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It is morning in America
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À dix jours de l’élection présidentielle américaine et après le dernier débat opposant Trump à Biden Alexandre Adler explique quel pourrait être le visage des États-Unis si l’un ou l’autre est élu, et avec qui, chacun d’entre eux gouvernerait.
Après la dernière confrontation Trump-Biden, qui grâce aux conseillers en communication des deux camps, nous a presque évité une nouvelle séance de catch dans la boue, nous cinglons à présent vers une élection présidentielle aussi étonnante que paradoxale. Mais qui, nous en avons déjà la certitude, ouvrira de toutes les manières la voie à une Amérique complètement transformée. Aujourd’hui, plus modestement, nous voudrions tout simplement évoquer pour nos lecteurs les deux hypothèses encore théoriquement possibles d’une victoire de Trump, ou de celle (il est vrai de plus en plus probable au regard des sondages) de Joe Biden.
Commençons tout de suite par l’hypothèse d’un redressement de dernière minute de Trump et finalement d’une abstention plus importante que prévu de tout l’électorat rebelle d’extrême gauche. Ce dernier ne se déplacerait tout de même pas en faveur de Biden. Dans cette hypothèse qui rappelle étonnamment la remarquable réélection de Richard Nixon, Trump devrait immédiatement, subir les assauts furibonds de ses nombreux ennemis et la trahison de ses rares amis militaires qui le laisseraient couler sans faire le moindre geste en sa faveur. Or, on le sait parce que cela n’a rien de caché, le couple Ivanka et Jared Kushner (sa fille et son gendre préféré) ont déjà préparé de longue date un plan qui restitue au Président la pleine jouissance de ses entreprises de construction.
L’exemple de Nixon avec Kissinger
Par ailleurs chacun sait que le mandat de gestion de Kushner sur la question du Moyen-Orient et d’Israël lui donnera exactement la place qui fut celle de Kissinger – interlocuteur privilégié de Mao sous Nixon. Et, on le sait, Kissinger survécut sans problème à Nixon défendant la politique iranienne du Shah ou la politique chinoise de Mao contre toute la vraie droite conservatrice, très exactement comme Mike Pence tentera lui aussi de se faire l’avocat permanent de la droite évangélique.
Et là, nous devrions tout de suite envisager beaucoup plus facilement l’hypothèse Biden, car elle est de plus en plus confirmée par la véritable nuée de sondages qui s’abattent actuellement, jusqu’à leur clôture constitutionnelle dans quelques jours. Ici, la politique-fiction et la propagande déchaînée de Trump ne doivent pas servir à nous leurrer. Il existe des arguments contre-intuitifs très importants. On se rappelle que Kennedy, qui était loin d’être un président faible lui-même, avait tout de suite assigné un pouvoir au plus haut niveau possible à un Républicain (certes progressiste mais qui n’était en rien un de ses électeurs) Dean Rask, haut membre de l’armée.
Condie Rice aux côtés de Joe Biden
À la tête du Pentagone, Rask servit loyalement Kennedy, notamment pendant la crise décisive de Cuba. Aujourd’hui, ma grande amie Condoleezza Rice, qui avait manifesté la même loyauté envers George W. Bush tout en lui évitant une nouvelle confrontation inutile avec l’Iran, a déjà déclaré publiquement qu’elle serait prête à servir Joe Biden sans pour autant abandonner formellement son inscription au parti républicain ni se désavouer le moins du monde pour son amitié, vieille de quarante ans, avec le Premier Ministre d’Israël Bibi Netanyahou.
Il va de soi que si Condie (comme l’appellent tous ses amis) redevient secrétaire d’État, c’est-à-dire le troisième personnage officiel de l’État et le chef d’une diplomatie continentale, elle jouira dans la présidence d’emblée pluraliste de Biden d’un mandat de gestion très large, et plus centriste dans ses analyses fondamentales, que toute l’excitation militante démocrate. Mais précisément pour cette raison, Biden (qui aura déjà une vice-présidente noire, mais aussi partiellement indienne) aura à cœur de conjurer le climat de guerre civile dont il hérite.
Le début d’une aurore encore un peu maussade
Et le retour de Condie, plus anticonformiste que jamais, mais également plus pro-israélienne que personne, représente la manne rêvée pour un Biden qui souhaite avant tout laisser à la postérité une bien meilleure image que celle dont il hérite de sa vice-présidence des huit années de Barack Obama. En somme, comme le disait le regretté Ronald Reagan : "It is morning in America". Disons plutôt c’est peut-être, à la fin de la crise du Covid, le début d’une aurore peut-être encore un peu maussade, sur l’Amérique et sur le monde. Et espérons-le sans mesquinerie, la fin presque honorable d’un Donald Trump dont le pragmatisme, nous a évité les bêtises les plus flagrantes.
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