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Chroniques / Bernard Spitz

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Bernard Spitz

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L’Europe face à la dette
par Bernard Spitz

À la suite des différents plans de soutien aux économies mis en place en Europe par tous les gouvernements, les dettes publiques vont évidemment exploser. Surtout dans le sud de l’Europe. Bernard Spitz explique que seule la mise en place de « coronabonds » permettrait la mutualisation des dettes et donc de moindres tensions à la fin de cette crise sanitaire. Encore faut-il que l’Allemagne l’accepte… C’est peut-être là la limite de la solidarité européenne.

26/03/2020 - 09:30 Temps Lecture 5 mn.

Nous pensions que le Brexit était le test ultime pour l’Europe, le Coronavirus est en train de démontrer que nous étions loin du compte. Face à cette crise sans précédent dans sa jeune histoire, l’Union a compris que les demi-mesures étaient inopérantes. Quand le bateau menace de couler on ne discute pas longtemps de ce qui doit être jeté par-dessus bord : du coup l’Europe renonce à ses règles économiques et financières fondamentales.

Avis de tempête. Le Covid-19 étant considéré comme une "circonstance inhabituelle indépendante de la volonté de l’État membre concerné", on autorise les États à ce qui était hier sévèrement encadré : accroître leur déficit et leur dette publics.

La Commission est même allée plus loin en activant la clause dérogatoire du Pacte de stabilité et de croissance. Elle permet ainsi aux États membres de s’écarter significativement de leurs obligations budgétaires. Elle a aussi accepté les régimes de soutien permettant par exemple à BPI France de fournir des garanties d'État sur les prêts commerciaux et des lignes de crédit, ou encore de fournir des garanties d'État aux banques sur les nouveaux prêts pour les entreprises. Quant à la BCE, après un moment de flottement qui a provoqué une chute des marchés, elle a annoncé le 18 mars le lancement d’un plan de rachat d'urgence de 750 milliards d'euros, qui prévoit des achats de dette des États et des entreprises de la zone euro.

 

Le choc en matière de spreads pourrait être brutal

 

Il est à noter qu’alors que les éléments politiquement majeurs du pacte sont détricotés de concert par les dirigeants européens, les régulations qui représentent leur échelon juridiquement inférieur sont pour l’instant inchangées. Or il n’est pas concevable de s’accrocher dans un tel environnement par exemple aux règles prudentielles de solvabilité, sans exclure la capacité des assureurs à jouer leur rôle d’amortisseur et de financeurs de l’économie. De cela il faudra bien reparler, et rapidement…

Mais il y a une autre inconnue redoutable devant nous, c’est celle qui va résulter de l’accroissement généralisé de la dette. Le "whatever it takes" unanimement avancé par les gouvernements n’a pas le même sens partout en Europe. Si l’Allemagne a de quoi mobiliser des capitaux de façon massive, ses voisins ne peuvent en dire autant. Le marché de la dette est mondial, certes, mais il va aussi connaître des turbulences. L’Asie pour commencer va avoir tendance à se replier sur elle-même. Et les Américains vont avoir à gérer leurs problèmes. Plus de dettes à financer, moins d’acheteurs en face, le marché va être soumis à une concurrence inédite et l’on sait que ce sont les Allemands qui seront les mieux placés. Pour les pays du Sud le choc en matière de spread pourrait être brutal. La façon dont l’Espagne a emprunté cette semaine 10 milliards apparaît comme une mesure de précaution avant des temps plus durs et plus coûteux.

 

La fourmi allemande méfiante à l’égard des coronabonds

 

Il y aurait bien une solution, c’est celle de la mutualisation de la dette grâce aux "coronabonds", appuyé sur le MES et la BCE. Toute la question est de savoir si Berlin acceptera de jouer le jeu. Cela ne va pas de soi, la fourmi allemande on le sait ayant toujours refusé de financer les cigales dites du "Club Med". On peut souligner que la situation est cette fois différente : que l’Europe du Sud n’est pas victime de son manque de rigueur économique, qu’elle est simplement touchée comme tous par le virus venu de Chine. L’Allemagne n’a pas non plus intérêt à l’impact déstabilisateur qu’aurait sur la zone euro, une explosion des spreads en son sein.

Le pire n’est donc pas sûr. Le paradoxe toutefois, c’est qu’après avoir toujours refusé de mettre en œuvre un budget fédéral, l’acceptation des "coronabonds" par l’Allemagne reviendrait à instaurer son symétrique : un traitement fédéral de la dette.

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