WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Macron rattrapé par la géopolitique
par Yves de Kerdrel

Le G7 a marqué le retour des États-Unis de Joe Biden sur la scène mondiale. Mais « le monde d’après » la pandémie se dessine de plus en plus comme un monde bilatéral avec l’affrontement marqué entre les États-Unis et la Chine. Une « guerre froide » qui a permis au Président américain de faire voter des crédits records pour sa High-Tech. Au même moment Emmanuel Macron décide d’abandonner Barkhane au risque de laisser la bande saharo-sahélienne aux affidés de Daesh. Un scénario risqué qui fait peu de cas des 50 Français tués là-bas au nom de la liberté.

13/06/2021 - 06:00 Temps Lecture 16 mn.

 

Alors que le Chef de l’État poursuit son "tour de France" qui crée un drôle de mélange des genres avec les très prochains scrutins territoriaux et avec sa propre campagne présidentielle, le voilà rattrapé par les problèmes du Monde. Au terme d’une semaine marquée par la fameuse "gifle" reçue par le Président de la République à l’occasion d’un mini-bain de foule, et dont l’auteur est un nostalgique des chevaliers moyenâgeux… Emmanuel Macron a pris le chemin des Cornouailles britanniques où a lieu cette année le G 7 en présentiel.

Boris Johnson, désormais dégagé des contraintes de Bruxelles, a accueilli Joe Biden qui fait son premier grand voyage à l’étranger depuis son élection et qui va concentrer toute l’attention de ce sommet. Il sera largement question de la pandémie, de la levée progressive des restrictions de circulation, et de la vaccination de l’hémisphère sud, davantage par des dons de vaccins que par le libre accès au brevet. Boris Johnson et Joe Biden partagent le même point de vue, d’autant plus qu’ils ont tous les deux marqué des points sur l’Europe en vaccinant très vite et massivement leurs concitoyens.

 

Le rôle clé d’Anthony Blinken

 

Il sera aussi question de la reprise économique, qui touche tous les continents en même temps. Ce qui crée des situations de pénurie de matières premières, des difficultés d’approvisionnement et surtout une reprise de l’inflation (5 % sur un an aux États-Unis) avec en particulier une flambée des prix du pétrole. Même si pour beaucoup ces tensions inflationnistes ne sont vues que comme un phénomène temporaire qui ne doit pas amener à diminuer le soutien monétaire aux économies.

Joe Biden sera d’autant plus la vedette de ce G7, qu’il a renoué avec les accords de Paris, qu’il a obtenu un cessez-le-feu entre Israéliens et palestiniens et qu’il s’apprête à rejoindre le pacte de Vienne sur le nucléaire iranien. Tout cela est le résultat du travail acharné de son secrétaire d’État, Anthony Blinken, francophone et francophile, beau-fils de Samuel Pisar, et qui a fait les young leaders avec Nicolas Bazire, Marisol Touraine, Arnaud Montebourg, Sylvain Hefes et Sylvie Kaufmann du journal Le Monde.

 

Les ambitions sans limite de Xi Jinping

 

Anthony Blinken est chargé de remettre les États-Unis au centre du jeu mondial après quatre années d’isolationnisme trumpien. Son obsession : c’est la Chine qui a profité de la pandémie pour poursuivre sa croissance économique, progresser dans son appréhension de la haute technologie, jusqu’à envoyer une fusée vers Mars, et amplifier ses manœuvres militaires, notamment aux abords de Taïwan. Et désormais, le monde entier n’a plus de doute sur le fait que le virus à l’origine de la pandémie de Covid-19 a bien été fabriqué par le laboratoire P 4 de Wuhan et n’est pas le fruit de la rencontre entre un pangolin et une chauve-souris dans un marché de la province du Hubeï.

Joe Biden va donc sensibiliser ses amis du G 7 – et non du G 8 – car depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, Vladimir Poutine n’est plus invité, à cette stratégie conquérante de "L’Empire du Milieu". Et cela alors que le 21 juillet, la Chine commémorera le centenaire de la création du Parti Communiste Chinois. Cent ans plus tard, le Parti-État règne sans partage sur la destinée de la Chine et de ses habitants. Si ses instances sont en partie collégiales, son premier secrétaire, Xi Jinping, élu en 2012, s’est imposé en maître absolu. Et il pourrait le rester longtemps : en 2018 - et en dépit des règles admises jusqu’alors - il parvient à faire supprimer la limite constitutionnelle des deux mandats, s’ouvrant la voie à une présidence à vie.

 

Une stratégie chinoise d’étouffement

 

Xi Jinping a aujourd’hui beaucoup plus de pouvoir que n’en avait Mao. Il contrôle notamment l’armée. Et il a éliminé un à un tous ses opposants. Mais surtout depuis quelques mois il n’hésite plus à embastiller des patrons chinois devenus trop puissants – cela a été le cas de Jack Ma, le patron d’AliBaba – et même des dirigeants d’entreprises occidentales implantées en Chine, permettant à ses sbires de se donner un accès à leurs brevets et leurs technologies.

Jeudi soir, dans le quotidien "Le Monde", le Chef d’État-Major de la Marine, l’Amiral Pierre Vandier, ancien Pacha du Charles de Gaulle, a très explicitement détaillé la stratégie militaire et navale chinoise dans tout le Pacifique. Une stratégie qui vise désormais à gêner le passage des bâtiments étrangers, et à "poldériser" les récifs de corail au large des côtes chinoises de manière à y amarrer les porte-avions dans une posture de dissuasion. De quoi inquiéter le Japon, l’Australie ou l’Inde qui viennent d’effectuer des exercices communs avec la marine française.

 

La Chine achète 30 % de la dette française

 

Alors que l’Europe a encore un regard angélique sur le concept des "routes de la soie" destinées à coloniser nos vieux pays et tout le continent africain et une approche naïve de la technologie chinoise – l’affaire Huaweï est dans tous les esprits à l’heure où se déploie la 5 G – Joe Biden arrive au G 7 fort d’une loi votée mardi dernier avec le soutien de la moitié des sénateurs républicains. Une loi qui va permettre d’attribuer 250 milliards de dollars de crédit à la High-Tech américaine afin qu’elle rattrape son retard face à la Chine en matière d’intelligence artificielle ou d’informatique quantique.

Bien sûr le plan de relance européen accorde lui aussi une large place au numérique – mais pas autant qu’à la transition écologique. Bien sûr Bruxelles a commencé à dresser une veille économique des investissements chinois en Europe après le rachat d’Électricité du Portugal et du Port du Pirée. Mais cela n’empêche pas la Chine d’acheter actuellement 30 % des adjudications françaises d’OAT. Ce qui représente des montants importants puisque, cette année, il faut financer 220 milliards d’euros de déficit budgétaire sans compter le "roulement" d’emprunts plus anciens. Lorsqu’on interroge le Trésor il est impossible de savoir quel est le stock de dette française détenue par la Chine. C’est un secret mieux gardé que les codes de l’arme nucléaire. Ce qui n’est pas très rassurant…

 

Un retrait précipité de Barkhane…

 

Cette séquence géopolitique en présence de Joe Biden a été précédée par l’annonce du retrait de la France de l’opération Barkhane. C’est un mystère pour personne qu’Emmanuel Macron n’a jamais été à l’aise avec cette opération qui mobilise 5 000 soldats français sur un territoire grand comme la moitié de l’Europe. D’où sa tentative de créer un G 5 afin de former rapidement les armées locales pour qu’elles prennent le relais dans la chasse aux islamistes, dissimulés parmi les tribus touaregs.

Mais tout a été bouleversé par la mort d’Idriss Deby et le coup d’État intervenu au Mali – pays où est le quartier général de Barkhane. Ce coup d’État vient d’être suivi par un nouveau coup d’État. Et la France, en dépit des efforts de diplomatie de Jean-Yves Le Drian est beaucoup moins à l’aise avec les nouveaux dirigeants. C’est ce prétexte qu’a saisi Emmanuel Macron pour annoncer sa volonté de quitter ce dispositif, quitte à ne laisser que les professionnels des opérations spéciales sur le terrain pour des attaques ciblées.

 

… et la démission du Général Lecointre

 

Cette annonce est intervenue trois jours avant que le Général François Lecointre soit interviewé – aujourd’hui en fin de matinée – au Grand Jury RTL. Le Chef d’état-major des armées devrait notamment y annoncer officiellement son départ de ce poste prestigieux qu’il occupe depuis quatre ans. C’est le général Thierry Burkhard, actuellement patron de l’armée de Terre et âgé de bientôt 57 ans qui devrait le remplacer, avant de laisser la place dans quelques années à l’Amiral Vandier, le très brillant Chef d’État-Major de la Marine.

Le Général Lecointre sera notamment interrogé sur la concomitance de son départ – qui n’interviendra qu’après le défilé du 14 juillet – avec les annonces présidentielles. D’autant que lors d’une récente interview il réaffirmait avec force la nécessité de rester dans la bande saharo-sahélienne, au moins jusqu’en 2030. Expliquant avec raison que dans le cas contraire les islamistes allaient bientôt s’étendre sur la moitié de l’Afrique avec un fort risque de porosité auprès d’une Algérie toujours très fragile. Bref il rappelait que ce qui se passe là-bas nous concerne de très près. Ce que ne veut pas entendre Emmanuel Macron. Par ailleurs le Chef d’État-Major des Armées ne peut oublier que cinquante de ses frères d’armes sont morts sur ce théâtre d’opérations au cours des huit années écoulées.

 

La BCE toujours dans son rôle de soutien

 

Au chapitre économique, la Banque centrale européenne a relevé jeudi ses prévisions de croissance et d'inflation pour la zone euro tout en s'engageant à maintenir un soutien massif au crédit et à l'activité, dont la diminution risquerait de faire monter les coûts de financement et de compromettre la reprise. La présidente de l'institution, Christine Lagarde, a expliqué lors d'une conférence de presse que les membres du Conseil des gouverneurs s'étaient mis d'accord pour poursuivre, au troisième trimestre, les achats d'obligations sur les marchés à un rythme nettement plus élevé qu'en début d'année, sans toutefois préciser le montant d'achats visé.

Les achats de titres de la BCE réalisés dans le cadre du Programme d'urgence face à la pandémie (PEPP), doté d'une enveloppe de 1 850 milliards d'euros, représentent actuellement 80 milliards d'euros par mois environ, contre 62 milliards au premier trimestre. Les investisseurs ont accueilli sans réaction marquée ces décisions, les responsables de la BCE ayant largement balisé le terrain ces dernières semaines en soulignant la nécessité de rester prudent et de ne pas risquer de perturber les marchés par un "tapering", une diminution progressive des interventions.

 

Révision en hausse de la croissance en zone Euro

 

La banque centrale a aussi réaffirmé que les achats du PEPP - qui court jusqu'en mars 2022 au moins - pouvaient ne pas atteindre l'enveloppe totale prévue mais pouvaient être augmentés en cas de besoin pour maintenir des conditions de financement favorables. Comme attendu, ces décisions s'appuient sur des prévisions de croissance et d'inflation revues à la hausse pour prendre en compte l'amélioration de la situation sanitaire, qui favorise la reprise de l'activité dans les services, le secteur le plus important de la zone euro et le plus affecté par la pandémie de Covid-19.

La BCE table ainsi désormais sur une croissance de 4,6 % cette année et de 4,7 % l'an prochain (contre 4,0 % et 4,1 % respectivement en mars). L'inflation devrait parallèlement atteindre 1,9 % en 2021 avant de revenir à 1,5 % en 2022 (contre 1,5 % et 1,2 % prévu il y a trois mois). Mais si elle a évoqué un léger mouvement à la hausse pour l'inflation de base, c'est-à-dire hors énergie et alimentation, les catégories de prix les plus volatiles, Christine Lagarde a souligné que les perspectives d'inflation restaient contenues et que la hausse des prix restait bien inférieure à l'objectif de la BCE, soit un taux légèrement inférieur à 2 % en rythme annuel.

 

Villeroy de Galhau pas inquiet de l’inflation

 

C’est également ce qu’a expliqué vendredi matin François Villeroy de Galhau, habitué à faire le service après-vente des propos de la patronne de la BCE. L'inflation monte mais reste en dessous de la cible de 2 % dans la zone euro, incitant la Banque centrale européenne à poursuivre sa politique accommodante, a donc estimé vendredi le Gouverneur de la Banque de France sur les ondes de Radio Classique.

Pour notre grand argentier, la situation européenne est assez différente de la situation américaine. L'inflation sous-jacente est de 0,9 % en zone euro. "Nous pouvons être au moins aussi patients que la Réserve fédérale américaine car la situation est différente en zone euro", a-t-il affirmé avant d’ajouter : "Pour ce qui est de la France, cette année, nous aurons plus de croissance et un peu moins d'inflation". La Banque de France publiera ses prévisions pour l'Hexagone demain soir qui devront être soigneusement décortiquées.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / La France rêvée de Macron

06/06/2021 - 06:00

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Emmanuel Macron instille un nouveau « En même temps »

30/05/2021 - 06:45

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Il y a bien un "monde d’après" pour le CAC 40

11/06/2021 - 09:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / La plus belle entreprise du monde ne peut donner que ce qu’elle a...

04/06/2021 - 09:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Chic, revoilà l’inflation !

21/05/2021 - 09:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Le syndrome de Pesquet

07/05/2021 - 09:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Quand Xavier Fontanet conquérait le monde pour Essilor

30/04/2021 - 09:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / L’après-Covid ne permet pas tout

23/04/2021 - 09:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Le Gouverneur et la confiance

16/04/2021 - 09:00