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Chroniques / Bernard Spitz

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Bernard Spitz

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Dans l'Europe du Brexit, 2020, l'année de tous les dangers
par Bernard Spitz

Les négociations commerciales entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni s'annoncent plus que tendues, dans un contexte d'affaiblissement du pouvoir au sein des grandes capitales européennes, qui pourraient être tentées de faire cavalier seul. Bernard Spitz explique pourquoi l'Europe devra s'efforcer de parler d'une seule voix si elle veut conserver sa place sur la scène internationale.

03/03/2020 - 09:30 Temps Lecture 4 mn.

Quel Brexit dans quelle Europe ? Boris Johnson a donné le ton début février en fêtant la sortie de l’Union avec une grande manifestation au pied du Méridien de Greenwich. Rule Britannia… Y étaient invités les représentants européens et tout l’establishment britannique, avec un traitement plus distant des milieux économiques, comme s’il convenait de les punir pour leur campagne favorable au Remain. Le cap symbolique ainsi fixé, il a été complété sur le plan diplomatique et administratif par la fixation d’une feuille de route agressive, sous la houlette politique de Michael Gove, l’ombre portée de Dominic Cummings et le choix de David Frost comme interlocuteur de Michel Barnier.

 

D'âpres négociations

 

La négociation qui s'est ouverte hier à Bruxelles entre le Royaume-Uni et l’Union s’annonce donc rude : Boris Johnson va vouloir forcer son avantage et s’appuyer sur l’excellence de ses diplomates pour tenter de diviser les Européens. Les mois passés ont montré qu’il ne s’interdit rien. Y compris de menacer d’un "no deal" en juin prochain. Réussira-t-il là où Theresa May d’abord, lui-même ensuite, avaient échoué jusqu’à l’an dernier ? Il importe d’être vigilant pour au moins trois raisons.

La première, c’est que les principaux gouvernements de l’Union sont aujourd’hui en moins bonne posture qu’au cours des deux dernières années. L’usure du temps pour les uns, l’émergence de contestations radicales chez les autres, des formes de fracturation diverses : tout cela fait qu’à Berlin comme à Rome, Madrid ou Paris, un risque d’affaiblissement politique collectif existe.

La seconde raison tient à la conjoncture internationale : l’impact sur l’économie mondiale du coronavirus, la déstabilisation de la Syrie et ses conséquences possibles sur les flux migratoires, la prospérité de l’altermondialisme, l’égoïsme de l’administration américaine en attendant l’élection présidentielle de novembre… tout cela pèse sur les capitales européennes. Certaines pourraient être tentées par des arrangements particuliers afin de défendre quelques-uns de leurs intérêts sectoriels et se ménager vis-à-vis des critiques populistes.

Enfin troisième raison : jusqu’à cette année, les Européens en restant fermes et unis pouvaient espérer empêcher le Brexit de se réaliser. Cet espoir a disparu.

 

Préserver l'Europe du risque de fragmentation

 

Certes les Européens sont tombés d’accord le 25 février dernier sur le mandat de leurs négociateurs. Le risque d’une logique court-termiste guette toutefois. Cela serait catastrophique pour l’Union qu’il s’agit plus que jamais de renforcer pour ne pas en faire la variable d’ajustement d’un duopole américano-chinois. Cela serait tout aussi dommageable pour les entreprises — tant européennes que britanniques — qui ont besoin, en cette période de ralentissement économique, de stabilité plutôt que d’incertitude. Michel Barnier se retrouve ainsi en première ligne avec la difficile mission de préserver l’Union de tous les risques de fragmentation dont Boris Johnson est porteur.

Ce n’est pas seulement l’équilibre des relations entre le Royaume-Uni et le continent qui est en jeu dans les mois à venir. C’est l’avenir économique et politique de l’Union, ainsi - ne l’oublions pas - que notre capacité d’intervention et de dissuasion en matière de défense, face à toutes les menaces qui pèsent sur notre continent. L’an 2020 est bien pour l’Europe l’année de tous les dangers.

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