éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
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Gueule de bois politique et euphorie économique
par Yves de Kerdrel
Les élections régionales et départementales ont dessiné une France minée par l’abstention, où le Front National reste puissant même s’il n’a gagné aucune région, et qui signe le retour du traditionnel clivage droite-gauche aux dépens d’un parti présidentiel laminé. Il ne reste plus à Emmanuel Macron qu’à tenter de capitaliser sur un rebond économique beaucoup plus important que prévu.
La France est à droite. C’est ce qu’expliquait depuis des mois le politologue Jérôme Fourquet. C’est ce qui avait amené Emmanuel Macron à droitiser son discours avec peu de crédibilité. Mais les élections régionales et départementales ont apporté la preuve que la droitisation du Pays n’est pas un fantasme. Plusieurs départements, traditionnellement ancrés à gauche, comme le Finistère sont même repassés à droite.
Et si les présidents de région issus de la gauche traditionnelle – aussi bien libérale pour Alain Rousset que plus radicale pour Carole Delga – ont fait de très bons scores, cela est dû à leur bon bilan personnel, à la faiblesse de leurs opposants, mais aussi au retour du vieux clivage droite-gauche. Si bien que les régions françaises restent administrées par Les Républicains et par les Socialistes. Il fallait que tout change pour que rien ne change… comme l’écrivait Lampedusa dans le Guépard.
Dupond-Moretti, victime expiatoire
La principale victime de ces élections c’est le parti présidentiel et les 15 membres du gouvernement qui ont participé sans succès à ces élections. Avec notamment une palme pour Éric Dupond-Moretti qui a perdu beaucoup de sa crédibilité de garde des Sceaux et qui voit de plus s’accumuler les affaires autour de lui, faisant même l’objet d’une perquisition dans son bureau de la Place Vendôme.
L’autre victime, c’est Thierry Solère, le conseiller politique d’Emmanuel Macron, qui dispose d’un bureau à l’Élysée tout en étant député (curieuse notion de la séparation des pouvoirs) dont la tâche était de faire exploser la droite traditionnelle. C’était lui qui était à la manœuvre en PACA afin que Renaud Muselier accepte d’endosser le maillot de la République en Marche. Raté. C’est lui aussi qui a œuvré pour essayer d’affaiblir Xavier Bertrand dans les Hauts de France. Résultat ce dernier a eu le droit à une élection de Maréchal faisant reculer de manière impressionnante le Rassemblement National.
Ambiance très tendue au "Château"
Selon les informations de WanSquare l’ambiance était très tendue cette semaine au "Château" où Emmanuel Macron a continué de faire comme s’il n’y avait pas eu d’élections et de vote sanction. Et pour montrer qu’il est plus que jamais plongé dans la transformation du Pays, il a fait fuiter dans les Échos le projet d’une réforme des retraites qui aurait lieu en catimini à l’automne prochain avec le relèvement progressif de 62 à 64 ans de l’âge de départ en retraite. Pour mémoire, il y a une semaine il recevait le rapport de la Commission Blanchard-Tirole qui recommandait de procéder à une réforme des retraites en mettant en place un régime par points et en ne touchant pas à l’âge pivot. De tout cela il sera question mardi à l'Elysée où son locataire recevra les partenaires sociaux.
Cela montre le peu de cas que le Chef de l’État fait de ce travail de 500 pages rédigé par 26 des meilleurs économistes mondiaux. Et à quel point il s’est enfermé dans une autoconviction qu’il avait toujours raison, seul contre tous. Et à ce petit jeu-là Alexis Köhler ne lui apporte aucune contradiction. Quant à Philippe Grangeon, lassé de ne plus être écouté par Emmanuel Macron, il a totalement déserté l’Élysée.
Xavier Bertrand en pole position
Dimanche soir dernier dans la soirée, un premier sondage réalisé par Sopra-Steria attribuait d’ores et déjà un score de 18 % à Xavier Bertrand au premier tour des prochaines présidentielles contre 24 % pour Emmanuel Macron et 24 % pour Marine Le Pen. Dans le cas d’une candidature Pécresse, celle-ci n’était créditée que de 13 %. Idem pour Wauquiez. Un autre sondage diffusé par CNews attribuait 20 % à Xavier Bertrand.
Il est certain que le Président de la Région Hauts de France a gagné tous ses paris. Montrer qu’il pouvait faire reculer le Front National. Laminer le parti présidentiel qui a été contraint d’appeler à voter pour lui. Renvoyer dans leurs foyers les cinq ministres missionnés pour le battre. Et se placer en pole position pour représenter la droite républicaine et sociale en 2022, sans qu’il y ait de primaire. La question du départage des différentes ambitions à droite sera notamment traitée Rue de Vaugirard mardi lors d’une présentation par Jean Léonetti de son travail sur le sujet.
Marine Le Pen face à ses adhérents
À gauche, il faut noter les très mauvais scores de la France Insoumise. À la différence du Parti Socialiste et des Verts qui ont pu bénéficier de quelques bonnes surprises. Ce qui signifie qu’il y a bien une place pour une candidature de gauche en 2022. Anne Hidalgo s'y préparerait activement. De surcroît il y a maintenant trois écologistes sur la ligne de départ, avec une primaire à la clé
À l’autre bout de l’échiquier il faut relativiser le mauvais score du Rassemblement National, par la très forte abstention de ses électeurs. Ne pas voter est pour eux une manière supplémentaire de montrer leur colère. Le congrès du Parti de Marine Le Pen qui se tient à Perpignan (chez Louis Aliot) ne devrait pas donner lieu à des règlements de compte. En revanche le choix du Vice-président appelé à remplacer Marine Le Pen dès lors qu’elle sera candidate à la présidentielle pourrait tourner à l’avantage de Louis Aliot après le mauvais score de Jordan Bardella en Île-de-France.
L’hypothèse d’une quatrième vague
Emmanuel Macron est par ailleurs confronté à deux problèmes immédiats : l’éventualité d’une quatrième vague avec le variant indien (ou delta) qui commence à apparaître nettement dans l’hexagone avec un taux de contamination très élevé. Certes, la moitié de la population française a reçu au moins une dose de vaccin. Mais, en Israël où la population est très largement vaccinée, ce variant fait de nouvelles victimes, d’autant qu’il est fortement létal.
Par ailleurs le gros problème est le faible taux de vaccination du personnel soignant. On estime que 30 % des effectifs hospitaliers n’ont pas reçu la moindre dose de vaccin et ne comptent pas en recevoir pour des raisons très diverses, y compris farfelues. De surcroît dans les EHPADs, cette proportion s’élève à plus de 40 %, alors que les soignants côtoient une population très fragile même si les personnes âgées ont opté pour la vaccination. D’où les tentations du gouvernement pour imposer une vaccination obligatoire. Au moins sur ces personnels. Voire sur toute la population. Car à la fin des vacances, les jeunes non vaccinés seront à nouveau de très bons agents de transmission du variant.
La croissance s’amplifie en France
Heureusement il y a l’économie, comme l’avait dit Bill Clinton qui comptait sur la croissance pour faire oublier l’affaire Lewinski. Même si les préoccupations sécuritaires sont bien plus importantes dans l’esprit des Français que celles liées au niveau de vie. Tous les industriels font savoir qu’ils connaissent un climat euphorique conforme au rebond anticipé par les économistes. À tel point que la moitié d’entre eux font état de difficultés d’approvisionnement et que 38 % témoignent d’un manque de main-d’œuvre et de difficultés à embaucher, selon la dernière étude mensuelle de la Banque de France.
François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de cette maison, a pris la parole sur Europe 1 cette semaine pour rappeler que l'activité économique devrait commencer à dépasser son niveau d'avant crise dès le premier trimestre 2022 en France, soit plus tôt qu'initialement prévu. Dans ce contexte, la Banque de France revoit à la hausse ses prévisions de croissance pour l'ensemble de l'année : elle table désormais sur un PIB en progression de 5,8 % en 2021 contre 5,5 % dans sa précédente estimation publiée en mars. La France se situerait ainsi bien au-dessus de la moyenne de la zone euro (4,6 %).
L’Insee révise à la hausse ses prévisions
De son côté l’Insee a délivré cette semaine des propos encore plus optimistes. Pour elle, l'économie française, portée par le dynamisme de la consommation, devrait rebondir de 6 % en 2021 et quasiment retrouver son niveau antérieur à la crise du coronavirus à la fin de l'année. Ces prévisions sont plus optimistes que celles du ministère de l'Économie qui continue d'anticiper une croissance de 5 % cette année en raison de l'incertitude liée au variant Delta du coronavirus. Le ministre Bruno Le Maire table en outre plutôt sur le premier trimestre de l'an prochain pour renouer avec les niveaux d'activité d'avant-crise.
Dans sa dernière note de conjoncture, l'Institut national de la statistique indique que l'activité a mieux résisté que prévu au deuxième trimestre et qu'elle rebondit fortement depuis la levée progressive du troisième confinement à la mi-mai. Une résurgence de l'épidémie n'est certes pas exclue, mais les agents économiques semblent considérer qu'elle n'entraînerait pas forcément de mesures de restrictions aussi sévères que lors des vagues précédentes, écrit l'Insee dans cette note.
Près de 300 000 emplois créés cette année
Selon ses prévisions, la deuxième économie de la zone euro a fait mieux que prévu au deuxième trimestre avec une croissance de 0,7 % par rapport aux trois premiers mois de l'année, alors que sa précédente estimation se situait à seulement 0,25 %. La réouverture des commerces dits non essentiels en mai a déclenché une flambée des dépenses de consommation qui n'a guère montré de signe d'essoufflement depuis, d'autant que d'autres restrictions dues à l'épidémie de COVID-19 ont continué à être levées, montrent les données relatives aux cartes de paiement. Alors que l'activité économique en France était inférieure de 4 % à son niveau d'avant-crise en mai, elle sera revenue à seulement 0,1 % à la fin de l'année, estime l'Insee.
En termes de croissance, cela signifie que le produit intérieur brut progresserait de 3,4 % au troisième trimestre par rapport aux trois mois précédents et de 0,7 % au dernier trimestre, précise l'Insee. En parallèle, le marché du travail devrait suivre la reprise économique générale et retrouver les niveaux d'emploi antérieurs à la crise à la fin de l'année, avec 300 000 emplois créés au cours de l'année. L'Insee estime toutefois que le taux de chômage restera quasi stable à 8,2 % à la fin de l'année, le nombre de personnes entrant sur le marché du travail correspondant au nombre de nouveaux emplois.
La BCE prête à lâcher du lest sur les dividendes bancaires
Compte tenu de la normalisation du climat économique, la Banque centrale européenne prévoit d'autoriser les banques de la zone euro à reprendre les distributions de liquidités à leurs actionnaires à partir d'octobre sauf nouveau choc économique mais elle compte sur leur prudence en la matière, a déclaré jeudi Andrea Enria, le responsable de la supervision bancaire au sein de l'institution. "Nous attendons des plans de distribution qu'ils restent prudents et proportionnels à la capacité interne de génération de capitaux des banques comme à l'impact potentiel de la détérioration de la qualité des expositions, y compris dans des scénarios défavorables" a déclaré la Banque Centrale Européenne.
Cette dernière avait imposé en mars 2020 aux banques de la zone euro placées sous son autorité un plafonnement de fait des dividendes étendu par la suite aux rachats d'actions. Cette mesure visant à préserver les fonds propres des banques pour favoriser le crédit est valable jusqu'à fin septembre au moins.
Fin de la saison des assemblées
La semaine passée a vu se tenir les dernières assemblées générales d’actionnaires de la saison. Notamment celle de Suez qui a entériné le découpage en deux du groupe et le projet d’OPA de Veolia. Le consortium qui va devenir actionnaire du Suez bis est donc prêt à débourser 10,4 milliards d’euros pour des activités, il est vrai, très rentable. Il reste désormais à savoir quelle sera la part de financement par effet de levier dans cette opération.
L’assemblée de Lagardère a entériné à la fois le changement de forme de société, jetant aux orties le statut de commandite et le nouveau conseil d’administration. Si les comités ont été formés, il n’y a pas d’administrateur référent contrairement aux recommandations du Code Afep-Medef dans le cas où le Président est aussi Directeur général (en la personne d’Arnaud Lagardère). Beaucoup parient sur une très prochaine OPA de Vivendi, dont la trésorerie est largement assez abondante pour cela. Avec une reprise du Journal du Dimanche et de Paris Match par le groupe Arnault, alors qu’Europe 1 tomberait dans l’escarcelle de Vivendi de manière à maximiser les synergies avec Canal +. Il reste cependant un sujet de concurrence à régler dans le domaine de l’édition où Vivendi souhaite se renforcer, car c’est un secteur très généreux en cash-flow. Mais dans ce dossier nul n'est au bout des surprises...
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