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Où va l’Allemagne de Merkel ?
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Après la démission de la nouvelle patronne de la CDU, placée à ce poste par Angela Merkel, et la montée en puissance de l’extrême droite de l’AfD, dans un contexte de stagnation économique, l’Allemagne vit une période de mal-être. Alexandre Adler décrypte ce que peut être la fin du dernier mandat d’Angela Merkel désormais éclipsée en Europe par Ursula Von der Leyen.

29/02/2020 - 09:30 Temps Lecture 9 mn.

L’Allemagne n’est pas la France, pas plus que la France n’est l’Allemagne. Malgré les velléités de plus en plus affirmées de nos voisins d’outre-Rhin de n’en faire qu’à leur tête ; malgré cette hégémonie de fait que constatent avec une certaine amertume tant la France que l’Angleterre ; malgré tout cela donc, les parallèles entre l’Allemagne et ses deux grands voisins français et anglais sont tout de même toujours aussi frappants.

Et dans cette affaire, le parallèle le plus singulier c’est de constater que la quatrième grande puissance de l’Europe, la Russie s’est déjà invitée dans le débat par le choix d’une politique homogène qui devient à nouveau très discutée à Moscou même. Gorbatchev, on s’en souvient, avait inventé la notion de "maison commune européenne" dans l’espoir confirmé de rendre à la Russie sa place d’interlocuteur privilégié de la France et de l’Allemagne, fatiguées toutes deux d’une hégémonie américaine, relayée par la Grande-Bretagne. Cette politique, continuée par Poutine, après les années de chaos diplomatique de la présidence Eltsine, a été interrompue par Poutine lorsqu’il eut fait le constat de l’hostilité constante de la Commission Européenne à toutes les ouvertures venues de la Russie.

 

Quand Poutine alimente les néonazis allemands

 

Poutine, dont toute la culture politique a été façonnée par son expérience d’adolescent malingre, mais bagarreur des rues de Saint-Pétersbourg, décida donc un beau jour que, puisque Bruxelles, Paris et Berlin lui étaient systématiquement contraires, il pouvait aussi changer toute sa politique du jour au lendemain. Notamment en encourageant avec les moyens renouvelés qui étaient redevenus les siens, tous les nationalistes et les eurosceptiques. Ce qui fût fait. En France, les moyens non négligeables de la nouvelle Russie furent investis dans une aide multiforme tant aux vieux amis communistes de Mélenchon qu’aux nouveaux amis nationaux-socialistes de Marine Le Pen. En Angleterre, même opération en faveur de tous les soutiens du Brexit. Et en Italie, malgré la profonde sympathie de Poutine pour un Berlusconi assagi, une attention croissante et favorable en faveur de Matteo Salvini.

Restait l’Allemagne où Poutine ne digère pas l’excellente information qu’Angela Merkel conserve en matière d’affaires russes, comme tous les anciens sujets de l’empire soviétique. Non seulement Angela Merkel parle un excellent russe, mais elle éprouve aussi une solidarité spontanée, que ne manifestait jamais son prédécesseur Gerhard Schröder, envers les anciennes nations captives, depuis la Roumanie du président Johannis, jusqu’à la Pologne si proche des frontières allemandes. Sans oublier, bien au contraire, les nouveaux alliés des Pays Baltes, qui, eux, peuvent s’appuyer en outre sur la protection scandinave, notamment en Estonie.

 

Le déclin de Merkel et l’ascension de Von der Leyen

 

C’est ainsi que la Russie de Poutine n’a éprouvé aucun état d’âme à l’idée de conforter, dans l’ancienne Allemagne de l’Est, les tendances les plus néonazies du nouveau parti AfD (Action pour l’Allemagne). Quand l’action du nouveau FSB n’est pas allée jusqu’à l’infiltration d’agents provocateurs en son sein. L’une de ses tendances, pilotée par une secte fondamentaliste, antisémite et bien sûr anti-polonaise, n’a pas hésité à avoir recours à la violence tout en devenant, sur le plan parlementaire, l’alliée nauséabonde de la CDU locale. Malgré la révulsion qu’inspirent à la Chancelière de telles fréquentations contre-natures qui deviennent intolérables sur le terrain est-allemand.

C’est de là que démarre le dérapage qui vient de forcer l’adjointe, elle-même parfaitement honnête d’Angela Merkel, à une démission précipitée, qui laisse la Chancelière de plus en plus exposée. À un moment où la montée en puissance de son ancienne protégée, Ursula Von der Leyen, refait basculer le balancier vers l’ouest du Pays, la métropole cosmopolite Berlin, comme à une municipalité de Hambourg, qui, avec Munich, se partage la véritable influence économique, malgré Francfort, sa Bundesbank, mais aussi ses affinités trop européennes et trop favorables à Bruxelles comme à Paris. Dans cette Allemagne de nouveau fracturée, bien qu’il n’y existe aucun séparatisme régional, c’est en effet un nationalisme allemand moins provocateur que celui de l’AfD, mais plus profond sur le plan stratégique que celui des eurosceptiques, qui commence à s’affirmer.

 

L’Allemagne ne veut plus être un modèle pour l’Europe

 

Certes l’Allemagne ne veut pas devenir à nouveau une puissance militaire. Alors qu’une arme nucléaire aujourd’hui ne lui servirait à rien. Certes la Bundeswehr conserve des affrontements durs qu’elle eut à gérer dans son secteur de l’Afghanistan, une sainte horreur des expéditions lointaines. Ce qui ne l’empêche nullement de pratiquer un réarmement conventionnel high-tech depuis la cyberguerre jusqu’aux drones les plus sophistiqués. Ce qui la dispense de toute coopération avec les efforts convergents de Boris Johnson et d’Emmanuel Macron, de créer rapidement une entente stratégique européenne, reposant sur leurs deux forces de dissuasion.

En somme tout se passe en Allemagne comme dans le reste de l’Europe, vers un rétablissement de certains équilibres plus anciens qui conduisent la nouvelle Allemagne à improviser, sans les complexes de la génération précédente, une nouvelle approche dans tous les domaines, civils, militaires ou mixtes, comme le sont l’informatique et toutes les nouvelles technologies. L’Allemagne ne veut plus être un modèle pour l’Europe, comme le prétendait en son temps un Helmut Schmidt, ni non plus le meilleur élève démocratique de la classe européenne, comme le voulait Willy Brandt, ni même la fille cadette et obéissante que Konrad Adenauer avait aspiré à devenir dans les bras généreux du Général de Gaulle.

 

Une sortie par le haut pour la Chancelière

 

Non, comme sous la République de Weimar, avec Gustav Streisemann, comme sous le troisième Reich avec un amiral Canaris, toujours comploteur, mais foncièrement libéral, l’Allemagne veut tout simplement redevenir l’Allemagne. Une grande puissance respectée de tous et particulièrement de la Chine - dont les excédents sont rivaux des siens - beaucoup plus que d’une Russie qui ne plaisait tant à Gerhard Schröder que parce qu’il en sous-estimait la vulnérabilité économique mêlée à la brutalité du KGB. Celle de Poutine dont on discute furieusement aujourd’hui de la sagesse et du bien-fondé de son audace. D’un mal peut finalement sortir un bien, si à l’issue d’une telle traversée, une Angela Merkel, dont l’utilité politique de centre gauche s’épuise, trouve à présent à la tête d’une nouvelle magistrature, la présidence de la République Fédérale par exemple, les moyens de continuer son action à un niveau moins exposé. Mais fort heureusement plus prestigieux que jamais, après le mandat sans tache, que lui laisse son prédécesseur Joachim Gauck.

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