Chroniques / Bernard Spitz
Chroniques
Bernard Spitz
Chronique
La crise, quelle crise ?
par Bernard Spitz
Le G 7 et l’Eurogroupe n’ont accouché de rien hier, sinon d’une fermeture des frontières de l’espace Schengen. Une fois encore l’Europe, se montre incapable d’apporter une réponse coordonnée à une crise de très grande ampleur se désole Bernard Spitz. Pourtant l’Union européenne n’est pas une abstraction : elle est l’instrument d’une volonté collective qui doit se montrer à la hauteur du défi inédit qui lui est lancé.
Crisis ? What crisis ? C’était le titre d’un album du groupe Supertramp avec, mixé dans un morceau, la voix de Winston Churchill lançant "We shall never surrender"
Quelle crise ? On se rappelle que le mot vient du grec qui signifie "le moment de la décision". C’est cela qui est attendu de l’Union européenne. Décider. Faute de quoi, on déclencherait la plus grave de toutes les crises : celle, durable, de la confiance.
Décider donc. Avec qui ? Le Royaume-Uni n’est plus là. L’Allemagne joue cavalier seul. Les pays latins se confinent. L’agenda européen se réduit en peau de chagrin. Le Parlement européen cesse son activité, la Commission fait du télétravail. Il n’y a plus de visibilité, ni à huit jours ni à trois mois.
Les entreprises européennes, petites et grandes, confrontées partout aux mêmes difficultés, attendent de savoir comment elles vont pouvoir traverser cette épreuve. Toutes sont confrontées à la crise sanitaire puisque tous les pays prennent ou vont prendre des mesures radicales, à la différence notable pour le moment du Royaume-Uni. La situation italienne, considérée il y a peu chez nous comme exagérée est désormais perçue comme une préfiguration de ce qui arrive chez chacun, à quelques semaines d’écart. Toutes subissent de plein fouet la fermeture des frontières en violation de la règle de libre circulation des personnes – si ce n’est des biens – ainsi que la mise en quarantaine de leur économie. Face à l’arrêt de l’activité dans de nombreux secteurs, aux pertes de recettes qui en découlent, leur priorité est de faire face à la crise de liquidités et de pouvoir, de façon flexible et facilitée, recourir au travail partiel.
Pour l'instant l'Europe se contente de sauver la zone Euro
Dans l’ensemble, les employeurs européens ont été écoutés tant par leurs gouvernements que par les partenaires sociaux pour la mise en œuvre de mesures d’urgence. Celles-ci consistent partout en des moratoires fiscaux et sociaux pour les entreprises, du soutien à la trésorerie, le recours facilité au chômage partiel ainsi qu’une relance budgétaire, en s’affranchissant du critère des 3 %. Évidemment, les moyens mis en œuvre sont inégaux. Le "whatever it takes" n’a pas la même signification pour la Chancelière allemande que pour la plupart de ses collègues ou pour la commission européenne. Pour le moment ce n’est qu’indirectement, via le soutien à l’économie allemande, que nos partenaires entendent contribuer à sauver la croissance dans la zone euro.
Celle-ci apparaît d’ores et déjà bien compromise : l’ampleur de la crise devrait entraîner une récession, sans qu’il soit possible d’en présumer l’importance. Les ministres de l’économie qui se réunissaient ce lundi en vidéoconférence ont-ils pleinement rassuré les employeurs européens ? Pas entièrement si l’on en voit la réaction des marchés, déjà déçus par la banque centrale. Certes la situation est extraordinaire et appelle de l’avis général des mesures d’exception ; certes des pays comme l’Allemagne et lundi soir la France ont annoncé des mesures de soutien fortes ; certes la Commission a accepté d’assouplir les règles de Maastricht ouvrant les vannes à des déficits records un peu partout et donc à l’accroissement d’une dette déjà jugée très excessive avant la crise du Coronavirus.
L'Union Européenne n'est pas une abstraction
Tout cela fait partie de la solution, il y manque toutefois le souffle, l’imagination, la stratégie d’ensemble, le projet politique.
Que chaque pays tienne à prendre des mesures spécifiques de son côté, cela peut se comprendre. Qu’au – delà, l’Union Européenne ne parvienne pas à dégager une forme de leadership, voilà qui serait incompréhensible ; et dangereux : car rater l’occasion de faciliter la vie quotidienne des Européens, ne pas saisir l’opportunité unique de démontrer son utilité à des populations qui en doutent en rivant le clou des populistes au passage, c’est ignorer l’adage selon lequel l’histoire ne repasse pas les plats.
Il y a urgence. Car l’Union européenne n’est pas une abstraction : elle est l’instrument d’une volonté collective qui doit se montrer à la hauteur du défi inédit qui lui est lancé. C’est dans un moment pareil qu’elle peut retrouver le fil de son histoire, s’affirmer face à l’ostracisme de la présidence américaine, peser au sein des G7 et G20 et réenchanter l’Europe aux yeux de ses citoyens.
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