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Avec Biden, quelle relation Transatlantique ?
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Alexandre Adler décrypte les conséquences de l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche sur les relations internationales, et notamment sur la relation Transatlantique ainsi que sur l’OTAN. Avec de gros bouleversements à la clé.
L'élection de Joe Biden n'est pas seulement un tremblement de terre sans précédent dans l'histoire américaine. Mais tout conspire, y compris la performance de Donald Trump dans sa douloureuse contre-offensive, que l'ensemble des composantes de cette élection capitale de 2020 détermine une série ininterrompue de conséquences, et des révélations bouleversantes qui viennent chaque fois contredire les fausses évidences empiriques.
Nous allons donc essayer d'examiner ces fausses évidences tour à tour, en commençant par la plus importante à nos yeux : le rétablissement de la relation transatlantique. Il est incontestable que Joe Biden est un homme, non seulement courtois, mais détenteur par sa longue présence au Sénat – notamment au sein de la commission des affaires étrangères – d’une expérience bien plus importante que ce que les médias ont bien voulu dire. Il n'a cessé de déplorer l'isolationnisme de Donald Trump mais aussi l'anglophobie proclamée d'Obama, et y conjoignait un zeste de détestation irlandaise pour l'Angleterre.
Priorité donnée au continent américain
Avec Biden, malgré ses impeccables origines catholiques irlandaises, il n'y a en revanche aucun préjugé hostile envers l'Angleterre. Encore moins envers la France pour laquelle il éprouve la même sympathie qu'éprouvait déjà le fondateur historique du Parti Démocrate, Thomas Jefferson lui-même. Pour autant, si les Européens n’auront plus à subir la grossièreté appuyée de Trump, le choix fondamental du nouveau Président sera celui d'une priorité toujours donnée à l'Amérique.
America First, certes, mais toute l'Amérique et non pas seulement les cinquante États, auxquels il faut évidemment adjoindre Porto Rico et Guam, fenêtres ouvertes vers l'Amérique Latine la plus proche et vers l'Asie que le nouveau Président ne traitera jamais en ennemi stratégique. Il semble évident que cette priorité à l'Amérique signifie donc que l'Alena sera d'emblée la priorité de Washington. Avec Justin Trudeau, cela semble déjà ne poser aucun problème véritable.
Le rôle clé du Mexique
Mais derrière le paravent canadien, qui ne doit pas faire illusion, il y a la nécessité pour l'Amérique de prendre en main, en réalité, l'essentiel de la souveraineté mexicaine, en tout cas sur le plan de la lutte antidrogue. Le refus du Président mexicain, Lopez Obrador (surnommé Amlo par tout le monde), nécessite donc de Washington un mélange de fermeté et de compréhension, d'autant plus que le vote latino, de plus en plus important a été d'emblée acquis à Biden. Certes les évangéliques qui sont tout entiers, acquis au Vice-Président Mike Pence et les cubains de Miami continueront à voter pour un Parti Républicain, qui n'est pas plus raciste que certains veulent l'imaginer.
Il faut également bien comprendre que le nouveau Président Démocrate, comme l'avait fait avant lui JFK, en 1960, aura à cœur de promouvoir autour de lui des Républicains modérés, notamment Latinos et Noirs. Certes, il est probable que le Secrétaire d'État sera choisi par le Président avec le souci de voir en lui un collaborateur entièrement fidèle. Et que le Secrétaire à la Défense sera l'un de ces militaires professionnels, plutôt conservateurs, qui ont appelé sa victoire comme un soulagement nécessaire contre l'autocratie trumpienne.
Quel rôle pour Condie Rice ?
Le général Mac Master, en particulier, s'est fendu d'un livre anti-Trump "soi-disant" anonyme (que les éditions Grasset ont traduit en Français). Mais il reste que Condoleezza Rice, qui a déjà été le troisième personnage de l'État américain, a elle aussi déclaré publiquement, avant le scrutin, qu'elle était toute prête à rejoindre Joe Biden. Dans ces conditions, et compte tenu des liens biographiques étroits que Condie entretient avec tant Benyamin Netanyahu cette femme politique noire pourrait parfaitement reprendre du service, soit comme ambassadrice à l'ONU (un poste réputé gouvernemental), soit même comme envoyée personnelle du nouveau Président dans la fourmilière moyen-orientale.
Reste une dernière équation, non moins complexe à résoudre : l'OTAN. Il n'y a aucun problème à renouer avec tous les partenaires européens, moyennant les nuances que nous avons exprimées. Mais la Turquie, qui en est toujours un membre à part entière, devra être traitée à part. Il est clair que l'armée turque elle-même, qui a été piégée une première fois par Erdogan et dont tous les cadres ont été contraints à une semi-clandestinité à Istanbul et à Ankara, attendent à présent qu'on les débarrasse d'un Erdogan qui est la véritable cheville ouvrière de la confédération islamiste dont les fils se tissent depuis Istanbul jusqu'à Bakou et, depuis Bakou, jusqu'au bazar de Téhéran de plus en plus revenu de son intégrisme traditionnel mais toujours aussi turcophone à présent comme hier.
Et pendant ce temps-là Poutine s’éclipse…
Si on veut bien, enfin, ajouter à tout cela, que la direction collective véritable qui a repris le pouvoir à Moscou vient d'annoncer publiquement, pour ne lui laisser aucun choix de camouflage, la retraite pour raison de maladie de Parkinson de Vladimir Poutine lui-même, nous sommes donc bien fondés à se dire que l'élection américaine vient de déménager subrepticement, grâce à sa merveilleuse complexité, la totalité de notre planète en réalité si petite et si interconnectée.
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