WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques /

Chroniques

Chronique
Le Royaume Uni après le Brexit
par

Au moment où s’achèvent dans la douleur les dernières recherches d’un accord permettant un Brexit sans douleur, Alexandre Adler tente d’imaginer quelle pourrait être la place du Royaume-Uni dans la géopolitique européenne et mondiale, une fois séparé du Vieux Continent.

12/12/2020 - 09:30 Temps Lecture 7 mn.

Le long, passionnant mais aussi débilitant, feuilleton du Brexit doit aboutir dans cette longue fin de semaine à une conclusion dont il est peu de dire que les conséquences géopolitiques sur le destin même de l'Europe seront à l'évidence capitales. Et la formidable ambivalence logique de ce remariage de l'Angleterre avec son destin européen qui sera aussi, très paradoxalement, une sorte de divorce morganatique demeure marquée de ce double entendre, souvent difficile, à percer. En l'occurrence, c'est le divorce réussi de l'Angleterre qui pourra enfin sceller son remariage pratique avec ses véritables partenaires européens

La somme géométrique de toutes ces forces hétérogènes de frottement ne devrait néanmoins pas, même dans des mathématiques un peu modernes, équilibrer dans l'autre plateau de la balance les forces rationalistes nombreuses qui militent dès aujourd'hui pour qu'une solution de bon sens soit enfin trouvée au Brexit et que l'Angleterre trouve peu à peu sa place dans un véritable jeu européen à quatre avec la France, pays guide du monde européen gréco-latin, l'Allemagne, puissance hégémonique de l'Europe du Nord alliée de son front entrepreneurial et utopique scandinave qui garantit la solvabilité et la crédibilité de l'Euro, et enfin une Russie débarrassée du ressentiment aventuriste cher à Poutine.

 

Trois innovateurs de génie

 

Esquissons donc - bien conscients néanmoins que le suspense n'est pas encore levé - ce que pourrait être le profil d'un bon compromis européen réconciliant Londres avec le couple Paris Berlin garant de l'Euro. Ici, le salut inespéré des ressources propres de l'Europe tient à trois innovateurs de génie : Mario Draghi, Mark Carney et Rahm Emanuel. D'abord à l'évidence Mario Draghi. Véritable italo-américain, génie financier et stratégique de la banque Goldman-Sachs, cet Ulysse de la finance parvint tout d'abord à faire accepter les clients les plus claudicants à l'entrée dans l'Euro tels Chypre, Malte, l'Espagne. La discipline spontanée des Danois et des Suédois et l'adoption, après une crise résolutoire, de la même parité fixe de facto entre le Franc suisse et l'Euro ne laisse plus désormais à découvert que la Livre Sterling à l'Ouest et le Rouble à l'Est.

C'est ici qu'intervient Mark Carney : le gouvernement canadien, et tout aussi américain de culture que Draghi, a depuis lors piloté la monnaie britannique quelque part au milieu de l'Atlantique tout en évitant le triangle des Bermudes et la mer des Sargasses. Mais aujourd'hui, son mandant souverainiste qui ne fit pas peu pour faire dérailler les lambeaux de vocation européenne de l'Angleterre ne peut plus servir. Et sa nationalité canadienne devrait permettre à ce technicien extrêmement habile de la spéculation financière à retrouver une place de choix à l'intérieur du nouvel ensemble nord-américain.

 

Vers une assise quadripartite Paris-Londres-Berlin-Moscou

 

Et c'est ici qu'intervient enfin Rahm Emanuel. Le succès incontestable des deux mandats de Barack Obama n'est pas seulement un tournant métapolitique essentiel qui instaure la légitimité profonde d'une Amérique multiraciale, c'est aussi le succès macroéconomique spectaculaire qui fut imputable au néokeynésianisme intelligent et modéré de Larrie Summers et au savoir-faire politique génial de l'israélo-américain Rahm Emanuel. Celui-ci, vite convaincu du tiers-mondisme arabophile irrémédiable du quarante-quatrième Président, choisit de recommencer sa carrière politique depuis Chicago et continue depuis la véritable capitale du Middle-West à peser très efficacement sur la transformation de la présidence Biden. Qui pourra mieux que lui savoir convaincre l'État d'Israël de s'entendre définitivement avec le nouvel allié saoudien pour porter sur les fonts baptismaux un nouvel État palestinien compatible avec l'État d'Israël ?

C'est évidemment ce triumvirat américain fatal qui saura trouver les ruses, les passerelles mais aussi les illuminations prophétiques pour donner enfin à l'Europe une assise quadripartite Paris-Londres-Berlin-Moscou. Dans l'immédiat, la prochaine étape qui aidera à la réintégration de l'Angleterre devrait passer par le sacre italien de Mario Draghi. Aujourd'hui, Mario Draghi, qui s'est engagé à ne plus briguer de poste, pendant trois ans, au sortir de son triomphe à la BCE, laisse déjà entendre à ses intimes qu'il se verrait bien en Président de la République italienne, imposant peu à peu un véritable gaullien dans la Péninsule.

 

Les États-Unis ne jouent plus la carte britannique

 

Avec Draghi à la tête d'une nouvelle Italie, alliée mais aussi rivale de la France, et un Boris Johnson petit-fils de Général turc, fils d'un haut fonctionnaire européen entièrement convaincu de l'appartenance de l'Angleterre à l'Union européenne, nous avons d'ores et déjà un imbroglio apparent européen qui permet en réalité de "roquer" toutes les pièces du jeu d'échecs et de redistribuer les rôles de la manière la plus créative. À cela s'ajoute la bénédiction de l'Amérique qui ne veut plus, en aucune manière, jouer une carte britannique contre la cohésion européenne et l'apaisement russe.

Bref, tous ces rêves, parfaitement rationnels et déjà présents sous forme de calculs dans les raisonnements des véritables acteurs de ce véritable drame ne sont pas encore venus à fruition. Mais ne pas introduire ces données incontestables sous la forme à tout le moins d'équations probabilistes, qui peuvent à tout moment se réaliser d'un seul coup, serait ne pas tenir compte pour évaluer le présent de la conviction inébranlable établie par Einstein avec la Relativité générale : la coprésence à tout moment d'un passé qui pèse déjà lourd et d'un futur déjà largement engagé, aussi bien dans le réel que dans l'imaginaire.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique /

Chronique / Que faire de l’OTAN ?

05/12/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Tout s’éclaircit dans l’Orient compliqué

28/11/2020 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / Que faire de l’OTAN ?

05/12/2020 - 09:30

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Valéry Giscard d’Estaing : mort d’un vrai libéral et d’un grand Européen

03/12/2020 - 09:00

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / L’abécédaire du réconfort

02/12/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Deal or no deal ?

30/11/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Tout s’éclaircit dans l’Orient compliqué

28/11/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Et pendant ce temps-là en Russie…

21/11/2020 - 09:30

Chronique / Agnès Verdier-Molinié

Chronique / N’attendons plus pour rouvrir les commerces !

19/11/2020 - 09:30