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La Chine au défi après le virus
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Si la Chine a été la première touchée par le coronavirus, avant d’en être la première sortie, elle n’est pas pour autant confrontée à de multiples défis : baisse de la croissance, renforcement du protectionnisme contre ses exportations, et rapatriement à venir de nombreuses usines low cost vers l’Europe. Alexandre Adler décrypte ces différents enjeux.
Plus rien ne sera jamais comme avant. Ce bilan prospectif qui entraîne dès aujourd’hui un consensus général s’applique, de toute évidence, à l’ensemble du monde développé, Amérique comme Europe. Mais il concerne aussi la Chine qui fut, sans aucun doute, le point de départ catastrophique du virus actuel. Mais aussi, semble-t-il, la région du monde qui semble aujourd’hui nous donner le signal de la fin de la crise. Avec la perspective d’un confinement bientôt abandonné et d’un bilan sanitaire en nette amélioration.
De là à penser, comme la petite minorité de sinophiles enthousiastes, tels que Jean-Pierre Raffarin, mais surtout pour la patrouille de plus en plus denses des sinophobes, que la Chine, telle "le péril jaune" de nos anciennes générations, va de nouveau déferler sur un monde déçu et affaibli, il n’y a qu’un pas que Marine Le Pen a été la première à franchir. On s’en doutait quelque peu.
Des réformes nécessaires
Pourtant la Chine - qui doit d’ores et déjà faire le sacrifice gastronomique de la fricassée de pangolins - n’aura pas que ce renoncement à accomplir si elle entend instaurer les réformes qui lui seraient nécessaires pour devenir le numéro un bis de l’économie mondiale. Même aidée de son allié naturel, sud-coréen, qui a déjà annoncé une participation à la mise en œuvre d’un programme industriel en matière aérospatiale. Programme qui impliquera bientôt, non seulement la production d’avions, mais surtout de systèmes notamment informatiques, et bientôt une participation de la Chine avec la nouvelle base aérospatiale de Kourou.
Si la Chine choisit de s’installer à Kourou, non loin de ses alliés technologiques français et russes, et en rivalité explicite avec la base voisine que maintiendra l’Amérique à Cap Kennedy, en Floride, les perspectives qui s’offrent au gouvernement de Pékin ne seront jamais aussi riantes que certains se plaisent à. l’imaginer aujourd’hui.
Sacrifier la rentabilité à la qualité
Tout d’abord, la Chine aura besoin d’un véritable courant d’échanges avec le reste du Monde, si elle veut consolider sa puissance actuelle. Il semble fini ce moment où l’Empire du Milieu disposait seul d’un monopole d’exploitation sur les Terres Rares. Sans parler d’une production pétrolière, notamment en Mer de Chine, qui semblait à portée de sa main. Mieux, les tendances inévitables au rapatriement d’une partie de l’activité aux coûts trop bas, mais trop onéreux en période de crise, lorsque les pays développés décideront tous de préférer le stockage de matières sensibles, impliquent que la Chine emprunte "une stratégie allemande" mettant l’accent sur la production de valeur ajoutée plutôt que sur la rentabilité immédiate.
En d’autres termes, la Chine devra sacrifier la rentabilité à la qualité. Fabriquer chez elle ses Mercedes et ses Audi qu’elle admire tant chez ses partenaires allemands, mais sans pour autant déséquilibrer gravement son commerce extérieur. C’était là l’erreur stratégique commise par le puissant lobby pétrolier et manufacturier représenté par Zhou Yon Gkang qui ne croyait qu’au savoir-faire chinois et à l’élimination de toute compétition étrangère. Jusqu’à engendrer partout, et notamment en Amérique, des réflexes de défense protectionniste, particulièrement dommageables pour un Pays qui vit maintenant de l’échange de technologies de pointe provenant du reste du monde.
Une dette à l’égard de la France
Depuis l’industrie horlogère de la Suisse jusqu’à l’innovation pharmaceutique de l’axe Lyon-Marseille, sans parler des produits financiers de Londres, branchés sur l’innovation juridique et économique des professionnels de Hong Kong. Bref à la mondialisation inévitable, la Chine ne pourra plus jamais répondre par sa relocalisation prioritaire. Mais penser bien davantage à des échanges plus équilibrés avec ses partenaires et rivaux où qu’ils soient.
C’est ici que la France du Général de Gaulle a contracté une dette qu’un Xi Jinping, héritier d’une tradition d’ouverture et d’intérêt, n’a pas oubliée. Si bien que notre Pays dispose d’un atout maître pour accueillir chez elle la recherche par la nouvelle Chine d’une accélération que la France peut lui fournir sans aucun contentieux. Certes, les difficultés nées de la nécessité d’indemniser Taïwan pour un certain nombre de contrats fondamentaux, ont pu faire planer des ombres ponctuelles sur les relations franco chinoises.
Avant l’exploitation de l’astre lunaire
Mais aujourd’hui les liens intimes que les banques chinoises maintiennent avec la diaspora d’Asie du Sud-est et ses représentants souvent francophones, au Vietnam et au Cambodge, et la nécessité d’équilibrer la place financière de Londres par une sorte de place annexe, dont Lyon est la capitale toute trouvée, depuis que les soyeux lyonnais eurent introduit dans nos contrées le ver à soie importé de Canton et de Shanghai, militent pour cette solution qu’incarna avec prescience, un Raymond Barre, à la Mairie de Lyon.
Comme aimait à le dire un Jean Jaurès, pour une fois mieux inspiré que son rival Clémenceau, un peu de mondialisation seulement peut inévitablement nous conduire à moins de mondialisation. Mais beaucoup de mondialisation, tempérée par l’inévitable principe de précaution, nous conduira à davantage de mondialisation. Et sans doute à terme, à l’exploitation économique de l’astre lunaire qui nous libérera du monopole des terres rares.
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