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Rien ne sera plus comme avant !
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La pandémie qui bouleverse le monde entier et tue des milliers d’êtres humains nous oblige à repenser la mondialisation. C’est ce qu’explique Alexandre Adler. Tant sur le plan de la répartition internationale du travail faite au profit de la Chine et aux dépens de notre industrie. Que dans la direction d’une nouvelle régionalisation de la planète.
Rien ne sera plus jamais comme avant. L’ampleur du phénomène que nous traversons est d’abord - et sans aucune contestation possible - d’ampleur mondiale. Tout ceci nous fait penser au mantra de notre maître de l’École Normale, Louis Althusser, qui nous répétait de manière pédagogique la phrase suivante qu’il avait tirée de Hegel : "l’Histoire avance, certes, mais elle avance toujours par sa négativité". En clair, les catastrophes sont toujours les premières à advenir, même si au travers leurs destructions et leurs impasses, elles laissent aussi passer des rayons de lumière imprévus.
C’est Verdun, puis la catastrophe du Chemin des Dames qui ont appris aux Armées confrontées à l’horreur des massacres de masse, à protéger les blessés, à organiser des rotations systématiques sur le champ de bataille et à multiplier les barrages défensifs de l’artillerie. Des mesures qui vont diminuer le bilan de la confrontation permanente avec un ennemi allemand, qui prenait les mêmes dispositions. Tandis que le caporal-chef Adolf Hitler, contracta sur le terrain une horreur définitive des gaz, qui le conduisit à en interdire l’usage durant la seconde guerre mondiale, pour le soulagement de tous les combattants.
Un coup d’arrêt aux libertés
Nous avons donc beaucoup progressé depuis ces sombres temps. Ce fut aussi l’œuvre positive de la guerre froide, cette troisième guerre mondiale partielle. Aujourd’hui de la même manière, l’humanité tout entière rassemblée dans la première pandémie de l’histoire, est en train d’accepter que nous avons surestimé nos capacités de transformation du monde. Le fait est que nous avons encore un sérieux chemin à faire pour mettre notre planète en état de subir, sans dommages collatéraux excessifs, les impacts quotidiens de la mondialisation.
Nous allons donc, à la joie mauvaise des ennemis de la liberté et des gens qui s’enivrent du retour aux contraintes, devoir accepter un coup d’arrêt inévitable aux libertés actuelles. Et nous comprenons parfaitement les pervers, les "paniquards", les hystériques du contrôle social, et tous ces inutiles que nous pouvons trouver un peu partout à s’inventer un travail de policier, faute de s’inventer des choses à faire plus productives et plus utiles. Qui ne connaît ces prétendus emplois jeunes qui ne feraient jamais un geste dans une gare pour vous aider à porter une valise, mais sont toujours prompts à établir des barrages, à vous demander votre "laissez-passer" ou à se griser de l’arrogance de certains de nos voisins allemands qui veulent à présent nous apprendre leur langue, ou encore, à faire confiance aux soldats d’outre-Rhin, puisque nous serions en état de population abandonnée, particulièrement en Alsace ?
Une Afrique noire dépourvue d’infrastructures
De tout cela nous ne voulons pas, mais nous sommes aussi conscients que sans ordre ni discipline, les dangers et l’incurie, feront un nombre considérable de victimes. Du type de tous les imbéciles qui se refusent à la moindre discipline, non par nietzschéisme personnel, mais par simple mépris des autres ou ignorance délibérée du monde véritable dans lequel nous nous trouvons. C’est ici que je peux, pour nos lecteurs exciper du titre de prophète, dont j’ai été affublé, à l’insu de mon plein gré, par une vague médiatique qui a suivi la republication d’un texte de la CIA que j’avais commenté de la CIA.
Dans ce texte qui date précisément de crise du Sras qui a fortement impacté la Chine en 2003, j’avais écrit, qu’avec la probabilité très forte d’une pandémie qui serait mondiale, nous serions confrontés à un phénomène sans la moindre limite géographique ni véritablement humaine. Même si nous constatons aujourd’hui qu’une Afrique noire dépourvue d’infrastructures, demeure plus facile à se protéger que le reste de la planète.
Un inévitable protectionnisme européen
À cette époque, influencé quelque peu, par le pessimisme raisonnable de mon fidèle ami Philippe Séguin et de quelques autres, dont Jacques Chirac, j’en étais venu à écrire qu’il ne fallait pas, sous de pures considérations de coût, abandonner un certain nombre de fabrications et de constitutions de stocks stratégiques dont la détention ne pouvait pas se résumer à des considérations de prix. C’est cette prise de conscience qui devient irréversible, et qui avait déjà caractérisé une partie de la démarche d’un Donald Trump qui, sur ce point, fait aujourd’hui l’unanimité de ses compatriotes, qui sont bien d’accord pour protéger une partie plus importante que prévu de l’industrie américaine.
C’est aussi ce que je prônais alors pour une France, dont – c’était ma divergence avec Philippe Séguin – je souhaitais que le protectionnisme inévitable devienne européen. De manière à imposer une frontière tangible lorsque la construction européenne deviendrait prioritaire. En s’étendant à terme à une Russie, qui à l’époque, avait fait le choix d’une "Maison commune" européenne dont elle ferait partie avec les pays d’Europe Centrale.
Un nouveau partenariat avec le Royaume-Uni
Nous en sommes toujours là, à cette immense différence près que la catastrophe a bel et bien eu lieu et que son impact finit par déterminer des choix inévitables. Certains provisoires. D’autres irréversibles. Une dose raisonnable de protectionnisme, mais sur des surfaces également raisonnables – nos voisins latins, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Belgique du Sud, la Suisse, la Grèce et nos amis chrétiens d’Orient – me semble un espace indispensable à ce protectionnisme relatif. Mais nous devrons aussi étendre cet espace à l’ensemble européen. C’est la bonne nouvelle de la mauvaise nouvelle : l’Amérique actuelle se refusera à créer une véritable priorité pour son vieil allié britannique, qui me semble voué, compte tenu de l’importance de la City à un partenariat avec ses alliés plus immédiats de l’Europe Latine.
Mieux même, nos partenaires plus au sud que sont, dans l’ordre de priorité, une Algérie, totalement liée, en dehors de la production d’hydrocarbures à l’ancienne métropole française, un grand Maghreb, y compris, ce qui reste de la Libye qui éprouve un besoin impératif de l’aide européenne, un Maroc plus dynamique que son voisin algérien, et même une Égypte dont la solidité dépend plus que jamais de la bonne tenue de son armée, ne peuvent que faire partie d’un ensemble géopolitique européen. Avec le consensus d’une Russie, de plus en plus liée, y compris sur le plan de la recherche médicale, avec Israël.
La Méditerranée est un trait d’union
Ici le bon sens géographique le plus traditionnel finit par s’imposer. Le Proche-Orient si proche de nous, appartient à l’Europe, exactement comme dès l’antiquité, la Méditerranée n’était en rien une frontière, mais un trait d’union. Et même à partir du Soudan que traverse le Nil Blanc pour se perdre dans une Afrique Noire incompréhensible, il y a le choix plus évident d’un Nil bleu qui traverse l’Éthiopie, par une route plus courte et inclut dans la nouvelle chrétienté d’Orient, l’immense réservoir démocratique des Éthiopiens. Lesquels continuent de révérer le Patriarche d’Alexandrie en Égypte.
La Chine de son côté, vient de traverser sa révolution culturelle véritable en renonçant, pour sa santé publique à son sacro-saint Nouvel An, mais aussi à ses pratiques ancestrales de tout manger, sans beaucoup se laver, par peur des famines récurrentes, qu’aujourd’hui l’Empire du Milieu a tous les moyens de juguler. Avec une plus grande ouverture de ses frontières et ses nouvelles routes de la soie qui devraient la conduire à la conquête de la Lune. Quant à notre Europe, enfin solidaire du monde musulman, y compris d’un Iran qui a parfaitement intégré les leçons de sa surcontamination, par des techniciens nord-coréens venus y construire la bombe atomique, dont elle n’a nul besoin, elle se prépare à combattre l’infection.
La conséquence d’une accélération mal pensée
Ce qui permettra enfin une politique sanitaire raisonnable appuyée sur l’aide internationale et sur de nouveaux pouvoirs démocratiques. L’Amérique de son côté, ne pourra qu’approfondir sa coopération avec un Canada et un Mexique qui sont à sa porte. En somme cette régionalisation du monde, qui est la conséquence de notre accélération mal pensée de ces dernières années, nous ouvre la voie d’un sentier de croissance raisonnable où avant d’être une, l’humanité se devra de se décliner à travers différentes régions autonomes qui seront toutes solidaires, mais dans un certain bon sens, les unes avec les autres. Une humanité plus modeste, mais plus vivable. Une fois le choc de l’épidémie dépassé par la science, le bon sens et la simple humanité que manifestent déjà tant de nos compatriotes.
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