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Boris Johnson, le paradoxe Churchillien
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Après la victoire sans appel des conservateurs menés par Boris Johnson aux élections du 12 décembre, la voie est désormais libre pour un Brexit sans douleur le 31 janvier prochain et pour des discussions sur les accords de libre-échange. Alexandre Adler rappelle que derrière les facéties du Premier Ministre britannique se cache un Britannique très européen dont le mot d’ordre a toujours été : « sortir de l’Union Européenne, mais rester dans l’Europe »

21/12/2019 - 09:30 Temps Lecture 8 mn.

La victoire spectaculaire aux élections législatives de Boris Johnson suivie des déclarations très proeuropéennes et surtout très francophiles, dans la stricte continuité du Churchill de 1940 – seul soutien véritable de la France Libre du Général de Gaulle – a fini par convaincre malgré les réticences et des bévues permanentes à son endroit une opinion française mal informée de la véritable pensée stratégique du Premier Ministre Britannique.

Je n’ai personnellement aucun mérite à m’être inscrit d’emblée en opposition à certaines analyses superficielles, en raison des rapports personnels que j’ai peu à peu tissés avec l’intéressé qui partage la même sympathie idéologique et politique pour l’homme fort de l’Arabie Saoudite actuelle Adel Jubeir ainsi que pour l’ancienne secrétaire d’État de George W Bush, Condoleezza Rice. J’ignore si ces trois personnages fondamentaux de la conjoncture actuelle, Boris, Rice et plus encore Jubeir, triompheront de tous les obstacles très sérieux qui sont encore sur leur chemin. Mais je suis sûr au moins de ce qu’ils pensent réellement et même de ce qu’ils chercheront à accomplir dans le courant de 2020 avec deux personnages étroitement associés dans le même combat : Netanyahu en Israël et Poutine en Russie.

 

Francophile et Européen comme Churchill

 

Pour nous focaliser d’emblée sur Boris Johnson je n’évoquerai ici que des faits qui sont parfaitement connus de tout le monde, mais que l’on a jusqu’à présent éludés par simple aveuglement idéologique. Juste avant le Brexit, Boris Johnson a publié une biographie très orientée de Winston Churchill pour y exalter l’engagement constamment européen proclamé par Sir Winston lorsqu’il dut se replier dans l’opposition à ce pauvre Clément Atlee.

Boris Johnson dépeint Churchill comme l’avocat inlassable d’une réconciliation franco-allemande pour doter l’Europe Continentale d’un attelage pro-occidental où l’Allemagne serait garantie contre toute tentation neutraliste et prosoviétique en échange de son abstention durable vis-à-vis de l’OTAN et la France des mêmes sirènes venues de Moscou, mais aussi de son puissant parti communiste national pour écarter toute solidarité anglo-américaine. Ce à quoi le Général de Gaulle pouvait toujours être tenté en raison des mauvais traitements que lui avait réservés Franklin Roosevelt à l’apogée des grandes victoires de 1944 et 1945.

 

Un père haut fonctionnaire européen

 

Certes, la trahison par Staline de sa parole sur le problème de l’indépendance polonaise qui tenait si cher au Général de Gaulle depuis sa participation à la défaite des bolcheviks devant Varsovie en 1920 jouait ici en faveur de Churchill et conduira d’ailleurs le Général à conférer le titre de compagnon de la libération à l’ancien Premier Ministre britannique, très tard dans sa carrière, en 1958. Mais le geste éminemment symbolique concerne aussi, si l’on peut dire, un Boris Johnson, qui considère l’engagement européen de Churchill comme définitivement valable pour la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

Mieux, on feint d’ignorer que le propre père de Boris Johnson est à lui seul une démonstration des véritables convictions intellectuelles de son fils qui s’inscrit dans une incroyable continuité. Seuls deux pays, la France et l’Angleterre sont assez tolérants en Europe pour accepter une biographie aussi en dehors des sentiers battus que celle des deux Johnson père et fils. Comme l’aurait dit – déplorablement d’ailleurs – Benedetto Croce, le grand philosophe libéral italien, les deux hommes sont sans aucun doute, le carrefour de trop de races. Le Père de Boris Johnson était lui-même fils d’une mère juive anglaise, et d’un authentique aristocrate et général turc, proche de Mustapha Kemal.

 

Un axe entre Boris Johnson et le Prince Charles

 

En France aussi tout cela peut passer. Mais sans l’ironie anticonformiste ravageuse dont Boris Johnson s’est fait une spécialité appréciée - très exactement comme le faisait à son époque Benjamin Disraeli ainsi que le rappelle André Maurois dans son excellente biographie – qui est au contraire très appréciée dans le contexte britannique où l’humour même ravageur est universellement savouré et le pompeux toc très vite rejeté. Rappelons-nous de l’humour singulier des duettistes d’Eaton David Cameron et son ministre des finances David Osborne comme celui plus authentique, mais combien maladroit de la pauvre Theresa May.

Ajoutons enfin dans ce pays qui demeure beaucoup plus monarchique qu’on ne l’imagine, l’incroyable règne d’Élizabeth II par rapport à celui de son illustre ancêtre la reine Victoria. Or il est maintenant bien admis que le Prince de galles Charles Mountbatten-Windsor prépare très ouvertement le même tournant géostratégique vers la France et le continent qu’ourdissait en son temps le futur Édouard VII dès les dernières années de la Reine Victoria, qui était, elle, attachée à ses vieilles amitiés allemandes, tout comme Élizabeth l’est encore à l’alliance américaine en souvenir de son adolescence de guerre.

 

Convergence de fait avec Emmanuel Macron

 

Le Prince Charles a, dans ce domaine, entretenu des relations constantes et confiantes avec Boris Johnson dont il apprécie l’anticonformisme et les mêmes orientations diplomatiques auxquelles il ajoute une fidélité sans faille au Royaume-Uni, à la réconciliation avec l’Irlande du Nord et aux amitiés australiennes et donc pro-chinoises de Londres. Sur tous ces sujets il y a convergence évidente avec la diplomatie d’Emmanuel Macron qui cherchera, là aussi, à assouplir l’hégémonie un peu excessive qu’exerce en ce moment, à travers Bruxelles et la survie contestable de l’Otan de Grand-Papa, une diplomatie allemande maladroite, même lorsqu’elle demeure bien intentionnée. Ici cette répétition historique d’Édouard VII qui nous valut l’entente cordiale et l’isolement du Kaiser II toujours jusqu’alors protégé par sa grand-mère Victoria, nous annonce une diplomatie britannique enfin libérée tant des pressions américaines excessives que des préjugés antichinois déraisonnables. Voilà pourquoi Boris Johnson est plus en fin de compte pour Paris et la France un atout incontournable.

 

P.-S. : en raison des fêtes de Noël et du Jour de l'An vous retrouverez la prochaine chronique d'Alexandre Adler le samedi 4 janvier 2020.

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