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Quelles surprises réserve la présidentielle américaine ?
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Après le caucus de l’Iowa, marqué par un indescriptible foutoir qui a retardé la publication de résultats favorables aux candidats les plus à gauche du camp démocrate, Alexandre Adler explique pourquoi Michaël Bloomberg pourrait profiter de ce moment où le bipartisme n’a jamais été aussi faible. Ou à défaut l’ancienne conseillère de George W. Bush, Condoleeza Rice.
Avec le lancement très ritualisé des élections primaires, qui commencent à présent, de manière incontournable par un caucus, soi-disant informel dans l’État absolument central tant sur le plan sociologique que sur celui de la taille idéale, de l’Iowa - que les candidats dotés d’une mauvaise mémoire, confondent, comme ce fut le cas de Joe Biden, avec l’Idaho, bien plus petit et bien plus à l’Ouest. Le processus est lancé et influe de plus en plus sur toute la bataille des primaires. Mais nous vivons une telle subversion de toutes les règles communément admises, à une échelle désormais planétaire, que cette primaire commence déjà à ne ressembler à rien de ce que l’on connaissait autrefois.
La candidature d’un démocrate quelconque est d’ores et déjà plus que compromise par la désignation institutionnelle de Bernie Sanders qui n’est nullement membre ni sympathisant du parti démocrate, mais un communiste à peine dissimulé et proche des lobbys islamistes. Mais aussi celle d’un Joe Biden, lui, moins discrédité par son péché véniel mais ridicule de plagiat récidiviste que par sa vice-présidence inerte et complaisante d’un Barack Obama. Un Président dont les transgressions patentes et parfaitement répertoriées n’ont cessé de discréditer, au moins son second mandat quels qu’aient été son savoir-faire, son charme pervers, et son respect ultime du formalisme des institutions. Sans oublier pour autant que la réaction de colère populaire qu’il avait créée ait engendré le tsunami Donald Trump par pure réaction contre son mélange de courtoisie et d’élitisme gauchisme qui dressait contre lui l’Amérique abandonnée des ouvriers de la révolution industrielle, Detroit et la Chicago blanche.
Une recomposition du paysage politique américain
Or le caucus de l’Iowa vient de désigner Pete Buttigieg, l’homme que l’ancienne base populaire du middle-west, très équilibrée entre démocrates de centre gauche et républicains du centre droit, a un vif plaisir à haïr. Les démocrates ont donc pour l’instant le choix entre un bobo homosexuel marié avec son compagnon et un juif communiste soutenu, depuis la réserve indienne des Bobos de Binghampton, dans le Vermont, par tous les adeptes des frères musulmans hostiles à l’Arabie Saoudite actuelle et à Israël. Il s’agit bien sûr de Bernie Sanders, dont le dernier engagement juif remonte à ses 14 ans, où il accomplit sa communion de Bar Mitzvah avant de militer dans des groupuscules communisants dès l’heureuse époque de Harry Truman.
Or, si tout change en Amérique, son bipartisme est insubmersible. Très vite, l’option entre deux grandes coalitions se rétablit automatiquement pour reproduire idéalement le célèbre bipartisme de Westminster qui permet d’intégrer toutes les tensions dans le sein de la démocratie américaine, quitte de temps à autre à faire roquer les pions comme aux échecs pour rouvrir un jeu trop convenu entre les deux joueurs. Or, devant le vide créé artificiellement par la primaire biaisée de l’Iowa à la défaveur des démocrates, il est déjà clair que deux évènements inattendus vont à présent se produire. De l’intérieur de la candidature démocrate ainsi que de son extérieur, la candidature républicaine. Et il y a fort à parier que ce double mouvement ne profitera pas du tout à Trump… mais par contre influera inévitablement sur notre primaire française où la reconduction de Macron, pour l’instant faute d’alternative véritable, semble pourtant presque pliée.
La question juive au centre de l’élection
Battus et humiliés par la primaire inepte du caucus de l’Iowa, l’opinion démocrate va très vite retrouver certaines couleurs. D’abord en portant sur le pavois des candidates féminines parfaitement intègres et institutionnellement déjà préservées. Elizabeth Warren, intellectuellement séduisante, mais bien trop gauchiste ou Nancy Pelosi, trop agressive et dédaigneuse, tout en caressant un gauchisme anticlérical qui la prive de l’électorat catholique italien, tout comme les positions de principe social-démocrate d’Eugène McCarthy en 1968, le privèrent instantanément de sa vieille base irlandaise.
Il reste que l’électorat américain est aujourd’hui comme aimanté par le désir évident d’éliminer par le processus démocratique toutes les barrières implicites mais bien réelles qui s’opposaient encore - mais de manière fort efficace - à certains tabous : un président juif ou une présidente. Ici le jeu est très ouvert en apparence. Il y eut certes par le passé de véritables présidents juifs désignés par le système présidentiel, mais en toute discrétion. Martin Van Buren au début du dix-neuvième siècle avait fait oublier, par une opportune conversion son incontestable origine, dont ses descendants en Hollande et même à Bruxelles se réclament encore avec une double fierté. Le Président républicain très antiségrégationniste Garfield fut vite assassiné par des démocrates racistes du sud qui permirent la désignation automatique du vice-président républicain mais déjà conservateur Hayes, lequel retira la citoyenneté active à tous les électeurs noirs du sud profond, introduisant pour un siècle le rétablissement des normes sudistes, y compris un hymne national alternatif dans les états du sud.
Le souvenir de Henry Kissinger
Troisième juif converti au protestantisme mais dont la mère était restée observante : le tombeur très conservateur de Teddy Roosevelt, candidat adulé de l’électorat juif véritable, Howard Taft. Et enfin à sa manière inévitable, un président de facto en la personne de Henry Kissinger, qui secrétaire d’État, mais architecte jusqu’au bout, grâce au ventriloquisme de Gérald Ford, de toute la politique étrangère américaine pendant les quatre ans qui auraient dû être le second mandat de Richard Nixon. De fait il assura tant qu’il le put la crédibilité du shah d’Iran, malgré son rôle fondamental dans le premier choc pétrolier et surtout l’encouragement sans cesse bienveillant de la politique et de la personne de Mao Tsé Tong et de Chou En Lai.
Il y eut donc quatre présidents, dont un virtuel, Kissinger, et trois convertis de pure forme qui pouvaient, en réalité, se réclamer du judaïsme. Mais un juif, proclamé et explicite, pas encore. Ce qui ouvre naturellement le jeu pour un républicain d’origine et milliardaire connu de tous, comme Michaël Bloomberg, très apprécié des New-Yorkais à l’instar des deux Roosevelt et très compatible pour des démocrates qui ne le perçoivent plus du tout comme un républicain, mais comme un indépendant de fraîche date et dépourvu du moindre sectarisme de parti.
Deux outsiders : Bloomberg et Rice
Reste, s’agissant de la prochaine élection présidentielle, que côté républicain Donald Trump bloquera toutes les candidatures hostiles à la sienne et provoquera ainsi l’entrée en lice de l’indépendant Bloomberg dans le camp démocrate. Même si, pour l’instant, pour favoriser une alternance anti-Trump, il y a plus de chance que cela se matérialise dans le cadre d’une primaire républicaine très ouverte, plus vite et plus radicalement, que dans le cadre d’un duel classique avec un camp démocrate profondément altéré par la political correctness qui donne à Donald Trump le soutien de tous les anciens électeurs de gauche et de droite, et surtout le vote ouvrier enfin unanime aux États-Unis, après un siècle de division idéologique républicain-démocrate.
Il existe aujourd’hui une seule candidature républicaine capable de déstabiliser en profondeur les ultimes calculs de Donald Trump, en présentant une femme parfaitement crédible qui se trouve aussi être noire, discrètement lesbienne, et fidèle incontestable, bien que parfois critique de son ancien patron : George W Bush. Il s’agit, nos lecteurs le savent bien de mon amie personnelle, Condoleezza Rice, fille de pasteur du Colorado et amie dès l’adolescence des deux fils du professeur Bension Netanyahu qui enseignait l’hébreu aux pasteurs américains, tel le père de Madame Rice et tant d’autres. Comme En Allemagne, avec le père communisant d’Angela Merkel. Que l’hébreu soit devenu le sésame de la famille Rice et de la famille Merkel fait peut-être parti des mystères de nos temps messianiques.
Des jeux encore très ouverts
Mais voilà enfin l’électorat juif américain pleinement réconcilié avec son vieil allié infidèle l’électorat noir, qui avait sombré après la mort de Martin Luther King, dans l’antisémitisme doctrinal le plus parfait. En tout cas, tel est le renversement actuel qui pourrait permettre l’élection d’une candidate républicaine foncièrement hostile à Trump, mais aussi foncièrement favorable à Israël et aux latinos. De fait la candidate Condoleeza Rice, qui bénéficierait dès la première minute des soutiens fervents de George W Bush et de sa remarquable épouse Laura – qui possède les clefs de tout l’électorat évangélique dont aujourd’hui Donald Trump se targue du soutien incontestable – Autant dire que les jeux restent encore très ouverts pour cette présidentielle en ces temps très particuliers où la question du réchauffement climatique fait l’unanimité de l’opinion américaine.
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