WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

Chronique
L’Europe aux urgences…
par Bernard Spitz

L’Union Européenne présentait depuis un certain temps des symptômes de fièvre inquiétants : le Coronavirus va-t-il la placer sous assistance politique respiratoire ?

31/03/2020 - 09:30 Temps Lecture 6 mn.

Jacques Delors lui-même vient de se mettre à son chevet pour signaler la gravité du mal et l’urgence à le traiter solidairement : "Le climat qui semble régner entre les chefs d'État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l'Union européenne" a-t-il ainsi déclaré, sortant à 94 ans d’un long silence.

Sur ce mauvais "climat" la longue réunion du 26 mars du Conseil Européen en téléconférence n’a pas été des plus rassurantes. La presse s’est fait largement l’écho du clivage apparu entre l’Europe du Nord – Allemagne et Pays-Bas en tête – et celle du Sud, Espagne et Italie soutenues par la France au sein d’un groupe de neuf pays. Détail symbolique : la chancelière, au centre des débats, n’était pas en vidéo, seulement représentée par l’image fixe d’une photographie ; alors que la Présidente de la Commission, bien présente à l’image, fut d’un quasi-mutisme. Comme si la voix de l’une valait pour les deux…

 

Une discussion grave

 

Pour comprendre l’étendue des divergences, une source exceptionnelle nous est parvenue du journal espagnol El Païs qui a pu retracer de façon détaillée les échanges qui ont marqué le Conseil. Une discussion grave, par moments dramatique, marquée par l’intervention de Christine Lagarde présentant le scénario économique d’une récession comprise entre 2 et 10 % de baisse du PIB, face à laquelle les mesures de soutien décidées devraient être augmentées "voire doublées", ce qui serait "hors de portée de plusieurs pays" s’il n’y avait pas de mutualisation entre les membres.

En voici un extrait, notamment sur la question du mandat confié à l’Eurogroupe, qui a débouché dans la déclaration officielle sur le paragraphe suivant, au style si caractéristique des comptes rendus multilatéraux :

Nous prenons acte des progrès accomplis par l'Eurogroupe. À ce stade, nous invitons l'Eurogroupe à nous présenter des propositions dans les deux semaines. Ces propositions devraient tenir compte de la nature sans précèdent du choc du COVID-19, qui touche tous nos pays, et notre riposte sera renforcée, en tant que de besoin, par d'autres actions arrêtées de manière inclusive, à la lumière de l'évolution de la situation, en vue de mettre en place une riposte globale.

 

"Pedro, nous sommes à la limite des concessions"

 

Une telle rédaction ouvre des portes pour la suite, tout en se gardant d’indiquer la moindre option concrète acceptable par tous qui serait derrière. Ce que Bill Clinton aurait résumé par sa formule célèbre : Where is the beef ?

Sanchez : c’est clairement insuffisant. Je ne peux pas aller devant mes concitoyens avec ça dans un moment pareil. J’ai besoin d’un langage clair

Merkel : Pedro, tu te méprends. Tu dis que le paragraphe est vide mais il y a des gens qui travaillent en vue de la réunion des ministres des finances

Sanchez : Angela, je t’entends, mais c’est insuffisant. Si nous ne leur donnons pas un mandat clair, je sais ce qui va se passer. Vous ne comprenez pas l’urgence dans laquelle nous sommes ?

Merkel : Pedro, comment peux-tu dire que nous ne la comprenons pas…? Nous sommes à la limite des concessions. Nous en avons déjà fait beaucoup

Sanchez : Moi aussi j’ai accepté des compromis dans une situation très difficile

Macron : Pedro a raison. Je suis d’accord avec lui pour dire que nous ne pouvons transférer notre responsabilité politique à l’Eurogroupe. C’est un sujet politique, nous ne pouvons le laisser aux mains de ministres des finances qui vont juste reproduire les positions de chacun.

 

L’urgence… attendra encore !

 

À un autre moment la Chancelière s’oppose à la suggestion espagnole de confier le soin de faire des propositions à un comité des présidents des cinq institutions européennes (Commission, Conseil, Parlement, BCE, Eurogroupe). Elle s’en explique : "parce que je sais ce qui va en sortir, et que je ne pourrai pas le soutenir (...) Il ne faut pas susciter de faux espoirs"

Pour mémoire voici à l’issue de ces heures de débat, le chapeau de la déclaration commune officielle des membres du Conseil Européen : La pandémie de COVID-19 constitue un défi sans précèdent pour l'Europe et l'ensemble de la planète. Elle appelle des mesures urgentes, résolues et globales aux niveaux européen, national, régional et local. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger nos citoyens et surmonter la crise, tout en préservant nos valeurs et notre mode de vie européens.

Il a fallu attendre 22 heures au lieu du rendez-vous annoncé de 18 heures pour entendre les conclusions du Conseil européen. Le prochain bulletin de santé de l’Union quant à sa capacité d’affronter solidairement la crise attendra, lui, encore deux semaines…

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / L’Europe face à la dette

26/03/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Le Coronatour d’Europe

19/03/2020 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / L’aurore incertaine de l’Amérique

28/03/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / L’Europe face à la dette

26/03/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Rien ne sera plus comme avant !

21/03/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Le Coronatour d’Europe

19/03/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / La crise, quelle crise ?

17/03/2020 - 10:30

Chronique /

Chronique / L’Arabie Saoudite en état de choc

14/03/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Une stratégie industrielle européenne, enfin ?

13/03/2020 - 09:30