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La carte tchèque de Le Drian
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Alors qu’Emmanuel Macron a décidé, depuis la fin du mois d’août de jouer la carte russe, en profitant de l’affaiblissement d’Angela Merkel, le Chef de l’État a joué les messieurs bons offices la semaine passée entre la Russie et l’Ukraine. Au même moment Jean-Yves Le Drian expliquait à Prague la nouvelle politique pro russe de la France. Car, comme l’explique Alexandre Adler, la République tchèque est la seule à pouvoir obtenir la neutralité de la Pologne et de la Hongrie dans la constitution d’une Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok.

14/12/2019 - 09:30 Temps Lecture 10 mn.

 

 

Éternel retour ! Ce thème parfaitement romantique, dont Nietzsche eut l’intuition en évoquant les mânes de Zarathoustra contre l’obsession occidentale du Christ, nous a en réalité introduits à l’existence de répétitions tout à fait improbables dans notre développement historique. Mais attention ! Dans le développement de notre univers à quatre dimensions, la répétition est tout aussi inévitable que jamais reproduite trait pour trait. Il y a chaque fois, au cœur même de la répétition, de l’innovation, et du changement. C’est ainsi que la deuxième guerre mondiale ne fut pas la première. Elle ne connut pas les gaz, mais la bombe atomique. Que la guerre froide ne ressemblât pas à la guerre mondiale, puisqu’il n’y eut aucune explosion nucléaire malgré sa dangereuse probabilité lors de la crise de Cuba de janvier 1961.

Et aujourd’hui, nous revivons une guerre d’Algérie qui débouche sur un retour évident à l’Algérie française terrassée en 1962 par le Général de Gaulle, mais cette fois-ci nous avons aussi droit à une France algérienne, celle de nos élites d’origine maghrébine que le Général aurait voulu éviter dans les années 1960.

 

Le jeu des quatre puissances européennes

 

De la même manière, nous avons connu dans l’ancienne Europe un concert de quatre grandes puissances rivales mais souvent associées par bonheur dans le consensus : le Royaume-Uni, la France, la Russie et l’Allemagne dont l’équilibre rompu en 1912 nous entraîna dans la guerre de 1914. Une nouvelle rupture d’équilibre en 1939 nous entraîna dans la seconde guerre mondiale, parce que la Russie stalinienne avait tourné le dos cyniquement au pacte franco soviétique de 1935 pour lui préférer un rabibochage honteux avec l’Allemagne et que par ailleurs Chamberlain, encore au pouvoir jusqu’en 1940, ne renonçait pas à saboter l’entrée en Guerre de Londres en 1939 au profit d’un ultime compromis avec Berlin, tout en espérant qu’Hitler finirait par être isolé par l’Amiral Canaris et l’armée allemande. De sorte que la France exposée au sacrifice de juin 1940 se retrouvait en fait à trois contre un malgré l’énergie déjà efficace de Churchill à la tête du ministère de la Marine.

Et ici, dans une configuration tout à fait analogique, mais qui ne devrait pas déboucher sur une quatrième guerre mondiale, bien au contraire, nous retrouvons le jeu des quatre puissances européennes France et Russie, Royaume-Uni et Allemagne. Mais évidemment dans un monde où l’Amérique, la Chine, mais aussi Israël et l’Arabie, le Japon et l’Afrique du Nord – dont l’Égypte est l’atout principal – ainsi que l’Iran, au cœur de l’Asie Centrale, sont tous devenus des facteurs incontournables d’une équation de base qui ne sera plus jamais européenne mais mondiale.

 

Macron renoue avec la politique russe de la France

 

Considérons donc les quatre grandes puissances européennes. Certes l’Allemagne par son poids économique relatif, mais aussi par ses excédents financiers supérieurs à ceux de la Chine elle-même pourrait jouer un rôle économique et donc diplomatique dominant. Elle ne s’en prive pas avec maladresse. Tout comme l’avait fait aussi maladroitement Guillaume II vers 1910 et Hitler après 1938. Éternel retour certes ! Mais différence essentielle puisque l’Allemagne tout arrogante que veuille être la Bundesbank ne s’arrange toujours pas à s’entendre avec la Russie. De fait c’est la France, enfin reconvertie dans une grande politique russe - qui fut la sienne de Clémenceau à de Gaulle - dont Emmanuel Macron vient opportunément de découvrir l’importance fondamentale quand il comprit enfin le besoin de se réconcilier avec la Russie actuelle pour redonner à la France l’équilibre nécessaire dans son partenariat au sein de l’Europe avec le seul Berlin.

Ici, ayant rétabli les intérêts français les plus fondamentaux, Emmanuel Macron a su retrouver, à son corps défendant initial d’autres données incontournables de la politique française. Certes, il faut rapidement lever les dernières sanctions qui grèvent la liberté d’action de la Russie, surtout en matière économique, sans pour autant l’empêcher de mener sa politique. Mais pour ce faire le Président Macron a besoin de contourner les vétos évidents de la Pologne et de la Hongrie, lesquels sont, de manière évidente, très liés aux intérêts allemands tels que les conçoit encore Angela Merkel. Mais beaucoup moins qu’une Ursula Von der Leyen, elle-même fille du grand feudataire de la basse Saxe Albrecht, dont l’ancrage dans la CDU n’a rien à voir avec le passé est-allemand de l’ancienne chancelière. Laquelle aspire d’ores et déjà à se replier plus qu’honorablement sur la fonction plus symbolique de chef de l’État et non plus de l’exécutif.

 

Le point d’appui de la République Tchèque

 

Mais, cela fait demeurer intact les vétos européens de la Pologne et de la Hongrie, pour ne pas parler des difficultés supplémentaires que ne manquerait pas d’occasionner l’intégration rapide de nouveaux pays balkaniques, source évidente de difficultés supplémentaires. Comment résoudre un tel dilemme. Là encore, la répétition historique est en train de nous servir puissamment. Dans le groupe des puissances européennes de Višegrad, seule la république tchèque peut aujourd’hui se dissocier, comme dans les années 1930, de ses partenaires géographiques parce qu’elle demeurait la seule république démocratique sur le modèle de la France (et de ce qu’il restait d’Espagne républicaine). Voici que Prague ne veut plus isoler une Russie qu’elle redoute de moins en moins, qu’elle comprend beaucoup mieux que nous et qu’elle n’a plus à craindre un retour agressif de la Russie.

La réponse de ce revirement tchèque et même slovaque, nous la trouvons tout simplement dans le fait que Moscou accepte enfin, en ayant renoncé à ses prurits d’annexion rampante, une Ukraine enfin indépendante, mais favorable, sans subordination. Zelenski, en effet - qui est un cousin authentique de notre féministe modérée et raisonnable Anne Zelenski - est un juif ukrainien, tout comme Poutine est un juif russe fondamentalement hostile au nationalisme ukrainien antisémite comme à son frère jumeau russe. Il assure d’ores et déjà à Moscou une Ukraine amicale, à condition que son indépendance soit garantie sérieusement.

 

Des atouts maîtres pour Paris

 

C’est ici que le parallèle historique change entièrement par rapport au passé. La Russie ne peut plus redevenir l’Union soviétique d’antan à cause de l’Ukraine. Et la Pologne n’a plus besoin d’un appui insistant de l’Allemagne pour s’entendre avec la France et même la Russie qui est modérée en permanence par la prudence de son allié chinois. En outre Moscou ne veut en aucun cas rééditer les mêmes bévues du passé qu’avaient commises dans les années cinquante et soixante les dirigeants soviétiques, surtout Kroutchev et Brejnev. Xi Jinping ménage donc la Russie avec d’autant plus d’attention qu’il a bien compris que le grand patron en Russie, n’est plus vraiment Poutine, dont on sauve la face, mais Chouigo, le Bouriate mongol qui dirige maintenant toutes les forces armées et la politique de défense avec sa taille respectable (1,92 m) et l’autorité d’un véritable Gengis Khan. Ce qui ne manque pas de faire réfléchir les dirigeants de Pékin, beaucoup plus modérés que d’autres, en Chine même.

C’est la raison pour laquelle nous vivons un bouleversement total de notre monde, dans lequel la France retrouve des atouts maîtres qu’elle avait perdus de longue date. Une politique russe à la Delcassé. Une politique tchèque qui nous donne un point d’appui pour unifier l’Europe à l’Ouest comme à l’Est. Une politique ukrainienne qui nous prémunit contre tout retour hégémonique de Moscou et une politique algérienne qui, combinée avec une ouverture marocaine plus traditionnelle, nous permet avec le rôle que joue notre allié russe en Iran symétriquement de permettre enfin à l’Égypte et aux Royaumes arabes du Golfe de se rapprocher de l’ancien continent. Ce qui se déroule actuellement avec l’excellente diplomatie que mène au sein du gouvernement, le très discret, mais très subtil Jean-Yves Le Drian.

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