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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Au bord de la crise de nerfs
par Yves de Kerdrel

Le scrutin de ce week-end, avec le premier tour des élections régionales et territoriales (ex-cantonales), devrait faire ressortir une abstention record. Celle-ci est une forme du rejet de la politique traditionnelle. À prendre très au sérieux. D’autant plus que cette abstention devrait profiter aux extrêmes et notamment au Rassemblement National en position de gagner plusieurs régions.

20/06/2021 - 06:00 Temps Lecture 16 mn.

 

Selon les sondages seulement 36 à 38 % des Français se préparent à passer par leurs bureaux de vote ce dimanche. Il faut dire depuis le nouveau découpage des régions, cette élection a perdu du sens pour certains. L’habitant de Châtellerault appartient désormais à la même région que celui de Biarritz. Ce qui n’a pas grand sens. Et celui de Chantilly doit voter pour les mêmes candidats que le riverain de Tourcoing. À cela s’ajoute un mode de sélection pour le second tour très particulier qui permet aux listes ayant dépassé les 10 % de se maintenir et à celles ayant obtenu plus de 5 % de fusionner.

Enfin il y a comme toujours la météo à l’approche du solstice d’été et des premiers départs en vacances. Météo France prévoit un temps plutôt agité sur la France aujourd’hui avec pas mal d’orages, surtout sur la moitié Est du Pays. Mais dans ce cas les seuls partis qui savent mobiliser leurs sympathisants pour aller voter, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse très chaud, ce sont les extrêmes de droite et de gauche.
 

Basculement probable de la région PACA à l’extrême droite

 

La région PACA sera évidemment la plus surveillée, dans la mesure où depuis trois semaines, la plupart des sondages donnent un avantage dans tous les cas de figure à Thierry Mariani qui se présente sous les couleurs du Rassemblement National – dix ans après avoir été ministre de Nicolas Sarkozy – face à un Renaud Muselier qui fait une campagne très médiocre, même s’il bénéficie du soutien implicite du parti présidentiel.

À cela s’ajoute la région Hauts de France – où se trouvait curieusement le Chef de l’État jeudi dernier – et où Xavier Bertrand doit affronter une multitude de listes ennemies aux intérêts divergents et pas moins de cinq ministres du gouvernement. S’il en sort gagnant – notamment face au Front National – toutes les cicatrices reçues pendant ce combat pourraient le propulser pour la présidentielle. Et il bénéficie d’un très gros avantage : c’est son ancrage et son très bon bilan dans une région paupérisée et abandonnée par Paris.

 

Le Rassemblement National va compter ses voix

 

D’autres régions devraient voir le Front National faire une nette poussée, comme la Bourgogne-Franche Comté, le Centre Val de Loire où le parti présidentiel est représenté par Marc Fesneau, un centriste chargé des relations avec le Parlement. Même la Bretagne est en proie à une soudaine poussée de l’extrême droite. Ce qui est une grande première dans ce territoire où l’importance de la pratique religieuse n'avait jusqu’ici entraîné que des votes modérés.

Une chose est sûre à la fin de la journée, comme dimanche prochain, on comptera le nombre de voix Rassemblement National et on les comparera au nombre obtenu lors des dernières régionales. Le delta risque d’être important. Et cela va forcément donner des ailes au parti de Marine Le Pen dans la course présidentielle.

 

Des scrutins en forme d’exutoire

 

Il reste que ces scrutins ont beau se dérouler à la veille des grandes vacances et au moment où l’on parle moins de la pandémie, grâce au succès de la campagne vaccinale, le pays lui reste "au bord de la crise de nerfs" comme me l’indiquait un proche conseiller de Jean Castex et comme le titre la revue Politico. Avec dans toute la France une très forte exaspération, quand ce n’est pas une détestation, à l’égard de Paris.

La gifle reçue par Emmanuel Macron il y a une dizaine de jours ou le sac de farine versé sur Jean-Luc Mélenchon ne sont que la face émergée de ce mouvement d’humeur qui dure depuis les gilets jaunes et n’a fait que s’accroître derrière les volets fermés d’une France trois fois confinée. De fait ce scrutin, repoussé à deux reprises, pourrait servir d’exutoire à de très nombreux mécontents, même si Emmanuel Macron conserve un socle important de popularité.

 

L’hypothèse Zemmour commence à s’imposer

 

À ces résultats électoraux attendus avec impatience, vient se greffer le cas Zemmour. L’hebdomadaire Le Point a testé le score du polémiste du Figaro au premier tour de la présidentielle. Il obtiendrait 5,5 %. Ce qui est beaucoup pour quelqu’un qui n’a jamais fait campagne. Surtout avec ce score, celui de Marine Le Pen ne souffre pas. Il prend donc des voix au sein des Républicains, parmi les anciens du RPR tendance Pasqua et Seguin.

Comme le soulignent nos confrères et amis de TTSO, après ce premier sondage testant Zemmour, en tout le bloc de la droite dure (Marine Le Pen + Éric Zemmour + Nicolas Dupont-Aignan) pèse 37 %, proche du bloc centre droit (Bertrand + Macron : 40 %) et 1,5 fois plus… que toute la gauche (de Poutou à Hidalgo en incluant les écolos : 24 %). Un "glissement à droite du paysage politique spectaculaire" selon Jérôme Fourquet de l’Ifop.

 

Une situation de dépression nerveuse et d’angoisse

 

La complexité de la situation est que sur le plan économique la reprise se passe mieux que prévu. Sur le plan sanitaire, tant que le variant indien ou Delta qui part très fort outre-Manche reste de l’autre côté du Channel, la France semble revivre et réapprend à vivre sans masque. Sur le plan de la préparation du futur, le salon VivaTech qui a eu lieu cette semaine a démontré l’incroyable puissance innovatrice des jeunes français et leur facilité à trouver des financements.

Malgré tout cela, comme nous l’avions redouté ici à plusieurs reprises, la France termine cette année scolaire dans un état proche de la dépression nerveuse. Ce que Politico justifie par un sentiment d’angoisse permanente qui favorise l'avancée de la droite ultranationaliste et antieuropéenne. D’autant que l'un des grands échecs du président a été son incapacité à créer un mouvement centriste populaire. Si bien que son parti, La République en marche, ne sera en tête des sondages dans aucune région et arrivera troisième ou quatrième à plusieurs endroits.

 

Vers des règlements de compte post-élections

 

La semaine à venir va être celle d’un été meurtrier chez les Républicains, comme après le score pitoyable de François Xavier Bellamy aux élections européennes. De nouveau on va voir se multiplier les appels au secours envoyés à François Baroin. Nicolas Sarkozy n’a pas attendu ce dimanche d’élections pour essayer de convaincre le maire de Troyes de se présenter l’an prochain.

Mais François Baroin ne fait pas de la politique comme autrefois. Après avoir eu une jeunesse traumatisée par l’attentat meurtrier contre son père et la mort de sa sœur, il a décidé de profiter de la vie, de sa nouvelle vie de famille avec l’actrice Michèle Laroque, de sa maison en Creuse où il passe de longues journées à pêcher. Et puis éventuellement, quand le moment viendra il se présentera à la succession de Gérard Larcher comme Président du Sénat.

 

Voix discordante à la BCE

 

Au chapitre économique l’actualité a été dominée par les multiples déclarations de responsables de banques centrales des deux côtés de l’Atlantique. La Banque centrale européenne peut réduire bientôt les mesures de relance d'urgence et ne devrait pas transférer l'extraordinaire flexibilité de ses mesures de lutte contre la crise à ses outils plus standard, a déclaré le chef de la banque centrale allemande Jens Weidmann au journal allemand Handelsblatt.

La BCE a décidé la semaine dernière de maintenir un rythme élevé d'achats d'obligations au cours du prochain trimestre, malgré un rebond de la croissance plus fort que prévu, craignant que des coûts d'emprunt plus élevés n'étouffent la reprise. Mais certains décideurs politiques plaident déjà en faveur d'une discussion en septembre sur la manière et le moment de supprimer progressivement le programme d'achat d'urgence en cas de pandémie de 1 850 milliards d’euros.

 

Le très raide Weidmann estime que la crise est terminée

 

"Avec de nouveaux progrès pour faire face à la pandémie, j'espère que les mesures spéciales liées à la crise seront bientôt réduites", a déclaré Weidmann à Handelsblatt. Il a ajouté que d'ici l'année prochaine, il ne devrait pas y avoir de sous-utilisation inhabituelle des capacités et qu'une telle situation ne pourrait plus être qualifiée de crise, ce qui signifie que la justification des mesures d'urgence disparaîtrait. Quand l'urgence pour laquelle le PEPP a été créé sera terminée, il faudra y mettre fin, a déclaré Weidmann, l'un des membres les plus conservateurs des 25 membres du Conseil des gouverneurs.

Certains décideurs politiques ont fait valoir que même si le PEPP prenait fin en mars prochain comme prévu, la BCE pourrait transférer une partie de sa flexibilité exceptionnelle à un programme d'achat d'actifs permanent, afin qu'elle puisse toujours fournir les aménagements nécessaires. Weidmann a naturellement rejeté cette suggestion, arguant que l'APP a un objectif différent et doit être séparé. Lorsque cette situation exceptionnelle sera terminée, un degré de flexibilité aussi élevé n'est plus approprié, a-t-il déclaré.

 

Jérôme Powell serein sur la hausse des prix

 

De l’autre côté de l’Atlantique, la Réserve fédérale américaine ne se laisse pas impressionner par les taux d’inflation élevés des derniers mois et maintient que la forte hausse des prix est de nature transitoire. "Les données sont cohérentes avec l'idée que les prix qui sont à l'origine de cette inflation plus élevée sont ceux des catégories qui sont directement touchées par la reprise après la pandémie et la réouverture de l'économie", a expliqué, durant sa conférence de presse, Jerome Powell, président de la Fed.

Et le banquier central d’avancer que, "l'expérience des prix du bois d'œuvre en est une illustration. L'idée est que les prix de ce type, qui ont augmenté très rapidement en raison des pénuries, des goulots d'étranglement et autres, devraient cesser d'augmenter. Et à un moment donné, dans certains cas, ils devraient même baisser. Et c'est ce que nous avons vu dans le cas du bois de construction", dont le cours a chuté de 40 % depuis le début de l’année.

 

Le Medef monte au créneau sur l’inflation

 

Si les banquiers français et beaucoup d’économistes continuent de faire comme si l’inflation actuelle n’était qu’un épiphénomène passager, le patronat français se montre plus alarmiste. Pour Geoffroy Roux de Bézieux les entreprises françaises sont confrontées à une flambée inédite des coûts des matériaux, à laquelle s’ajoutent des délais de livraison de plus en plus en longs. Par exemple : les cours internationaux de l’acier, du zinc, de l’aluminium, du plomb, du nickel et du cuivre affichent des hausses comprises entre 10 % et 20 %. Ces tendances se transmettent avec retard aux prix des produits industriels : +11 % pour l’aluminium, +6,5 % pour le triptyque plomb - zinc - étain et +18 % pour le cuivre. Cette explosion des coûts touche aussi le bois de construction, les produits plastiques ou encore le polyuréthane.

Cette hausse généralisée des coûts, redoublée du risque de pénalités de retard faute de disposer des matériaux à mettre en œuvre, pénalise lourdement les entreprises dont les marchés restent le plus souvent signés à prix fermes. Pour la filière du bâtiment, les contrats risquent donc de se solder par une double perte : celle liée à la hausse "non répercutable" des matériaux et équipements mis en œuvre, plus celle causée par une livraison retardée. Et il s’agit d’un risque systématique pour les entreprises du secteur, puisqu’il affecte l’ensemble de leurs chantiers et intervient dans un contexte où les marges opérationnelles dans la construction s’affichent encore en net retrait par rapport à la situation d’avant crise.

 

Gel des pénalités de retard

 

De fait le patronat tire la sonnette d’alarme en expliquant que ces tensions risquent de peser fortement sur la reprise économique dans les semaines à venir. Rappelons que la filière du bâtiment, fer de lance de la reprise, a embauché 64 000 salariés supplémentaires au premier trimestre 2021 par rapport à la moyenne 2019. Le choc sur les matériaux pourrait remettre en cause cette dynamique de l’emploi.

Par conséquent, le temps que le marché revienne à son niveau normal, le Medef souhaite le gel des pénalités de retard sur l’ensemble des marchés publics en cas de difficultés d’approvisionnement, ainsi que la prise en compte par les acheteurs publics des mécanismes d’indexation des prix. L’objectif est d’éviter une fragilisation du secteur, car les artisans et entrepreneurs subissent cette situation sans pouvoir l’anticiper.

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