WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques /

Chroniques

Chronique
Quatre questions sur l’opération Barkhane
par

Après la mort tragique de treize de nos meilleurs soldats dans une collision d’hélicoptères engagés dans un combat contre un groupe djihadiste, plusieurs voix posent la question du lourd tribut payé par la France depuis six ans dans cette opération militaire. Mais Alexandre Adler replace ce débat dans toute la géopolitique de l’Afrique Subsaharienne.

30/11/2019 - 09:30 Temps Lecture 10 mn.

Par-delà l’émotion qui a étreint tous les Français au récit de la mort tragique des treize soldats français morts la semaine dernière dans un combat au Mali plusieurs questions de géopolitiques ne peuvent être évitées. Sans remettre aucunement en cause le travail admirable de ces soldats qui assument tous les risques au feu et maîtrisent des techniques largement supérieures, à présent, à celles de nos pilotes de chasse. À partir de là il est tout aussi légitime qu’une opinion publique, qui ne ménage absolument pas son soutien aux forces armées dans son engagement au Sahel, se pose la question de l’utilisation si cruelle de nos forces qui sont loin d’être nombreuses et inépuisables. Pourtant, des réponses, bien plus complexes que l’on imagine doivent être déclinées au moins dans quatre directions. Les Voici.

Primo. La question géopolitique du Mali. La France comme les principaux membres de l’ONU a adopté après les dangers d’éclatement du Congo ex-belge des années soixante, un principe auquel notre diplomatie n’a jamais failli - bien qu’il rendît sceptique le Général de Gaulle dans ses convictions personnelles - dont il ne s’ouvrait qu’à Jacques Foccart. Ce principe est le respect inconditionnel de toutes les frontières léguées par l’héritage colonial. Même si chacun sait que la Somalie, ex-italienne et ex-britannique a été fusionnée après son indépendance, mais que les deux moitiés ont fini par fusionner, sans reconnaissance internationale, au sein de leurs limites d’autrefois. De la même manière, au Cameroun on a accepté la fusion d’une partie britannique qui ne voulait pas faire partie de l’immense Nigeria et a rejoint l’ancien Cameroun Français dans une structure fédérale qui résiste encore aux tensions.

Mais tout le monde sait, au Mali et en Mauritanie, que les frontières actuelles n’ont jamais été acceptées par les populations. En Mauritanie, on a mis en œuvre une délimitation au fleuve Sénégal qui fait d’une puissante minorité, en fait sénégalaise, une véritable minorité discriminée par la majorité arabo-berbère du nouvel état. Un pays dont Paris redouta immédiatement qu’il ne devienne une pomme de discorde entre l’Algérie et le Maroc. Nous en sommes toujours là et le mouvement africain et ouolof, le FLAM, est largement majoritaire et de facto sécessionniste d’un état mauritanien dont néanmoins la survie est capitale dans la guerre que nous menons au Sahel.

 

La place essentielle des Touaregs

 

De la même manière, la minorité touareg associée à d’autres arabo-berbères moins importants domine entièrement le coin nord du Mali. La solution de bon sens à la fin de ce conflit cruel, serait d’échanger de manière amiable la zone africaine de la Mauritanie et la zone Touareg du Mali, rattachant à la fin la première à un grand Sénégal élargi et la seconde à un grand Maghreb où marocains et algériens pourraient finir, comme le voulait le général algérien Nezzar, à renoncer à leur rivalité insensée. Pour l’instant, contentons-nous du grand revirement de l’élite et du renseignement algériens qui ont compris les menaces djihadistes sur les hydrocarbures de la région et ne cherchent plus à manipuler l’esprit rebelle des Touaregs contre la France.

Reste à trouver le moyen d’organiser un retour en force de nos alliés à Kidal, le chef-lieu du Nord Mali, où le principal chef Touareg Ag Ghali continue son flirt avec Al Qaida et Daesch. Cela, parce que nous n’écoutons pas nos véritables spécialistes qui savent très bien qu’il faut négocier avec les Touaregs, dont la majorité écrasante déteste les djihadistes et plus encore Boko Haram. Mais sommes-nous prêts, sans jamais bien sûr le proclamer ouvertement à la Kouchner, à garantir et protéger les Touaregs que nous avons laissés maltraités par le malien Modibo Keita vendu à l’Algérie, puis aujourd’hui à ses lointains successeurs qui pactisent avec les islamistes par souci de sécurité et lâche dans la nature la courageuse armée tchadienne. Alors qu’il est connu des experts que tous les Africains du Mali haïssent le désert et craignent les Touaregs et qu’on ne les fera jamais combattre au Nord de Gao et de Tombouctou.

 

Ménager l'Algérie et le Maroc

 

Secundo. L’aide européenne aux Français. Certes, nos alliés anglais et allemands pourraient faire un peu plus. Mais il faut aussi savoir que les uns comme les autres ont déjà accepté de lourds sacrifices pour maintenir dans le bon camp la grande ville de Kaboul qui résiste aux djihadistes du cru, les talibans. Mais les Allemands et même nos amis anglais sont prêts à des aides financières qui nous rendent un peu moins lourds le prix de notre maintien. Quelques forces spéciales sont également prêtes à nous soutenir au compte-gouttes. Tout cela ne se fait pas au nom d’une solidarité de l’Otan, mais au nom de nos bonnes relations avec Berlin et Londres.

Tertio. Si nous ne pouvons pas immédiatement changer les frontières et si la participation de nos alliés comporte des limites évidentes, devons-nous alors diminuer notre présence ? Non, bien sûr, tant que nous n’aurons pas précipité et accéléré l’actuelle mutation algérienne et l’actuelle mutation marocaine. Ces deux mouvements impliquent de Paris tout renoncement aux jacassins "droits de l’hommistes". Ce qui ne peut qu’agacer un Maroc menacé par la contestation de la montagne berbère qui n’est plus aujourd’hui fidèle à un roi en très mauvaise santé. Idem pour une Algérie où Toufik et ses services secrets jouent leur va-tout pour une réconciliation enfin actée avec la France. Nous revenons ainsi à l’Algérie Française. Mais aussi ce dont le général de Gaulle avait déjà eu l’intuition prémonitoire à une France algérienne de nos journalistes, de nos acteurs et de nos écrivains. Tous ceux-là ont bien compris que seuls les services secrets algériens et à terme marocains sont capables de nous aider dans cet imbroglio

 

Créer une confédération francophile

 

La quatrième direction, la plus politiquement incorrecte qu’il nous faut imaginer : laisser les Touaregs se rassembler par-delà les frontières, à partir de Kidal, et créer une confédération francophile embrassant leurs frères de Mauritanie, ceux qui forment quasiment la moitié du Niger voisin et les quelques rameaux essaimés que l’on trouve au Tchad, notamment les Berbères zaghawas, qui sauvent tous nos investissements militaires au Mali. Il va de soi que parfaitement conscient de ces enjeux que l’on a qualifiés dédaigneusement de tribaux, Kadhafi avait déjà parrainé une telle stratégie, mais pour mieux nous déstabiliser. Aujourd’hui que nous l’avons fait liquider sous les cris d’extase de nos humanitaires, il ne faudrait pas recommencer avec son fils Saif et les Berbères zenatas de Lybie qui le soutiennent. Chose que l’Algérie et la Tunisie laïques ne nous pardonneraient pas. Il est temps là-bas d’utiliser ces partenaires pour faire levier sur tous les Touaregs et en faire des alliés tout en liquidant politiquement les dirigeants faillis de Bamako et ceux fort sympathiques mais parfois encombrants de Niamey. Pour ne pas parler des opposants sudistes au Tchad, alliés naturels d’une Centrafrique que, là aussi, quelques jeunes français héroïques s’efforcent de faire survivre.

Alors disons-le pour conclure ces quatre points fondamentaux que notre petite et vaillante armée reste fidèle aux valeurs héros de la France libre qui bataillaient au cœur de l’Afrique équatoriale pour être autre chose que des auxiliaires méprisés de nos alliés britanniques. Car c’est bien à Brazzaville et c’est à Koufra que s’est décidée la libération de Strasbourg. Aujourd’hui encore nos pilotes d’hélicoptères, les tirailleurs et les spahis viennent de prononcer le serment de Koufra des temps modernes. Ils ont montré que malgré l’usure du temps ils ne déméritent absolument pas des premiers compagnons de la libération.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique /

Chronique / Le nouveau monde selon Xi Jinping

23/11/2019 - 09:30

Chronique /

Chronique / Un coup de pistolet au milieu d’un concert

16/11/2019 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / Le nouveau monde selon Xi Jinping

23/11/2019 - 09:30

Chronique /

Chronique / Un coup de pistolet au milieu d’un concert

16/11/2019 - 09:30

Chronique /

Chronique / Et si Condie Rice faisait son grand retour ?

09/11/2019 - 09:30

Chronique /

Chronique / Donald Tump risque-t-il vraiment un impeachment ?

19/10/2019 - 09:30

Chronique /

Chronique / Pourquoi la Chine ne peut pas toucher à Hong-Kong

05/10/2019 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’incroyable politique étrangère de Jacques Chirac

28/09/2019 - 09:00

Chronique /

Chronique / Pourquoi l’Arabie reste de marbre face à l’Iran… pour l'instant !

21/09/2019 - 09:00