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Notre sécurité à l’extérieur comme à l’intérieur
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Après un sommet de l’Otan marqué par l’attitude arrogante mais unilatérale de Donald Trump, la déclaration d’Emmanuel Macron sur la « mort cérébrale » de l’organisation au moment où elle fête ses 70 ans, et la gêne des Allemands qui ne veulent pas entendre parler de liens de sécurité avec la Russie Alexandre Adler fait le point sur la sécurité française telle qu’elle évolue à l’extérieur comme à l’intérieur.

07/12/2019 - 09:30 Temps Lecture 7 mn.

Derrière l’Opéra-bouffe de la grande grève de décembre 2019, qui, comme on pouvait s’y attendre, ne reproduit absolument pas la dramaturgie de 1995, la véritable innovation politico-morale que la France est en train de vivre en ce moment même a beaucoup plus trait à la grande mutation qui concerne toutes nos stratégies de défense et de sécurité à l’extérieur comme à l’intérieur. De même que le Général de Gaulle en 1966 avait modifié pour plusieurs décennies le concept même d’alliance Atlantique en montrant que la France pouvait se retirer sans dommage de son organisation intégrée ; tout comme les États-Unis ne s’étaient pas gênés pendant la guerre d’Algérie de placer toutes nos possessions extérieures en dehors de leur solidarité automatique. De même aujourd’hui, Emmanuel Macron, sans jamais avoir cherché à accabler, plus que de raison, l’allié américain, vient de réitérer la même geste en déclarant : "Brain dead" l’organisation intégrée de l’Otan. Pour lui, sa préférence stratégique va à des accords bilatéraux qui nous lieront beaucoup plus substantiellement à nos partenaires allemands ou anglais - déjà liés par des accords depuis Saint-Malo et Lancaster - et pour l’avenir nos frères latins espagnols et italiens.

La question de l’intégration de la Russie dans notre politique de sécurité

Cette vision est déjà entérinée par le consensus des uns et des autres… mais surtout par les faits eux-mêmes alors que se prépare la négociation d’un nouveau statut post-Erdogan pour la Turquie, l’acceptation évidente d’une solidarité scandinave prioritaire de la Norvège et du Danemark, avec la Suède, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie, qui n’ont plus rien des états neutres que l’on a connus à l’époque de la guerre froide. Sans compter l’intégration de sécurité d’une Russie de plus en plus démocratique, dont les intérêts au Moyen-Orient et en Afrique sont déjà devenus les mêmes que les nôtres. Bref, cette fin de l’Otan ne résultera plus dans l’esprit de négativité dont le général de Gaulle avait retrouvé la rhétorique dans le Faust de Goethe, mais bien plus dans l’esprit de positivité qu’impliquaient déjà potentiellement la réunification de l’Allemagne et la fin des menaces à l’Est que certains agitent encore dans leur myope nostalgie. Alors que la nouvelle Russie qui se méfie de l’hégémonie allemande, ne croit en réalité qu’à un partenariat stratégique avec la France qui va nous permettre avec nos amis égyptiens, soudanais et tchadiens de nous maintenir au Sahel, exactement comme la Russie se maintiendra en Afghanistan et en Iran pour briser l’offensive djihadiste.

L’enjeu de la transformation des forces de gendarmerie

Mais les conséquences les plus inattendues sont évidemment à rechercher dans l’ordre intérieur. Une nouvelle fois, preuve est donnée de la solidité républicaine mais aussi de l’avance conceptuelle des forces armées sur le reste de la société française. Certes, des inquiétudes existent, et dans son livre tout récent Frédéric Haziza, nous a révélé que le cœur des forces armées françaises suit de près les imprécateurs négationnistes qui cherchent à agiter militaires, parachutistes, gendarmes et policiers pour faire la propagande d’un improbable putsch d’extrême droite qui prendrait prétexte des manifestations de certains pour pénétrer le commandement des forces de sécurité nationales. Mais il y a ici loin de la coupe aux lèvres. Certains réfléchissent aujourd’hui à transformer une grande partie des gendarmeries, sur le modèle de la Belgique, en forces purement civiles déconnectées des armées. D’autres ont en réalité créé le phénomène inverse en rapprochant les forces de police de leurs camarades gendarmes, dont ils partagent la même vision. Et la révolution numérique qui les place à la pointe du renseignement intérieur accélère ce mouvement.

Le nécessaire rapprochement Police Gendarmerie

D’ores et déjà les autorités savent bien que la performance sur le terrain des communes qui demeurent administrées par les gendarmes, toujours militaires, demeure bien supérieure à celle des cités englobées dans les zones policières des grandes villes et de leur banlieue. Là encore, avec Emmanuel Macron le pouvoir a fini par renoncer à entretenir, de manière machiavélique, une forme de compétition entre policiers et gendarmes. L’informatique et les écoutes sont enfin partagées et le renseignement circule enfin sans entrave. Le rapprochement voulu par Nicolas Sarkozy à travers la DGSI - qui est en train de se forger une véritable culture de la sécurité et fait ressortir de nouveaux talents - se fait par le haut. En somme, nous héritons de la professionnalisation militaire voulue par Jacques Chirac et du rapprochement policiers et gendarmes organisé par Nicolas Sarkozy, de deux grandes réformes porteuses qui deviennent avec Emmanuel Macron entièrement pertinentes et fécondes. Reste à valoriser un nouveau concept de solidarité internationale qui organise en douceur la dissolution d’une Otan - depuis longtemps caduque  - dont la France peut organiser avec un Trump assagi et peut-être bientôt sorti de la Maison blanche les nouveaux concepts de solidarité du vingt et unième siècle. Mais pour cela il fallait aussi que nos alliés arabes post-saoudiens et émiratis de Dubaï se transforment en partenaires anti-islamistes et que la Russie se rapproche, plus encore que nous d’un État d’Israël qui commence à comprendre que les Palestiniens sont décidés à rester au cœur d’un État.

La crédibilité internationale de la France

À ces deux conditions, qui sont en passe de devenir pensables avec l’incroyable accélération mondialiste que nous connaissons à présent, quelque chose de nouveau est bien en train de se produire. Il n’en reste pas moins que nous avons bien besoin que nos chemins de fer ou d’autres services publics se remettent à fonctionner. Ne serait-ce qu’au nom de la crédibilité internationale de notre Président de la République.

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