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Chroniques / Yves de Kerdrel

Chroniques
Yves de Kerdrel

Chronique
Le Gouverneur et la confiance
par Yves de Kerdrel

François Villeroy de Galhau vient de publier un livre intitulé « Retrouver confiance en l’économie » dans lequel il expose ses convictions sur un nouveau modèle libéral, social, et responsable. Tout en rappelant que notre économie est bien appuyée sur les six piliers qui justifient la confiance de tous.

16/04/2021 - 09:00 Temps Lecture 9 mn.

Lorsqu’un Gouverneur de la Banque de France parle d’argent, c’est en fait d’or qu’il parle tant sa parole est rare et ses interventions contraintes par les règles de la Banque Centrale Européenne. Mais lorsqu’il écrit à destination du grand public, et non des seuls économistes ou experts internationaux, il faut évidemment le lire. Surtout dans cette période où les incertitudes pèsent comme jamais sur l’évolution de notre économie.

François Villeroy de Galhau dirige la Banque de France – une création de Napoléon 1er – depuis novembre 2015 après un parcours d’éminent serviteur de l’État et surtout de l’intérêt général. Il vient de publier aux Éditions Odile Jacob un ouvrage plutôt didactique qu’il a titré "retrouver confiance en l’économie". Il y a comme une forme de pléonasme dans cet intitulé tant les mots d’économie (mais surtout de finance) et de confiance sont étroitement liés.

Pendant des dizaines années, sous la dictature intellectuelle des disciples de Marx, l’économie n’a été enseignée qu’en fonction de deux paramètres : le capital et le travail. Et certains, dans la classe politique française raisonnent encore, hélas, ainsi. Non ; l’économie est un alliage subtil de capital, de travail et de confiance. Sans la confiance l’économie est une science, un état statistique, mais sûrement pas une dynamique. Une dynamique de progrès social, de progrès scientifique et désormais de progrès pour protéger la planète.

 

Signe de défiance : l’épargne forcée

 

Comme le souligne François Villeroy de Galhau, la crise sanitaire et économique née de la pandémie de Covid-19 a entraîné aussi une véritable crise de confiance. Le principal symptôme de celle-ci c’est le montant faramineux d’épargne forcée qui est venu s’agglutiner sur les Livrets A, les comptes courants ou autres placements de précaution. Pas moins de 110 milliards d’euros en 2020. Et probablement 55 milliards cette année. Bien sûr tout cet argent n’est pas le fruit d’une panique subite ou d’une défiance à l’égard d’une économie qui avait perdu tous ses repères. Il y a aussi des économies faites à la suite de voyages devenus irréalisables, de dîners au restaurant transformés en plateaux-repas à l’abri du couvre-feu ou de courses impossibles dans des galeries commerciales aux rideaux baissés. Mais rarement on a vu les Français transformer leur peur en épargne et leur défiance en économies.

Le Gouverneur de la Banque de France fait donc le job en rappelant les six piliers de la confiance : la gestion de la crise covid, la solidité de l’euro, la force et la résistance de notre système financier, l’Europe, l’Euro et l’Eurosystème, la résilience du modèle français et enfin notre capacité à réinventer ce modèle. Car comme l’écrit François Villeroy de Galhau : "la génération montante nous rappelle aujourd’hui vigoureusement ses fortes attentes de transition écologique, de justice sociale et d’éthique".

Loin d’être béat, notre "grand argentier" fait ressortir un certain nombre d’atouts pour le "monde d’après" dont nous disposons. Alors qu’il pourrait se contenter de dire qu’avec toutes les liquidités mises sur la table par la Banque Centrale Européenne, la défiance n’a plus de raison d’exister, il montre qu’il a retenu les leçons du sociologue Max Weber sur l’importance de la confiance. En France, c’est sans doute Alain Peyrefitte qui en a le mieux parlé à l’occasion d'un livre publié il y a un quart de siècle : La Société de confiance. L’essayiste et ancien ministre y démontrait que le ressort du développement d’un pays réside d’abord et avant tout dans la constitution d’une société de confiance. Confiance que l’État accorde à l'initiative individuelle, et confiance que les individus accordent à l’État.

Comme l’écrivait donc Alain Peyrefitte en 1995, "la société de défiance est une société frileuse, gagnant-perdant : une société où la vie commune est un jeu à somme nulle, voire à somme négative ; société propice à la lutte des classes, au mal-vivre national et international, à la jalousie sociale, à l’enfermement, à l’agressivité de la surveillance mutuelle. La société de confiance est une société en expansion, gagnant-gagnant, une société de solidarité, de projet commun, d’ouverture, d’échange, de communication". Cette thèse a été reprise il y a quelques années par deux économistes, Yann Algan et Pierre Cahuc, auteurs de La Société de défiance.

 

La confiance, antidote aux extrêmes

 

Pour pallier cette méfiance en la France et en eux-mêmes, les Français se réfugient dans les psychotropes dont ils sont devenus les premiers consommateurs mondiaux, dans le rejet de l’économie de marché et de la mondialisation ou dans un phénomène de ligne Maginot qui les amène à penser que tout serait mieux si l’on vivait entre soi. Nos dirigeants seraient donc bien inspirés de relire Goethe, qui écrivait : "Si vous avez confiance en vous-mêmes, vous inspirerez confiance aux autres." Car ne nous faisons pas d’illusion : le retour d’une société de confiance est le seul antidote à la récupération de toutes ces peurs qui nous attendent par les extrêmes.

Voilà pourquoi la leçon que nous devrions retenir pour ce "monde d’après", c’est celle que nous a laissée Franklin Delano Roosevelt qui fut le trente-deuxième Président américain, et qui dut gérer les conséquences de la crise de 1929. Ce qui ne l’empêcha pas d’être réélu trois fois. "La seule chose dont nous devons avoir peur, disait cet inventeur d’un monde d’après surnommé le "new deal", c’est de la peur elle-même, cette terreur sans nom, irrationnelle, injustifiée qui paralyse les efforts pour transformer un recul en progrès." Catalyser toutes les peurs qui nous attendent pour en faire le moteur d’une économie de marché dont la confiance, la solidarité, l’écologie, et le respect de la vie humaine seraient les nouveaux piliers : voilà quel doit être notre but à tous.

C’est à ce titre que François Villeroy de Galhau conclut son livre par un grand chapitre consacré à la réinvention de notre modèle libéral et social. D’abord en s’attaquant à ce mal qui ronge la démocratie comme l’économie : la croissance des inégalités. En bon économiste il rappelle que la croissance aux États-Unis et au Royaume-Uni entre 1990 et 2010 aurait pu être supérieure de 20 % s’il n’y avait pas eu en même temps une forte hausse des inégalités. Mais il insiste également sur le caractère soutenable du capitalisme mondialisé tel que nous le connaissons avec ses conséquences sur le climat, l’épuisement de la planète et la santé humaine. Enfin il rappelle sa conviction profonde dans le fait que la croissance, le profit et le progrès sont nécessaires mais sans doute pas suffisants pour permettre à l’humanité de s’épanouir. En quelque sorte, c’est une chose que de tailler des pierres, de belles pierres et d’être justement rémunéré pour cela. C’est autre chose que de savoir qu’on le fait pour bâtir une Cathédrale.

 

Retrouver confiance en l’économie, par François Villeroy de Galhau. Éditions Odile Jacob. 210 pages. 21,90 euros

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