de respiration, de réflexion, de déconnexion aussi. Tous les matins à 9 h 30 nous vous présenterons le portrait d'un futur leader de moins de 40 ans qui occupe déjà des responsabilités importantes en entreprise, dans une banque, un cabinet d'avocat, ou dans la haute administration. Car c'est cette génération qui construit dès à présent le "monde d'après".
Et chaque soir à 18 h 00 nous vous proposerons une pause de philosophie pratique en format audio. C'est la philosophe belge Pascale Seys, auteur de nombreux ouvrages, chroniqueuse à la RTBF et conférencière en entreprise qui vous permettra de réfléchir, de vous aérer l'esprit, et de "sortir le nez du guidon" grâce à des podcasts que vous pourrez écouter, réécouter et partager.
De la sorte nous espérons que vous passerez une bonne saison estivale tout en vous préparant aux défis qui nous attendent dans cette période inédite.
Yves de Kerdrel
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