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La Chine face à la mondialisation des virus
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Comme en 2003, l’apparition d’un virus mortel dans le centre de la Chine, à Wuhan, a eu des effets immédiats sur les marchés financiers asiatiques et même européens. Les valeurs liées au tourisme, aux compagnies aériennes et au luxe sont particulièrement touchées. Alexandre Adler décrypte pour nous la manière dont Xi Jinping fait face à ce fléau. De manière très différente de celle de ses prédécesseurs.

25/01/2020 - 09:30 Temps Lecture 8 mn.

 

Dans la mondialisation qui bat son plein sur notre planète, tout d’un coup rétrécie à des dimensions humaines par l’actuelle révolution numérique, le virus est en train de devenir une réalité incontournable, à la fois sur le plan réel et sur le plan figuré. Les virus qui ravagent de temps à autre nos peuples de grandes maladies aisément transmissibles. Mais aussi les virus tout aussi redoutables de la technologie informatique qui détruisent ou détournent certains systèmes d’information.

Bref les virus, les vrais comme les imaginaires, font en ce moment des ravages et viennent d’atteindre la Chine, de plus en plus vulnérable. Mais cette fois-ci non pas en raison d’intrusions exogènes mais à cause d’habitudes bien ancrées de toutes les populations sauvages dans des conditions de plus en plus mal maîtrisées. En l’occurrence ces marchés à ciel ouvert que j’ai vus à Canton, mais qui existent aussi à Chongqing, et là tous proches de routes en terre battue et de consommateurs peu regardants qui y achètent tous les jours de la viande de chien, de chat ou de la chair de serpent très prisée en cette veille de nouvel an. De fait, l’épidémie s’est abattue ravageant par l’effet multiplicateur de la grande population et de la facilité des transports, des victimes un peu partout en Chine. Mais bien vite par transport aérien de nouvelles personnes exposées un peu partout dans le monde. Et qui semblent devoir décéder aussi rapidement que les victimes précédentes du SRAS en 2003.

 

La priorité confucéenne de la santé de tous

 

Certes, nous avons un sauveur généreux en la personne de Jean-Pierre Raffarin dont le calme et sympathique courage lui a assuré la profonde reconnaissance morale d’un peuple chinois, beaucoup plus sentimental et capable d’émotions que certains intellectuels sinophobes l’imaginent bien volontiers. Bien sûr les remèdes sont bien connus. Et même une nouvelle visite de notre ancien Premier Ministre qui ne manquera pas de toucher quelques écrouelles sera peut-être superfétatoire. Mais l’alerte est chaude.

Suffisamment pour que les autorités de Pékin aient dû surseoir partiellement à la célébration du Nouvel An. Et préféré à toutes autres considérations la santé du peuple aux réjouissances prévues de l’année du Rat ; symbole de renouvellement et de prospérité. Ici aussi la leçon de choses s’affirme comme la priorité très confucéenne de la santé de tous. Et non de la réjouissance factice, ce village à la Potemkine héritée de la tradition soviétique et qu’un Mao n’aurait pas hésité à faire prévaloir au mépris de toute autre considération. Mais nous l’ignorons encore trop : Xi Jinping est de loin le plus anti-maoïste de tous les dirigeants chinois de sa génération. Et dans ce domaine aussi, il n’hésite pas à innover et à bafouer cette tradition plus russe que chinoise.

 

Xi Jinping contre le lobby des hydrocarbures

 

Ceci nous conduit à nous interroger sur l’innovation radicale qui est en train de s’introduire en Chine au mépris de toutes les prédictions pessimistes qui avaient cours jusqu’alors. On savait les dirigeants chinois très réticents face aux injonctions politiquement correctes de leurs interlocuteurs occidentaux. Plus particulièrement d’un Obama qu’ils détestaient intensément dans leur for intérieur. Mais une fois dûment constatée la détérioration de plus en plus rapide de l’air et de l’eau dans tout le Pays, la Chine actuelle a décidé d’agir, mue tout d’abord par son intérêt personnel. Beaucoup plus que par l’imitation, même vertueuse, des voisins extérieurs. Pékin retrouve, en pleine régression vers son passé récent, les déplacements à vélo au lieu de ses innombrables automobiles. Les nouveaux TGV acquièrent une priorité stratégique par rapport à l’avion. Car le Président Xi Jinping a tranché contre le lobby des hydrocarbures pour la relance technologique internationale avec de grands pays ferroviaires comme la France ou le cas échéant l’Espagne et l’Allemagne, dont les propositions en matière de coûts peuvent sembler alléchantes par rapport à la rigidité de Paris.

La même démarche peut s’observer en matière nucléaire où français et russes (souvent mieux-disant) sont intensément prospectés pour accélérer un progrès technologique où Xi Jinping estime, non seulement que la Chine n’a pas la patience d’attendre le rattrapage de ses propres ingénieurs. Mais surtout qu’elle doit protéger ses excédents financiers considérables sans rien céder à l’Amérique de Trump. C’est ce qui l’amène à souhaiter que la Chine redevienne, comme autrefois, le client numéro un de la France dans les deux sens. Comme l’a signifié le Président chinois en choisissant de visiter Lyon, la capitale des soyeux et la ville du très sinophile Raymond Barre, de préférence à Paris.

 

Une Route de la soie jusqu’à la lune

 

De la même manière, après avoir privilégié l’acquisition opportuniste du Port du Pirée qui va ouvrir la porte des routes de la soie à tous les Balkans, à la Roumanie – alliée traditionnelle de Pékin - et à la Russie, nouveau partenaire stratégique du futur, la Chine envisage de rééditer le même exploit avec les ports de Marseille, de Gênes (clé de l’Europe Centrale) et à terme de Barcelone ou plutôt de Valence, clé de la péninsule ibérique et de l’Amérique du Sud. De telles ambitions faramineuses sont compatibles avec un rêve chinois proclamé par Xi Jinping comme le rival du rêve américain, en ce moment un peu démodé.

Et où donc cette concurrence va-t-elle s’exercer jusqu’au bout ? Dans notre Guyane réputée française dont la base de Kourou est le joyau aérospatial. Surtout quand nos amis et alliés russes abandonnent Baïkonour dans ce Kazakhstan incertain pour permettre aux cosmonautes français, russes, sans doute allemands, mais certainement chinois, l’accès au terminal ultime des Routes de la Soie (nouvelle manière), qui ne sera autre que la voie d’accès vers l’astre lunaire. Car Pékin ne cache pas qu’il veut s’installer sur la Lune, serait-ce en sacrifiant son quasi-monopole sur les terres rares et certains minerais précieux, au profit des nouveaux exploits de ses taïkonautes, ces nouveaux explorateurs de l’ambition cosmique du vieil empire du Milieu. Un rêve, tout cela, sans aucun doute. Mais le rêve parfaitement éveillé d’un nouvel empereur de Chine, qui, à la différence de Staline ou de Mao, n’est nullement victime d’une fièvre de mégalomanie galopante.

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