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Donald Tump risque-t-il vraiment un impeachment ?
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Alors que Nancy Pelosi a pris la décision fatale d'ouvrir une enquête de destitution il y a trois semaines, les enquêtes menées par trois comités de la Chambre - le renseignement, les affaires étrangères et la surveillance - progressent à une vitesse vertigineuse et génèrent un torrent de révélations dommageables pour la Maison-Blanche. Mais Alexandre Adler explique pourquoi Donald Trump peut échapper à un impeachment.

19/10/2019 - 09:30 Temps Lecture 9 mn.

 

La procédure d’impeachment, c’est-à-dire de destitution du Chef de l’État par des mécanismes parlementaires jouit en réalité d’une longue et honorable tradition qui traverse tout le fil rouge de l’histoire américaine depuis le dix-huitième siècle. Instaurer de la sorte une vulnérabilité en dernière instance du Chef de l’État lui-même est la conséquence de l’affirmation d’un pouvoir régalien qui est lui-même placé sous la surveillance du processus politique. C’est la réfutation en actes du vieux principe monarchique : "le roi ne peut errer." Or justement, en Amérique, lorsque le "Roi" erre le peuple, organisé par le suffrage, reprend ses droits et destitue "le Roi" pour le remplacer par un autre, tout aussi faillible en ultime hypothèse.

Il va de soi que les tenants, souvent démocrates, du "droit des États" ne voulaient rien entendre de la possibilité d’un impeachment. Ce sont donc les Républicains intransigeants - qui voulaient une présidence forte et non pas arbitrale - qui n’ont cessé de se battre pour obtenir la possibilité d’un impeachment. Celui-ci faillit survenir une première fois, juste après l’assassinat d’Abraham Lincoln, au détriment de son ancien vice-Président Andrew Johnson - devenu président par la tragédie et le hasard - et que la vaste majorité républicaine du Congrès soupçonnait, à juste titre, de ménager les anciens sudistes pour les réintégrer dans le processus politique.

 

Le précédent de Nixon

 

Le coup échoua de justesse. Mais la victime suivante, le président républicain modéré Garfield, lui-même d’une famille juive convertie récemment, fut lui assassiné et non de nouveau objet d’une même procédure. Depuis lors, l’impeachment était peu à peu tombé en désuétude même si un infarctus mortel écarta de cette menace le très corrompu Warren Harding en 1921.

Il faudra donc attendre la gigantesque offensive démocrate contre Richard Nixon pour aboutir au succès dissuasif d’une procédure d’impeachment qui n’alla pas à son terme grâce à l’opportune démission volontaire du locataire de la Maison Blanche. Mais désormais, les Républicains, devenus conservateurs, mais pleins de ressentiments pour ce qu’ils avaient subi dans les années soixante-dix, se mirent en tête d’imposer la même procédure à leur souffre-douleur préféré, Bill Clinton, dont de nombreuses malversations pouvaient donner prétexte à une telle procédure.

 

Une arme à double tranchant

 

Car, outre l’affaire Lewinski, ce n’était pas rien de tarifer des obsèques au cimetière national d’Arlington à des amis personnels un peu délirants et qui étaient prêts en échange à le rémunérer. Rappelons que le cimetière national d'Arlington, situé à Arlington en Virginie, est un important cimetière militaire américain créé durant la guerre de Sécession sur les terrains d'Arlington House, l'ancienne propriété de l'épouse du général Lee, le chef des armées confédérées. Il est situé exactement en face de Washington D.C., de l’autre côté du fleuve Potomac à côté des bâtiments du Pentagone.

Mais l’argumentation mal maîtrisée et haineuse des Républicains et l’enjeu politique qu’ils en avaient fait, pour le punir d’égalité sociale en matière de santé, mobilisa suffisamment l’opinion démocrate et beaucoup de républicains modérés afin de faire échouer ce deuxième impeachment et montrer ainsi à l’opinion publique que cette procédure n’avait rien d’invincible. C’est d’ailleurs pour cette raison que les têtes les plus chaudes de l’opposition à Donald Trump, furent convaincues de ne pas utiliser inconsidérément cette arme à double tranchant qui peut aussi être vaincue de l’intérieur grâce à une bonne maîtrise des procédures parlementaires.

 

Les manœuvres de Jared Kushner

 

Nous en étions là quand commence la phase actuelle dont la finalité essentielle est de déstabiliser en profondeur, la résolution déjà vacillante de Donald Trump pour le convaincre de renoncer de lui-même à un nouveau mandat. Le véritable auteur des malheurs du Président est, cette fois-ci son propre gendre Jared Kushner et sa fille bien aimée Ivanka, qui en le poussant à renoncer prématurément n’ont en vue que ses intérêts fondamentaux.

Puisque Kushner convaincu depuis un an et demi environ, des risques que son beau-père encourt, a déjà négocié par-dessus sa tête une rémunération très sérieuse de son renoncement de bonne grâce. Notamment en obtenant la perspective d’un désendettement de son groupe industriel et immobilier, en faillite potentielle, et un rétablissement spectaculaire de ses intérêts patrimoniaux. Et cela, explique l’extraordinaire popularité dont il a pu jouir, lors du dernier colloque de Bilderberg où un certain establishment international a voulu le féliciter tout en donnant la fausse impression que l’on voulait flatter le pauvre Donald Trump lui-même.

 

L’obstacle des sénateurs républicains

 

Alors pourquoi expliquer tout de même l’irruption de cette procédure infamante ? Il s’agit ici d’un acte de dissuasion qui constitue la rampe de lancement de la véritable campagne présidentielle américaine. Puisque selon mon hypothèse on se prépare aussi à favoriser une candidature surprise d’une républicaine modérée, dont la sensibilité est évidemment de gauche et qui pourrait bien être Condoleezza Rice, qui prendrait ainsi la place qu’un consensus voulait accorder à l’ancien secrétaire d’État et général Colin Powell. Nombre de démocrates modérés, seraient enchantés de favoriser ainsi une solution intermédiaire qui commencerait sérieusement la réconciliation indispensable de l’opinion américaine.

La procédure d’impeachment est donc cette fois-ci un message à l’opinion de ne pas s’obstiner dans la défense de l’indéfendable et des turpitudes passées de Donald Trump quels que soient les efforts réels qu’il accomplit pourtant actuellement afin d’aider à trouver une transition moins douloureuse. Car de toute façon, le Sénat a toujours une majorité républicaine. Or toute campagne destinée à destituer Donald Trump de ses fonctions devra convaincre les sénateurs républicains de voter contre un président de leur propre parti. La force du soutien du président parmi les électeurs républicains signifie que les sénateurs démocrates auraient probablement du mal à convaincre suffisamment leurs collègues conservateurs de gagner les deux tiers des voix. Voilà pourquoi dans cette affaire purement politicienne, il y a bien loin de la coupe aux lèvres.

                                                                                                                                                Alexandre Adler

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