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Que faire de l’OTAN ?
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Il y a un an Emmanuel Macron déclarait l’OTAN en état « de mort cérébrale ». Depuis les évènements autour de Chypre et les menaces, restées sans conséquences, de la Turquie qui possède la deuxième armée de l’Alliance Atlantique ont confirmé l’analyse du Chef de l’État. Il reste que cette construction de la guerre froide reste utile à un multilatéralisme bien affaibli.
Depuis la mort du Général de Gaulle et le milieu des années 1970, nombreux ont été ceux qui souhaitaient ouvertement ou plus discrètement – notamment les dirigeants allemands comme Willy Brandt ou Helmut Schmidt - se débarrasser de cette structure unitaire entre les deux rives de l'Atlantique. D’autant qu’elle avait fini de proche en proche par embrasser toute la rive nord de la Méditerranée, y compris l'Espagne et la Grèce sans parler de la Turquie. Mais il manquait à ces subtiles constructions un élément essentiel : on ne peut pas quitter une structure sans avoir testé au préalable, et même éprouver sur un cas concret l'élément de remplacement que l'on pourra installer à sa place.
Dans mes dialogues répétés avec Philippe Séguin, dont le gaullisme intransigeant le conduisait parfois dans des impasses qu'il ne voulait pas voir, je l'avais convaincu de jouer non pas la péremption de l'OTAN mais au contraire son élargissement. C'est en effet l'allié américain qui s'était refusé dès 1949 à garantir les territoires coloniaux de ses alliés anglais et français, dont il souhaitait en réalité le démantèlement rapide. Tout particulièrement celui de l'Afrique du Nord française et donc aussi des "trois départements algériens" d'Oran, Constantine et Alger.
L’impérieuse nécessité d’une structure collective
Pour cette seule raison, nous pouvions retourner la table en faveur de la France en proposant pour remplacer l'OTAN une "union des peuples libres" qui, un beau jour, aurait été ouverte à toute l'Amérique Latine. Et pourquoi pas demain les États du Maghreb indépendant, tandis que le Japon et la Corée du Sud auraient pu trouver à partir de l'Asie les moyens d'une garantie, mais malgré tout sérieuse pour étayer une alliance américaine. Après une très longue attente, et alors que ni Philippe Séguin, ni Jacques Chirac, ni Valéry Giscard d’Estaing, ne sont plus de ce monde, l'impérieuse nécessité d'une structure collective, d'une alliance des peuples libres - mais pas tous nécessairement encore tout à fait démocratiques, s'impose plus que jamais.
On nous objectera, certes, que de grandes structures multinationales comme le G20, permettent plus ou moins de rassembler les acteurs fondamentaux des relations internationales. Et on voit bien, même après la disparition éminemment souhaitable du régime Erdogan en Turquie ou de la dictature mollahcratique en Iran, que l'autorité politique pourra certes devenir pluraliste, mais pas encore totalement débarrassée de certaines garanties semi-autoritaires.
La délicate question turque
Et le même raisonnement vaut a fortiori pour l'Égypte du Maréchal Sissi, les différents États de l'Asie centrale musulmane post-soviétique derrière l'Azerbaïdjan d'Ilham Alyev, pour le Liban post-confessionnel et même l'Amérique latine dans son ensemble. L'État de droit doit nécessairement y progresser, mais l'établissement d'une démocratie pleine et entière ne devra pas constituer une précondition à la mise en route de cette structure, sachant néanmoins que si des progrès constants et constatables ne sont pas enclenchés par ce processus, ce dernier deviendra bientôt caduc.
Mais dans l'immédiat, cela veut dire qu'une armée piégée, grossièrement, par Erdogan et menacée de décapitation par les islamistes les plus extrêmes, aura d'abord besoin des soins de la communauté internationale pour se rétablir de la crise dont elle n'est pas encore tout à fait sortie. De même, si la dictature obscurantiste d'Erdogan fait à juste titre l'unanimité contre elle, il faut savoir aussi que sitôt la situation éclaircie à Ankara comme à Téhéran tout change.
La fin de la quatrième guerre mondiale
Certes Erdogan n'est pas complètement comparable à Hitler en 1945. Mais la situation est néanmoins analogue : sitôt l'hypothèque levée en Turquie, comme la mort d'Hitler la leva entre les Occidentaux et l'Union soviétique, les intérêts divergeront. Certains en Grèce et en Arménie voudront isoler définitivement l'Etat turc. D'autres, et j'en suis, tout comme l'Etat d'Israël et la Russie actuelle, souhaitent une Turquie pacifiée qui ne soutient plus al-Qaïda, Daesh et ses supplétifs, de même qu'ils souhaitent que le régime de Bakou garde son influence adoucissante sur l'Iran et particulièrement sur l'Azerbaïdjan iranien ou encore le Bazar très turcophone de Téhéran.
Ce jour-là, il y aura une divergence entre l'Etat russe, l'État israélien, l'État azerbaïdjanais indépendant et les réalistes du monde entier, non pas pour contraindre les hommes de cœur et de raison de cesser de réclamer justice pour le génocide arménien, mais pour imposer, dans les pleurs et les grincements de dent, mais aussi dans le soulagement d'une vie qui reprend ses droits, la fin de la guerre.
Or, disons-le sans ambages, il s'agit tout simplement de la fin de la Quatrième Guerre Mondiale - après la Guerre Froide (n° 3) - qui a commencé le 11 septembre 2001 dans les bombardements de New York et de Washington. Mais redisons-le pour nos lecteurs, ce moment est, maintenant, très proche. Et il n'y aura pas de cinquième Guerre Mondiale dans une Asie pacifiée par la "Pax Sinica" et la réunification d'une grande puissance coréenne à venir.
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