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Révolution de palais à Moscou
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À la surprise générale, Vladimir Poutine a démis de ses fonctions de Premier Ministre, son ancien compagnon de route, Dimitri Medvedev, afin de le remplacer par un ancien général issu du FSB, Mikhaïl Michoustine. Alexandre Adler nous livre les tenants et les aboutissants de cette Révolution de Palais, qui trouve son origine dans le conflit géorgien.

18/01/2020 - 09:30 Temps Lecture 8 mn.

 

Une fois de plus, la Russie nous fournit, comme d’ordinaire, et à des dates presque fixes, une nouvelle énigme de Polichinelle, qu’il n’est pourtant pas aussi difficile que Churchill ne l’imaginait de comprendre une fois les inévitables invariants que nous connaissons déjà ont été identifiés.

Invariant N° 1) Poutine, pas davantage que ses prédécesseurs depuis la mort de Staline n’est un véritable autocrate totalement au contrôle du pouvoir exécutif. Le pouvoir en Russie est toujours distribué entre quelques grands acteurs qui ont voix au chapitre lorsque les questions deviennent cruciales et que l’on vote de manière institutionnelle ou non dans un petit cénacle de personnalités capitales. Autrefois il s’agissait du Politburo, mais pas de tous ses membres et de quelques personnages qui n’en n’étaient pas formellement. Depuis la chute de l’URSS, la question est encore plus facile et ni Elstsine ni son véritable successeur, Vladimir Poutine, n’ont jamais pu imposer à eux seuls leur voix prépondérante.

 

Le rôle des anciens du KGB

 

Invariant N° 2) En raison de la disparition du parti unique remplacé, tout comme bizarrement en France à présent, par de pseudo-mouvements informes et dépourvus de toute autorité, une institution a fini par s’imposer. Les anciens du KGB et particulièrement son ancien deuxième directorat, la sécurité intérieure, rebaptisée FSB, tout comme en France l’Inspection générale des Finances, ancêtre directe du contrôle général. Mais comme l’observait déjà le Président Mao, "deux se divise en un". Et le FSB devient lui-même contré et équilibré par diverses tendances en son propre sein et par le renseignement militaire, le GRU, qui redevient un organisme politique d’influence, notamment dans le tiers-monde, comme aujourd’hui en Syrie et en Afghanistan.

Là aussi deux nouveaux grands décideurs sont réapparus dont Poutine doit tenir le plus grand compte. L’ancien ambassadeur à Paris et ancien ministre de la Culture, Avdeiev, actuellement ambassadeur au Vatican, qui depuis Rome, gère tout le dossier des Chrétiens d’Orient et du soutien que leur apporte la Russie en alliance avec Israël. Avdeiev partage cette responsabilité avec l’incroyable chef mongol (bouriate) Chouïgou, à présent bombardé ministre en exercice de la défense devant Serge Ivanov qui conserve formellement son poste et interlocuteur incontournable des dirigeants chinois qui le respectent autant qu’ils le redoutent avec son mètre 95 et ses moustaches qui évoquent Gengis Khan. Ce sont ces deux hommes qui dirigent dans un certain respect de Poutine la Troïka actuelle à Moscou. Ce qui n’exclut nullement une nouvelle géométrie qui se met en place avec la mise en retraite de Medvedev.

 

L’importance du dossier géorgien

 

Invariant N° 3) La mort politique de Medvedev était déjà programmée à la suite de son pas de clerc de la période de rotation où Poutine avait troqué fictivement sa position de numéro un en devenant Premier Ministre. Ce fût sa grande surprise et sa grande déception de découvrir que son vieil associé de Leningrad, poussé par de vils flatteurs et ambitieux, avait essayé de le faire assumer une authentique préséance présidentielle, qui vite réduite à néant, le condamnait néanmoins à terme à l’effacement. C’est maintenant chose faite avec le nouveau Premier Ministre Mikhaïl Michoustine. Ce général issu du FSB a toutes les cartes en règles. Ce qui en fait, à l’évidence, un rival immédiat, malgré sa prudence de Poutine.

Cultivé et bon diplomate, Michoustine a notamment résolu brillamment un problème politique dont Poutine n’est jamais parvenu à se dépêtrer lui-même : l’imbroglio géorgien. On sait que la mère biologique de Poutine, géorgienne elle-même, s’était réfugiée dans son pays, à Tiflis, sur les conseils éclairés de Beria, au pire moment des persécutions de Staline, que le père biologique de Poutine avait subies avec de nombreuses tortures. Adopté dès l’âge de 8 ans par Youri Andropov qui deviendra le chef du KGB et sorti d’un orphelinat cruel, le jeune Poutine ne veut évidemment rien savoir de ses lointaines origines géorgiennes qui ne sont rien pour lui.

 

Cherchez la femme !

 

Ce sont donc d’autres anciens du KGB plus prudents et plus habiles qui lui ont débrouillé l’affaire avec l’oligarque Ivanichvili. Lequel a enfin rapproché la Géorgie de Moscou et mit fin à l’emprise très forte qu’exerçait, avec le Ministre des affaires étrangères actuel Lavrov, le lobby arménien. Exit Lavrov qui a déjà reçu l’appartement de ses rêves à New York et fin de l’obstructionnisme arménien à l’alliance Moscou Jérusalem que souhaitait depuis toujours Poutine, mais aussi Avdeiev, (pour les mêmes raisons) et Chouïgou par hostilité raisonnée au Pakistan et à la vieille diplomatie chinoise trop hostile à l’Inde.

Invariant N° 4) La nécessité d’un troisième joueur permanent pour équilibrer le conflit inévitable entre Poutine et Mikhaïl Michoustine. Ce troisième facteur ne pourra venir avec le consentement de Chouïgou, dont les origines non-russes excluent une véritable présence au pouvoir, l’avènement d’une véritable personnalité. Et pourquoi pas de créer la surprise sur le modèle américain en promouvant une femme de tête issue du KGB et qui a eu son mot à dire avec Mikhaïl Michoustine dans le règlement du dossier géorgien. Cette femme existe. Mais je n’aurai pas aujourd’hui l’imprudence de vous dévoiler son nom alors que ce conflit est encore dans les limbes.

 

Moscou surveille de près les États-Unis

 

Une chose est sûre : tout Moscou regarde l’élection présidentielle américaine et regrette d’avoir perdu, avec Donald Trump, un allié précieux qu’elle pouvait faire chanter à tout moment en raison de ses frasques dûment enregistrées avec de belles compagnes russes et des accords économiques fructueux, dont Poutine pouvait, à l’ancienne se servir à tout moment. Après l’élection américaine, où les démocrates ne savent vraiment pas quoi faire pour se faire mal spontanément, il faudra à Poutine et à ses associés, réapprendre à faire de la politique comme le leur avait appris Youri Andropov. Et ce ne sera pas dommage. Mais les Russes en sont parfaitement capables. Comme le disait déjà Kipling, ceci est une toute autre histoire.

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