Chroniques / Yves de Kerdrel
Chroniques
Yves de Kerdrel
Chronique
Un plan de soutien unijambiste, hélas !
par Yves de Kerdrel
Ce sont finalement 110 milliards d’euros qui vont être mis sur la table pour aider les entreprises à supporter les effets du confinement. Mais rien n’est prévu pour la reconstruction d’une économie dévastée et la relance de la machine France.
En l’espace de quelques jours les pouvoirs publics sont passés d’un plan d’aide aux entreprises d’un montant de 45 milliards d’euros à un nouveau plan de 100 milliards (il y a une semaine dans les Échos) et finalement à une loi de finances rectificative qui agrège 110 milliards d’euros de mesures de soutien. Tout cela a un coût phénoménal pour le Pays et donc pour les Français, puisque notre déficit budgétaire va plus que tripler à 9 % du PIB. De fait la dette publique va représenter 115 % de la richesse nationale. Et nous allons devoir emprunter 245 milliards d’euros supplémentaires auprès de marchés internationaux, déjà largement sollicités.
La promesse du Président de la République faite le 16 mars dernier, selon laquelle "tout sera fait quoi qu’il en coûte" pour qu’à la crise sanitaire on ne rajoute pas des faillites en cascade, a été largement tenue. Et en plus, ces 110 milliards d’euros comprennent aussi des primes accordées au personnel soignant, et à certains fonctionnaires, de même que des dépenses importantes en matière hospitalière pour prendre en compte la forte tension de notre système sanitaire au cours de ces deux mois de crise épidémique.
Qu’un Chef de l’État tienne sa parole, et toute sa parole, on ne peut évidemment que s’en féliciter. Que face à une crise sanitaire inédite, on bouscule enfin les critères "de Maastricht" et qu’on fasse valser la trajectoire des finances publiques imposées par la technocratie bruxelloise, est une très bonne nouvelle. Qu’un gouvernement se soucie autant des entreprises, petites moyennes ou grandes, de ses salariés et qu’il prenne à sa charge le coût de ce qui ressemble à une catastrophe naturelle est inespéré.
Mais face à la récession que la France s’apprête à connaître (- 8 % selon l’Insee) dans un monde où aucune aide ne pourra venir de nos partenaires, tous autant touchés que notre Pays, il ne faut pas seulement panser les plaies d’une crise de quelques semaines, il faut aussi mobiliser des ressources colossales pour préparer la reconstruction de notre Nation. D’autant plus que désormais plus personne ne s’attend à une évolution économique en V ou en U, mais plutôt en W voire en L, tant la récession américaine va mettre à genoux nos économies développées pendant de longs mois.
Reconstruire la France et la confiance
Nous sommes depuis le début du mois de mars en guerre contre un virus qui a contaminé des millions de personnes, provoqué des dizaines de milliers d’hospitalisations et tué des milliers d’hommes et de femmes. La France a fait face comme à chaque guerre, et en sortira plus forte moralement. Mais cette guerre a fait des dégâts. Elle a sapé la confiance des Français dans leur mode de vie. Elle risque d’entraîner un absurde repli nationaliste et la création de "murs", comme si une "Ligne Maginot" pouvait arrêter un nouveau virus. Et elle a mis nos comptes publics dans un état désastreux, mais inévitable. Après chaque guerre, il faut reconstruire. Or si pour l’instant, l’État dépense beaucoup d’argent pour panser les plaies, il n’a rien prévu pour la reconstruction de notre économie, en tenant compte de ce "monde d’après" qui nous attend.
Pourquoi avons-nous su reconstruire la France en 1871 (tout en payant des indemnités à l’Allemagne), puis en 1919 et après 1945 et pourquoi n’en serions-nous pas capables aujourd’hui ? D’ailleurs avons-nous vraiment le choix ? Nous avons vu qu’il fallait reconstruire tout notre système hospitalier qui vit d’expédients depuis des années. Nous avons compris que le dérèglement de la biodiversité et du climat nous obligeait à une vaste transition écologique qui ne peut plus être retardée. Nous avons mesuré à quel point nous avions perdu toute souveraineté industrielle avec les dangers que cela fait courir. Et, surtout nous devons redonner de la confiance à des Français qui ont désormais peur de tout, de leur voisin, de prendre le métro, de voyager, de consommer… "Leur propre peur leur fait peur" comme disait Shakespeare.
La défiance et la peur sont des poisons mortels en économie, et plus encore pour une communauté d’hommes et de femmes qui "font Nation". Voilà pourquoi, d’urgence, le Président de la République doit montrer sa volonté de reconstruire le Pays. Personne ne peut lui reprocher d’avoir fait défaut dans cette crise sanitaire inédite. Il doit désormais se montrer à la hauteur de ce défi beaucoup plus vaste : reconstruire la France pour un monde dans lequel plus rien ne sera comme avant. Mais il a un atout formidable : 67 millions de Français. Qui ont montré dans cette crise, comme dans les épreuves du passé, que lorsqu’on leur demande peu, ils ne donnent rien. Mais quand on leur demande beaucoup, ils donnent un peu plus que tout.
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