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Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

Chronique
Rule Britannia
par Bernard Spitz

En attendant le résultat de l’Eurogroupe de ce mardi, c’est le Royaume-Uni qui a occupé l’actualité en ce début de semaine. Sur le front du coronavirus et plus généralement sur celui de la politique britannique avec des conséquences indirectes sur l’Europe.

07/04/2020 - 09:30 Temps Lecture 6 mn.

La classe politique anglaise, comme contaminée par le Brexit, n’avait pourtant pas ménagé ses effets de surprise sur le plan institutionnel depuis des années. De volte-face en faux plans, rien ne nous avait été épargné. Pourtant ce week-end a été l’occasion de trois évènements considérables, un alignement hors du commun. Les trois plus importants personnages de la vie politique anglaise ont chacun vécu un moment exceptionnel que tout le pays a partagé avec eux. Trois moments distincts qui miroitent entre eux pour dessiner le nouveau décor de la scène britannique.

D’abord une intervention de la Reine. Un événement exceptionnel, le cinquième en 30 ans (dont deux de deuils, en hommage à Lady Diana puis à sa mère Elizabeth) pour elle qui s’en était abstenue pendant tout le débat sur l’appartenance à l’Union. Alors que le Brexit menace pourtant l’unité de l’Empire, compte tenu des situations complexes écossaise et irlandaise. Qu’a-t-elle dit ? Pas grand-chose, en dehors de la nécessité de rester unis face à l’adversité, sa confiance envers les Britanniques pour surmonter la crise et le souvenir des heures sombres du Blitz pour rappeler la résilience de son peuple. Elle a surtout montré à bientôt 94 ans, qu’elle était toujours là et bien là. Plus en forme que son Premier ministre et que le reste de la famille royale. Ceux qui attendaient la nouvelle d’une éventuelle abdication en seront une fois de plus pour leurs frais. The Queen ne lâche rien.

 

Un partisan du remain

 

Ensuite, l’information de l’hospitalisation de Boris Johnson. Souhaitons prompt rétablissement au Premier ministre, en espérant que son affection n’est pas grave. Reste qu’après avoir joué les Tartarins de Tarascon au début de l’épidémie, cette circonstance symbolise la mauvaise appréciation du danger par le gouvernement. D’autant que les nouvelles sont mauvaises sur le front sanitaire avec plus de 5 000 morts, un nombre croissant de décès, une impréparation en matière de tests, de ventilateurs et de protection pour le personnel soignant. Que sur le front économique, le secteur manufacturier ne fonctionne plus qu’à 30 % de sa capacité. Les services, la force de l’économie britannique, sont pour l’instant moins gravement touchés, hors comme partout le monde du divertissement et du tourisme, et dans un contexte très pessimiste des investisseurs.

Enfin troisième événement, l’arrivée à la tête du Labour de Keir Starmer, un ancien avocat de 58 ans qui gérait le dossier du Brexit pour le parti. Il était le favori de l’élection, en réussissant à écarter tant les visions dogmatiques de son prédécesseur que les sirènes libérales des nostalgiques de Tony Blair. Centriste, en tout cas central au sein du parti, il est surtout très clairement un partisan du remain, tranchant en cela avec Jeremy Corbyn, brexiter dans l’âme qui a coûté si cher au camp du maintien dans l‘Europe.

 

Le Labor a touché le fond

 

Keir Starner a une tâche considérable devant lui. D’abord il lui faut remettre de l’ordre dans un parti qui, de défaites politiques en défaites morales, a perdu sa crédibilité. Contre-productif sur l’Europe, complaisant sur l’antisémitisme, archaïque sur l’économie, le Labor a touché le fond. Le système électoral britannique a empêché sa marginalisation totale comme cela a pu se passer en France pour le parti socialiste mais un rétablissement urgent s’impose. C’est en réussissant cela que son nouveau leader deviendra le principal opposant à Boris Johnson, un chef de l’opposition audible et respecté.

Toutefois son avènement a aussi des conséquences pour l’Europe. Keir Starner était favorable à un nouveau référendum : certes celui-ci apparaît aujourd’hui impossible avant de nombreuses années. Sa voix comptera néanmoins bien plus que celle de son prédécesseur, ne serait-ce que sur les étapes à venir de la négociation avec l’Union, même si celle–ci est durablement impactée par la crise sanitaire que nous traversons.

 

Un sentiment de regret

 

Et puis cette nouvelle donne est aussi pour l’Union l’occasion d’un acid-test. Faisons un rêve : imaginons que l’Union démontre son efficacité à gérer la crise sanitaire, à défendre la pérennité de ses entreprises et des emplois, assure la sortie du confinement dans de bonnes conditions, amorce une politique industrielle crédible et sécurise la dette de ses membres : de sorte qu’un mouvement d’opinion naisse au Royaume-Uni, qui ressemblerait à un regret…

Alors, qui sait ? Mais même si les rêves ne s’accomplissent pas, évitons le cauchemar qui donnerait au citoyen britannique le sentiment dans quelques mois qu’ils ont sauté juste à temps par-dessus bord… Car si tel était leur sentiment, il y a fort à parier qu’ils ne seraient pas les seuls et que des voix politiques de plus en plus puissantes s’exprimeraient en ce sens au sein même des pays de l’Union.

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