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Pourquoi la Chine ne peut pas toucher à Hong-Kong
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La question de Hong-Kong est en train de devenir centrale, non seulement dans la politique intérieure chinoise, mais dans la géopolitique globale de Pékin par rapport à tous ses interlocuteurs. Alexandre Adler, explique, dans sa chronique hebdomadaire, pourquoi le tout-puissant Xi Jinping ne peut pas toucher à l’ancienne colonie britannique et au principe « un pays, deux systèmes ».

05/10/2019 - 09:30 Temps Lecture 11 mn.

 

Arrêtons-nous un instant sur cet extraordinaire paradoxe qui n’a jamais cessé de faire la surprise de tous ceux - Henry Kissinger en tête - qui estimaient, qu’entre le géant de Shanghai, en voie de devenir la capitale économique de la Chine, et le résidu impérial de Hong-Kong, le match était déjà joué. Henry Kissinger par exemple se vantait régulièrement, y compris devant moi, de n’avoir jamais visité l’ancienne colonie britannique et ne vouloir jamais le faire, pour envoyer à Pékin le mauvais signal.

Le compromis historique était en fait très clair. L’Amérique et bien sûr tout l’Occident avaient compris que la Chine de Deng Xiao Ping était prête à soutenir toute la politique américaine contre Gorbatchev à la condition expresse de favoriser, sans double jeu, une politique de réunification, de la Chine, baptisée du mot d’ordre "un pays, deux systèmes". C’est ce qui fut fait avec pour conséquence le maintien sans état d’âme de la politique de réunification qui devenait ainsi la politique de l’Occident tout entier. Et cela, malgré les appels du pied répétés des amis, prosoviétiques de Chou En Lai et de son fils adoptif Li Pong, au nom de l’impératif de la réunification.
 

La parole de Hong Kong vaut de l’or


Par ailleurs personne n’imaginait Hong-Kong voué à un avenir économique quelconque face aux métropoles géantes de la Chine moderne, Pékin, Canton et Shanghai. C’était sans compter une particularité devenue essentielle, y compris pour une Chine devenue très capitaliste : la particularité du droit des affaires à Hong-Kong. La fiabilité indestructible du droit public et privé anglo-saxons fait d’un contrat libellé à Hong-Kong une garantie indépassable par rapport à tout accord passé en république populaire. De sorte que la parole de Hong-Kong vaut de l'or par rapport à celle de Pékin et que la fiabilité de la place de Hong-Kong est ainsi assurée malgré la modestie de son PIB par rapport à celui de Shanghai.

Très vite l’existence de ce différentiel va donner à la place de Hong-Kong une puissance financière que tout le monde avait sous-estimée. À commencer par certaines élites de Hong Kong, qui ont opté pour la fuite organisée vers d’autres horizons - Singapour qui devient par là même une des capitales économiques de la Chine Nouvelle - mais aussi tous les fonds très mobiles déposés à Vancouver et à Seattle ainsi que ceux tout simplement expédiés vers Londres. Cette dépendance de la Chine aux mouvements de capitaux est tellement forte, qu’après avoir poussé sur le devant de la scène des capitalistes issus de Taïwan, mais achetés à dessein par Pékin, c’est le gouvernement central et Xi Jinping en tout premier lieu, qui ont fini par décider de jouer la carte des anciennes élites de Hong-Kong et de leur confier, sans faire plus d’histoire, la gestion de l’ancienne colonie.

 

Une stratégie d’accommodement très ancienne

 

En réalité, cette stratégie d’accommodement de la métropole avec son ancienne colonie date de bien longtemps. C’est en effet dès les années 1950 que, pour préserver Hong-Kong, la métropole britannique – ce que l’on ignore royalement en France – avait fait le choix de reconnaître Pékin et non Taïwan pour maintenir des liens privilégiés et assurer le calme de la colonie, moyennant une brève période de troubles, vite oubliés, pendant la révolution culturelle.

Bien sûr le Général de Gaulle, très sensible aux coups fourrés de l’allié britannique, avait souhaité, dès son retour au pouvoir, reconnaître Pékin unilatéralement. Ce qu’il finira par faire au grand dam d’un Royaume-Uni, qui jusque-là, avait joué de son monopole, sans se faire trop voir, et au seul profit de Hong-Kong. Mais la décision française qui compta évidemment massivement pour les dirigeants chinois, ne faisait que suivre une diplomatie, apparemment déconcertante, et qui préservait par là même la stabilité de Hong-Kong.

 

La capitulation de Pékin face à la mobilité des capitaux

 

Depuis lors, cette diplomatie a continué à faire merveille au profit de la Grande-Bretagne, mais en en renversant paradoxalement les termes. C’est désormais une diplomatie britannique contestataire de l’attitude américaine favorable à Deng Xiao Ping qui a conduit son dernier représentant à Hong-Kong, à défendre coûte que coûte l’indépendance de la colonie, poussant ainsi Kissinger et ses amis vers une politique de dédain absolue de Hong-Kong.

Entre-temps, c’est le gouvernement chinois lui-même qui a décidé de faire revenir les anciens dirigeants pro britanniques en position déterminante à Hong-Kong même. Et ici, ce n’est pas l’ex-colonie, comme facteur économique intrinsèque qui joue de tout son poids, mais la fiabilité d’un contrat libellé à Hong Kong. L’argent souscrit à dans la Cité vaut de l’or, beaucoup plus que le même argent souscrit partout ailleurs en Chine. Car on sait que la parole signée à Hong-Kong sera honorée. Et ceci, non pas à Hong-Kong même, mais dans une économie globale où l’ancienne Cité État demeure d’un poids incomparable. À la fin des fins le pouvoir central en est réduit à la capitulation devant les capitaux issus de l’ancienne colonie et rendus essentiellement mobiles par une stratégie mondiale des anciens capitalistes locaux.

 

Xi Jinping dans une mauvaise passe économique

 

Aussi, à travers un chantage très habilement mené, l’ensemble des riches capitalistes de l’ancienne colonie, à présent en fuite dans le monde entier, ont imposé une économie politique nouvelle où ils ont pu faire de leurs fonds éminemment mobiles, une sorte d’arme de dissuasion, contre tout abandon de l’ancienne métropole. Avec comme contrepartie le principe formulé très clairement par Deng Xiao Ping en son temps : "un Pays, deux systèmes". C’est-à-dire la garantie que l’argent de Hong-Kong, quelle qu’en soit la destination, serait toujours au service de l’ancienne métropole. Bref, face à une telle menace, intensément dissuasive, c’est le pouvoir chinois lui-même, avec le président Hu Jintao, qui a purement et simplement capitulé en rappelant l’ensemble de ses capitaux flottants à Hong Kong, conscient qu’il était de la dépendance du gouvernement central vis-à-vis de ce capitalisme Hong-Kongais, désormais mondialisé.

En prenant l’engagement que l’unification politique respecterait intégralement l’autonomie culturelle et capitalistique des capitaux flottants actuels, le gouvernement de Hu Jintao venait de s’engager à respecter scrupuleusement les anciens personnages dominants à Hong-Kong désormais répartis sur toute la terre. Et ce seul phénomène global garantit en effet la stabilité de l’ensemble, mais au prix d’une dépendance à laquelle seul Xi Jinping a cherché à trouver une troisième voie. C’est celle-ci qui est aujourd’hui à l’origine de la faiblesse de l’économie chinoise.

 

Le chantage de la nouvelle diaspora de Hong Kong

 

Paradoxalement, en effet, ce sont sur quelques capitalistes précaires que le Président chinois, s’est appuyés pour inventer une pression non-maoïste sur Hong-Kong. Certes, les nombreux nostalgiques de Mao ont toujours poussé à une pression violente pour imposer la réunification de la Chine et la capitulation des partisans de l’accommodement. Mais Xi Jinping déteste profondément toute la politique maoïste d’intimidation et lui préfère de loin la vieille politique anti-maoïste de Chou En Laï. Lequel fils adoptif, Li Pong, était lui-même un partisan avéré du Président Liou Chao-chi, et de l’alliance russe.

C’est la raison pour laquelle Xi Jinping, depuis le début, a décidé, d’introduire une réhabilitation de la politique pro russe de Li Pong et de favoriser ouvertement la victoire de la diaspora chinoise mondialisée à Hong-Kong afin de rendre visible l’existence d’une alternative, et donc d’aider tous les adversaires de Deng Xiao Ping, mais au nom du principe "un pays, deux systèmes". C’est-à-dire sembler capituler devant le chantage de la nouvelle diaspora de Hong-Kong, mais mondialisée à l’échelle de l’économie mondiale tout entière.

Dans ces conditions, il n’est pas question d’humilier la diaspora, maintenant outre-mer, et il faut lui laisser l’apanage d’une défense de Liou Chao-chi et de Li Pong à l’échelle mondiale. Et voici pourquoi le Président chinois a aussi choisi maintenant, ouvertement, le chemin d’une capitulation apparente, qui laisse la place à un chantage soigneusement organisé en faveur de toute la diaspora, dont il pense qu’elle est le moyen le plus efficace, aujourd’hui, de faire avancer la cause de l’ancienne colonie, devenue économie monde par la grâce de Xi Jinping.

                                                                                                                                                        Alexandre Adler

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