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Un coup de pistolet au milieu d’un concert
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Après la déclaration d’Emmanuel Macron sur « la mort cérébrale » de l’OTAN qui a beaucoup énervé les Allemands, puis son long plaidoyer pour un retour au multilatéralisme, Alexandre Adler montre que sur toute la planète, les forces centripètes jouent à la fois contre une OTAN bien désuète et un multilatéralisme digne du Congrès de Vienne.

16/11/2019 - 09:30 Temps Lecture 6 mn.

 

Un coup de pistolet au milieu d’un concert. Cette célèbre expression inventée par le génie critique de Stendhal pour désigner les audaces littéraires de Balzac, convient évidemment, pour le coup d’audace, très littéraire, que nous a réservé notre président Emmanuel Macron, sans doute ici inspiré de sa culture littéraire, et très influencée par les leçons de notre passé. Il était temps de dire enfin une vérité, déjà entrevue par les Français, depuis de nombreuses années, qui n’ont jamais quitté le scepticisme général insufflé par le Général de Gaulle. Car le fondateur de la cinquième république n’a jamais cessé de viser un retour à des formes plus traditionnelles et moins automatiques de diplomatie internationale.

Aujourd’hui, ce réflexe gaullien trouve enfin sa traduction dans le franc-parler d’un Emmanuel Macron qui remet ainsi en place les prudences comme les impertinences calculées d’une Allemagne qui n’hésite jamais à nous refaire la leçon. Nous ne sommes évidemment pas les seuls à faire notre deuil d’une OTAN déjà dépassée avant même la chute du Mur et la fin ultime de la guerre froide en 1989.

 

Les Anglais déjà bien éloignés de l’OTAN

 

Mais, dans ce domaine, ce sont nos amis et rivaux anglais qui sont en réalité allés déjà le plus loin en répudiant toute solidarité avec l’Amérique dans le traitement réservé au partenaire chinois. Et ce, de longue date. Tout comme son interlocuteur naturel australien, Londres s’est refusé à tout isolement de la Chine en matière internationale et à toute érection d’une alliance américano-japonaise pour faire pièces à la montée en puissance de Pékin. Au contraire, Londres rivalise ici d’indépendance stratégique et désavoue, sur ce point, un Jean-Yves Le Drian qui a toujours voulu avantager une solidarité, de fait atlantiste, avec toutes les sanctions mises en œuvre, notamment en Iran.

Mais il y a encore mieux : la spontanéité britannique exclut l’automatisme envers Washington quand il s’agit des intérêts à long terme de Londres, alors que nos amis anglais étaient souvent si prompts à faire la leçon à la France. Il est patent que Boris Johnson, sur ce point, va plus loin encore, en souhaitant un premier point mort dans le Brexit pour mieux faire valoir des politiques nouvelles et proeuropéennes de Londres et qui n’auront plus rien à voir avec le multilatéralisme d’antan.

 

Donald Trump ennemi du multilatéralisme

 

Il va de soi que s’agissant de l’Amérique le même multilatéralisme si proclamé par Donald Trump est devenu largement la conséquence - et non comme on le croit trop communément la cause véritable - de la nouvelle politique américaine. Par la cause patiente et constante de son gendre Jared Kushner et de sa fille préférée Ivanka, le couple qui pilote à présent Donald Trump l’a déjà poussé à transiger en politique de réassurance, au cas où la réélection du Président américain serait définitivement compromise.

Et là, la nouvelle politique américaine fera définitivement le deuil d’une entente stratégique illusoire avec les Européens ou même avec un Japon de plus en plus tenté par un véritable compromis historique avec la Chine que prônent très ouvertement les vieux routiers de la politique japonaise qu’ont toujours été Shin Kanemaru et son successeur actuel, le brillant Ichiro Osawa, l’architecte de cette alliance historique.

 

Le temps du parler vrai

 

Pour faire bonne mesure à ce consensus discret mais tenace, les Turcs eux-mêmes et pas seulement un Erdogan en quasi-faillite, ont bien compris qu’ils ne peuvent pas – et inversement – invoquer une Otan qu’ils méprisent parfaitement pour obtenir la même complaisance que leur accordait leur ami Barack Obama. Cela en raison de ses sympathies islamistes invétérées et non de sa prétendue fidélité atlantiste. L’armée turque, qui n’a nullement oublié les humiliations qu’on lui a infligées, attend donc avec ses dirigeants remarquables, l’occasion de la revanche et d’un accord-cadre avec ses nouveaux alliés, iraniens modérés et notamment arabes post-Saoud de Jubeir. Mais il y a dans ces conditions aucune raison pour notre président français de tergiverser dans des formules diplomatiques abstruses dont personne, dans la réalité effective, ne se sert plus.

Et après le compromis historique intervenu avec la Russie de Poutine - et qui débloque la question des dernières sanctions infligées à Moscou - voici le temps bienvenu du parler vrai en matière de diplomatie internationale. Et c’est tout bénéfice pour une France qui en a bien besoin dans l’avalanche de bêtises actuelles que répandent dans leur malheur - presque sympathique - les gilets jaunes

                                                                                                                                                   Alexandre Adler

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