WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques /

Chroniques

Chronique
L’affaire Jack Ma salit la Chine
par

Alors que la pandémie recommence en Chine où l’on cache habilement le nombre de cas et de décès, mais où l’on confine massivement, Xi Jinping a décidé de faire embastiller le plus grand patron chinois Jack Ma. Ce qui constitue un acte de faiblesse de sa part explique Alexandre Adler.

16/01/2021 - 09:30 Temps Lecture 8 mn.

 

Nous vivons en ce moment même de phase terminale de la grande peste mondiale, les phénomènes tourbillonnaires ultimes de cette première épreuve, initiatique et décisive, de la véritable mondialisation. Comme le phénomène est réparti avec équanimité partout sur la planète, on s'étonnera d'autant moins, dès lors, d'en constater l'importance aussi bien au cœur de la métropole américaine que dans cette Chine de moins en moins énigmatique mais où, pourtant, des phénomènes aussi radicaux qu'imprévus viennent aussi de bouleverser singulièrement la perspective.

 

Le capitaliste chinois le plus en vue embastillé

 

En Chine donc, la dernière sagesse conventionnelle des habituels imprudents consistait à faire l'éloge du "bonheur dans le crime", c’est-à-dire du triomphe, sans mélange des succès sanitaires, de l'Empire du Milieu, lequel aurait évité par son autoritarisme bienveillant toute propagation du virus et permettrait, sans doute en ayant caché le véritable bilan initial de sortir plus vite et plus efficacement de la pandémie. Or, cet empire triomphateur de Xi Jinping vient sans crier gare d'ouvrir la scène mondiale sur la crise politique probablement la plus spectaculaire et la plus décisive pour son avenir avec la décision prise par l'Empereur d'embastiller son capitaliste privé le plus en vue, le désormais mondialement célèbre Jack Ma, patron d’Ali Baba

Ne nous y trompons pas. Jack Ma n'est que la raison sociale d'un véritable intellectuel collectif, celui des sans doute 50 000 ou 60 000 entrepreneurs privés disposant d'une force de frappe sur les marchés supérieure aux ressources immédiatement mobilisables du capitalisme d'État de Xi Jinping. Mieux même, et sans aucun jeu de mots facile, derrière le premier Ma, Jack Ma, il nous faut décliner un autre Ma singulièrement important pour tout l'avenir politique du régime de Pékin. Tout d'abord à Taïwan qui, pour avoir accepté le principe d'une authentique réconciliation avec le gouvernement central de Pékin n'en est pas moins une mince affaire, le surdoué Ma Yinchow.

 

Ascendant persistant de Hong Kong sur Shanghai

 

Dernier point de ce retournement paradoxal : tout se joue grâce à la crédibilité inentamée de l'État de Droit britannique dont a hérité Hong Kong, et dont les contrats sont libellés sur place par des avocats de formation anglaise et sont seuls considérés comme valables par toute la communauté mondialisée des affaires en Chine même, d'où le double ascendant d'abord de Shanghai sur Pékin, puis de Hong-Kong sur Shanghai.

Mais, avec l'affaire Jack Ma nous venons de franchir une étape décisive : dans l'affaire Fouquet, au XVIIe siècle, le jeune Louis XIV, fort de son pouvoir restauré par la sagacité de Mazarin, a voulu piller, avec Fouquet la première fortune du royaume et sans doute un parent du Roi par la main gauche, qui prétendait faire plier par la finance un pouvoir que Louis XIV voulait restaurer après la Fronde. De même, après la grande anarchie de la Révolution Culturelle, jusqu'à la fin des années soixante-dix, le pouvoir central restauré du Parti Communiste de Deng Xiaoping avait fini par transmettre au plus anti-maoïstes des vieux dirigeants communistes, Xi Xongkun dont le fils préféré, Xi Jinping disposera à nouveau du même Mandat du Ciel.

 

Un pouvoir louis-quatorzien

 

C'est ce pouvoir louis-quatorzien du gouvernement central à Pékin que Jack Ma a voulu défier, pensant circonscrire l'antagonisme à des limites à définir et que Xi Jinping, à la stupeur générale, vient de renverser pour réaffirmer la prééminence du gouvernement central au risque de défier la Chine réelle capitaliste et privatisée, qui vient de nous expliquer qu'elle ne l'entend nullement de cette oreille.

Nous avons jusqu'ici filé la métaphore de l'Affaire Fouquet. Peut-être faudrait-il, à ce point de l'analogie, lorsque l'on fait la somme géométrique des forces "girondines" qui cherchent à l'échelle de toute l'Asie orientale à contrer le pouvoir hégémonique centralisateur de Pékin, établir aussi un court bilan de la situation géopolitique régionale. Ici, le pouvoir central chinois a déjà reconnu la menace inévitable et la nécessité d'y faire face par un véritable compromis stratégique et diplomatique, plutôt que par un affrontement naturellement délétère, l'émergence d'une nouvelle puissance globale coréenne.

 

Alliance stratégique avec la Corée

 

Nous en faisons tous les jours l'expérience avec la puissance technologique des grandes sociétés sud-coréennes telles Samsung ou Hyundai, qui ont décalqué sans la moindre gêne le modèle japonais et fait des Chaebols de Séoul les géants capitalistiques qui imposent déjà leur loi à la gauche sud-coréenne au pouvoir qui ne souhaite elle-même qu'une alliance durable avec la Chine. C'est donc, sous la forme d'une véritable alliance stratégique, indispensable semble-t-il en particulier dans l'édification d'une industrie commerciale aéronautique et aérospatiale rivale véritable des Américains (Boeing et SpaceX d'Elon Musk) qu'une Chine confucéenne a déjà compris, qu'elle doit préférer une Corée réunifiée et alliée de l'Empire du Milieu, à un Japon toujours potentiellement dangereux surtout s'il entreprend à nouveau de se doter d'un parapluie nucléaire.
Pour toutes ces bonnes raisons, Xi Jinping a choisi le compromis coréen, même si celui-ci lui en coûte, plutôt que de relancer l'anarchie continentale.

À titre d'exercice, et surtout pour une prochaine parution, nous reviendrons nécessairement sur l'autre renversement sans précédent, parvenu en Amérique avec le viol du Capitole de Washington qui ne retrouve d'écho que dans le geste désespéré et direct de la soldatesque britannique en 1816 provoquant la réaction inverse : celle de George W. Bush et d'Arnold Schwarzenegger en Californie qui viennent ainsi d'interdire définitivement à Trump tout retour personnel en politique. Quand bien même le Vice-Président Mike Pence et le très habile couple Jared Kushner – Ivanka Trump conserve toutes ses chances de récupérer, mais sous une forme moins subversive, un héritage Républicain, conservateur et populiste qui n'a pas disparu.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique /

Chronique / L’Iran de plus en plus isolé

09/01/2021 - 09:30

Chronique /

Chronique / Quelles équations planétaires en 2021

19/12/2020 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / L’Iran de plus en plus isolé

09/01/2021 - 09:30

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / 2021 ou les vœux en marche arrière

04/01/2021 - 09:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Bella Ciao

21/12/2020 - 10:00

Chronique /

Chronique / Quelles équations planétaires en 2021

19/12/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Le Royaume Uni après le Brexit

12/12/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Que faire de l’OTAN ?

05/12/2020 - 09:30

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Valéry Giscard d’Estaing : mort d’un vrai libéral et d’un grand Européen

03/12/2020 - 09:00