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Le nouveau monde selon Xi Jinping
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Après la récente visite d’Emmanuel Macron en Chine, Alexandre Adler a rencontré plusieurs des personnalités qui accompagnaient le Président de la République. Il nous livre ses commentaires sur la nouvelle politique d’expansion économique de l’Empire du Milieu, contrariée par la guerre commerciale sino-américaine.
Tout le monde a fini par le reconnaître : la Chine est devenue un facteur fondamental et irréversible, non seulement de la croissance mondiale et de nombreux états – l’Australie en tête, qui est entrée de facto dans la "zone yuan" en reflétant fidèlement les variations au jour le jour de la conjoncture chinoise – mais même de l’Amérique depuis que la Chine commence à valider ses déficits croissants en subventionnant par là même ses exportations et ses investissements outre-Atlantique.
La France, bien entendu, avec ses déficits structurels - qui ne pourront pas être réduits au rythme souhaité initialement par Emmanuel Macron - participe également de cet intérêt pour l’économie chinoise. Mais c’est évidemment l’Allemagne dont les excédents structurels sont devenus plus importants que ceux de la Chine, qui signe actuellement une sorte de partenariat implicite avec Pékin, pour faire le meilleur usage de ces leviers de croissance.
Le rééquilibrage des échanges voulu par Xi Jinping
Bien entendu, la croissance jusqu’ici très active des pôles d’excellence allemands dans ses exportations : l’automobile, avec le triomphe d’Audi, c’est-à-dire du groupe Volkswagen, l’informatique de pointe – bien mieux que la France – et les machines-outils, est la preuve que la suprématie allemande n’a jamais été édentée.
Cette alliance stratégique germano-chinoise pourra à terme être rééquilibrée progressivement grâce à la réconciliation franco-russe qu’ont obtenue Moscou et la diplomatie très habile de l’ancien ministre – aujourd’hui ambassadeur au Vatican, Alexandre Avdeiev – connaisseur irremplaçable de la réalité française et partisan inconditionnel de l’alliance israélienne de Poutine.
De là découle la véritable réflexion stratégique approfondie à laquelle, en toute orthodoxie - pour une fois maoïste – le nouvel empereur Xi Jinping a voulu se livrer. Celle-ci comporte des confirmations parfois déjà anciennes. Mais aussi des révisions très profondes et qui sont destinées par le poids même de la Chine à se répercuter très vite sur la surface de la terre. Xi a surtout compris, à la suite des ennuis technologiques récurrents, et surtout des problèmes politiques qui se sont créés que la ruée autarcique initiale où la Chine entendait faire tout toute seule aboutissaient à des erreurs et à des problèmes politiques insurmontables. D’où sa décision de rééquilibrer progressivement les avancées de la Chine avec un accès certes prudent, mais déjà résolu à son immense marché intérieur, mais dans une pratique du cas par cas qui exclut la convertibilité immédiate du yuan.
Le cas particulier de la Corée
Ainsi, les ouvertures seront négociées pied à pied et calibrées même avec le partenaire stratégique essentiel qu’est devenu l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle, après le sauvetage de Peugeot et de Volvo par les capitaux chinois, ces deux entités seront enfin favorisées par rattrapage au détriment du partenaire allemand, qui conserve de sérieux appuis à Pékin. De la même manière, la stratégie de Xi consiste aussi à aider le relèvement économique et industriel de la Russie, presque comme la Russie poststalinienne l’avait fait pour la Chine de Mao dans les années cinquante. Les chinois achèteront donc quelques technologies russes et loueront le savoir-faire informatique de bonne qualité à Moscou et le savoir-faire en matière d’armement naval pour des navires que la Chine pourrait bien fabriquer elle-même. Mais c’est la Corée sur laquelle la Chine mise en matière aéronautique une fois que celle-ci aura été pacifiée par la remarquable sœur de Kim Jong Un dont la mission est de débrancher sous une forme ou sous une autre, son frère dément.
Cette nouvelle Corée a déjà réalisé sa niche de développement sur le marché intérieur chinois sur tous les secteurs de la high-tech où par ailleurs elle ne jure que par les nouveaux géants informatiques de Pékin comme Lenovo. Nous n’en sommes plus donc ici au commerce des chaussettes, comme le disait Kissinger, mais à la prise de contrôle des secteurs de plus haute valeur ajoutée d’un marché mondial en pleine restructuration. Il va de soi que l’Amérique n’a pas tout perdu dans la mesure où elle retrouve son hégémonie en matière technologique et d’innovation. Mais la fuite des cerveaux chinois vers la Californie, laquelle n’est plus découragée par la nouvelle ligne anti-autarcique de Xi Jinping, se trouve même confortée par des avantages en nature réservés à tous les jeunes chinois expatriés qui entendront faire bénéficier la mère patrie de leur nouvelle excellence technologique.
La France, un nain face à l’Allemagne
La France et tout particulièrement l’axe Lyon Marseille constituera pour les nouveaux dirigeants chinois un nouveau pôle d’excellence car les chinois se souviennent de l’importance de Lyon dans la technologie du ver à soie puis de la formation généreuse accordée dans cette ville à la Chine désormais communiste dans la métropole du Rhône. C’est éminemment conscient de cet avantage historique que Raymond Barre a tout fait, à son tour, pour consolider l’avantage lyonnais au détriment de Paris et sera entendu par les dirigeants chinois. A sa manière Jean-Pierre Raffarin épaulé de Gérard Collomb continueront et élargiront cette étonnante percée. C’est la raison pour laquelle en, toute concertation, avec la Russie de Poutine qu’elle favorise aussi dans ses projets high tech, la Chine du nouvel empereur croit beaucoup aux avantages de la France et de son industrie. L’intérêt que les dirigeants chinois ont tout de suite réservé à Laurent Dassault, désormais en charge de toute la branche technologique du groupe, ne fait aucun doute. Ici encore le tournant semble bien irréversible malgré les campagnes des adversaires chinois de Xi Jinping qui misent encore vainement sur son échec à terme.
Mais il y a encore beaucoup de travail pour qu’un nouvel axe technologique et humain franco-russe ramène avec douceur l’hubris actuelle de nos amis allemands vers des horizons de concertation plus raisonnable avec la France de Macron et l’Italie sauveur miraculeux de l’euro au moment de sa plus grande faiblesse supposée qui se transforma en réévaluation spectaculaire. On sait que ce retour en force de la monnaie unique permit la ruine corporate de Donald Trump qui avait converti toute sa dette en dollars en des euros réputés amollis et qui gagna bientôt 20 % ruinant pour de bon les entreprises de bâtiment de l’énergumène de la Maison Blanche.
Xi tout puissant face à un Trump empêtré dans ses affaires
C’est cette quasi-faillite de Trump qui conduisit son gendre Jared Kushner et sa fille préférée Ivanka à proposer un compromis définitif où le Président renonçait à se représenter (peut-être ?) en échange d’un effacement des dettes de sa société et d’un nouveau départ industriel qui correspond encore à son meilleur avenir. Ce compromis a été salué avec enthousiasme par l’establishment américain de toutes les tendances qui aimeraient bien une amnistie totale de Trump en échange d’une abstention bienvenue que l’establishment unanime souhaite avec enthousiasme.
Mais pour cela fallait-il encore instiller avec force chez le Président Trump une salutaire peur du gendarme que crée la démarche officielle d’impeachment qu’inspirent depuis les bancs démocrates, Nancy Pelosi et ses petits camarades politiquement corrects. Les révélations dûment subventionnées et financièrement pourvues aboutissent effectivement à des sorties ravageuses sur des dossiers sensibles comme la question ukrainienne ou les collusions peu populaires avec nos amis russes de Poutine. D’autant qu’eux aussi, lassés par Trump, ne se privent pas de jouer double jeu à Washington.
Ainsi l’érosion accélérée de l’image du président sortant en dehors d’un noyau inconditionnel et populiste de prolos désorientés du middle West, aboutit-elle chaque jour davantage à la détérioration de l’image du président dans les sondages et à la montée de candidatures très favorables (Elizabeth Warren) mais toujours aussi impuissantes pour ménager le coup de théâtre que serait la candidature surprise mais d’union nationale que serait Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’État, si loyale mais si contraire sur le fond à la personnalité de George W Bush. Cette dernière, femme, noire, mais partisane inconditionnelle d’Israël, par conviction religieuse, la même que celle de Martin Luther King, réconcilierait tous ceux que le dernier tabou de sa vie politique, la nomination d’une femme, efface à jamais, après la présidence de Barack Obama, l’interdit qui pèse sur elle, et que Hillary Clinton a été incapable de faire lever par sa propre candidature.
Alexandre Adler
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