WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques /

Chroniques

Chronique
La Chine, le covid et la Corée
par

La Chine fait bien plus que s’éveiller. Elle émerge comme grand vainqueur de la pandémie actuelle, tout à la fois grâce à son système autoritaire qui ne prend pas de gants, ni ne demande son avis à la population, mais grâce aussi à un système efficace de confinement territorial qui a toujours soigneusement veillé à protéger policièrement les frontières.

20/03/2021 - 09:30 Temps Lecture 10 mn.

 

La Chine de XI Jinping a appliqué admirablement, et pour son triomphe apparent le principe wu weï, c’est-à-dire pour la philosophie chinoise la plus traditionnelle "le changement immobile". Autour d’un invariant délibéré, ici le pouvoir impérial restauré, gravitent ainsi l’opposition libérale du Premier ministre, mais aussi les désidératas des alliés fondamentaux : coréens, thaïlandais, birmans et même des Japonais autrefois tant redoutés. Il se trouve qu’eux aussi, selon la reproduction du même principe, sont aujourd’hui intensément divisés entre un patronat pragmatique et pro-chinois, celui mené par Ichiro Ozawa, et un parti de la résistance qui conforte Taïwan, encourage le Dalaï-Lama depuis l’Inde, ou promet, mais sans jamais tenir parole, une nouvelle alliance du Pacifique centrée sur la résurrection d’un axe Tokyo-Washington.

Mais derrière ces palinodies japonaises bien prévisibles, émerge, presque comme un OVNI, la véritable innovation de cette période, l’émergence d’une nouvelle Corée, de facto réunifiée. Ses leaders naturels sont doubles. Au Nord, compte tenu des crimes inexpiables de Kim Jong Un contre son oncle et toute sa parentèle, la régence qui ne dit pas son nom mais exerce déjà sa férule, celle de la sœur de l’empereur félon : Madame Kim. Cette dernière est elle-même le produit d’une généalogie mixte puisque sa mère, une actrice japonaise qui avait été enlevée par Kim Jong Il et avait été conçue tout de suite après le rapt. Inutile de dire que Madame Kim a pu nourrir, de sa biographie complexe, à la fois une détresse et des désirs de vengeance contre la dynastie de Pyongyang, mais aussi une intense réflexion sur les possibilités de l’avenir.

 

Madame Kim et Samsung

 

Depuis les dernières famines décisives en Corée du Nord, la réunification économico-sociétale est déjà faite. La Corée du Sud, grâce à ses chaebols, imités au départ du système monopolistique des zaibatsu japonais, a laissé l’administration de la Corée du Sud à quelques familles, peu nombreuses d’où émergent les patrons de Hyundai et Samsung, ce dernier réalisant près de 41 % de la valeur boursière de l’ensemble. Le mariage politique actuel se résume donc à l’alliance de Madame Kim et de Samsung sous la surveillance vétilleuse d’une démocratie parlementaire sud-coréenne qui s’en prend systématiquement à tous les tabous de l’ère américaine : les grandes familles bien sûr, mais aussi l’héritage de l’alliance américaine à laquelle toute la Corée du Sud préfère l’alliance chinoise pour autant que Pékin ne fasse aucun obstacle à la réunion du Sud et du Nord.

Cette révolution politique sans précédent, ne peut évidemment qu’affecter, d’abord et avant tout l’Amérique elle-même. Le nouveau président Joe Biden, là aussi, adapte, pour Washington, le même principe wu weï qui semble assurer les succès de l’Asie. Joe Biden en démocrate modéré et discipliné était parfaitement conscient de l’enjeu métapolitique que représentait à ses yeux la victoire d’un Président Noir pour la transformation pacifique de la société américaine. Et malgré le retour du serpent de mer du racisme anti-noirs, l’Amérique exorcise pour de bon la pertinence du droit à la sûreté : Black Lives Matter, par-delà certaines conduites hystériques et par-delà certaines condamnations abstraites.

 

Joe Biden trace son sillon

 

Dans ce panorama racial complexe mais libérateur, Joe Biden peut enfin donner libre cours à ses sympathies politiques pour Israël certes, mais surtout pour l’alliance qu’Israël a conclue avec ses véritables interlocuteurs en Arabie post-saoudite, MBS, Mohammed Ben Zayed des très riches Émirats et le génial Adel Jubeir, Ministre des affaires étrangères du Royaume. Il faut donc se méfier des réactions d’un Joe Biden qui a été manipulé par son Secrétaire d’État sur ce sujet. Antony Blinken s’est ainsi mis dans un mauvais cas, inspiré par l’idéologue communisant Sam Pisar et poussé par ses véritables mentors, le couple Obama et son épouse, lesquels s’imaginent qu’ils peuvent toujours compter sur Joe Biden comme un féal qu’il ne fut en réalité jamais.

Ici, le nouveau Président, s’est laissé persuader qu’en faisant une fleur au Roi Salman d’Arabie, fieffé conservateur, viscéralement hostile à l’alliance israélienne actuelle et non moins hostile à tout l’héritage politique de Cheikh Yamani qu’il rend responsable de tous les maux du Royaume, le problème serait résolu. Rappelons que Yamani a dénoncé à deux de ses derniers biographes le goût immodéré, aux limites de la psychose, du Roi Salman pour les exécutions et les décapitations. C’est cet homme qu’Obama a donc conseillé de conforter, par l’intermédiaire de Blinken, prétendant qu’en faisant mine de freiner la révolution culturelle anti-islamiste en cours, il gagnerait un peu de temps. Il n’y a en réalité aucun temps de gagné, pas mal d’opportunités perdues et, bien entendu, des engagements parfaitement creux du Roi Salman.

 

L'ombre de Draghi sur l'Europe

 

De te fabula narratur : la France connaît au même moment l’impact de cette situation et se trouve ballottée entre des stratégies de vaccination un peu brouillonne et toujours décalées. Peu importe. D’autant plus que l’Allemagne passe à présent par les mêmes affres. Non que les décisions, souvent opportunes, d’Emmanuel Macron n’aient contribué très positivement à trouver une voie moyenne entre la lutte pour la santé et le maintien de l’économie. Il se trouve que le centre de gravité du processus de décision européen est en train de dériver, grâce à l’énergie remarquable de Mario Draghi vers une Italie qui, dans cette pandémie, a malheureusement cumulé tous les maux de ses déficiences étatiques.

Tout d’un coup, les cartes sont définitivement redistribuées, et le plus politiquement incorrect de tous les podestats, auxquels les vieilles Républiques italiennes avaient recours quand tout était bloqué, est redevenu, non seulement le maître du jeu en Italie, mais aussi, au grand dam de la France, le seul interlocuteur sérieux d’Angela Merkel en Allemagne. Et ce alors même que la toute-puissante chancelière médite de son côté, un autre changement constitutionnel tacite à son profit, pour prendre la présidence de la République.

 

Quid du couple Merkel-Macron ?

 

Toute la carrière de Mario Draghi chez Goldman Sachs où il présida au redressement de New York, parle pour sa capacité de faire bouger les marchés. Et le mandat pour l’Italie qu’il assume, dans une Europe traumatisée par le Brexit, lui permet de prendre à grandes enjambées, des décisions communautaires qu’il avait déjà imposées contre la Bundesbank lors des crises successives de l’euro. Dans ces conditions l’Europe a désormais un patron, et il est Italien, comme étaient autrefois italiens tous ces génies qui, face à la déferlante que représentait alors l’Espagne, choisirent tous le refuge français de Léonard de Vinci à Amboise dont François 1er devint le protecteur. Il est évident, qu’Emmanuel Macron, quelles que soient les traverses possibles d’élections françaises alternées et contradictoires, demeurera, quoiqu’il arrive, l’interlocuteur que s’est choisi Angela Merkel, tout en tenant le plus grand compte de la nouvelle Italie de Draghi.

Autrement dit, tout change mais dans le wu weï : Xi Jinping n’a pas pu se débarrasser de Jack Ma et de l’oligarchie financière chinoise, Angela Merkel aura toujours besoin de Macron et Joe Biden se mord déjà les doigts d’avoir endommagé l’alliance israélo-saoudienne en ressortant l’affaire Kashoggi et jure bien qu’il ne gênera plus à l’avenir Benyamin Netanyahu et Adel Jubeir.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique /

Chronique / Les défis de l’ère Biden

23/01/2021 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’affaire Jack Ma salit la Chine

16/01/2021 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / Touche pas à mon Covid

17/03/2021 - 09:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Super Matteo

20/02/2021 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / E tempo de agir !

26/01/2021 - 09:00

Chronique /

Chronique / Les défis de l’ère Biden

23/01/2021 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’affaire Jack Ma salit la Chine

16/01/2021 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’Iran de plus en plus isolé

09/01/2021 - 09:30

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / 2021 ou les vœux en marche arrière

04/01/2021 - 09:00