WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques /

Chroniques

Chronique
Comment Poutine a été mis sous tutelle
par

Pendant que l’Amérique retient son souffle en attendant de savoir qui dirigera les États-Unis au cours des quatre années à venir, la Russie qui a étendu il y a quelques mois la durée du mandat présidentiel de Poutine, semble opter pour une direction collégiale. Où le Chef suprême des armées, Sergueï Choïgou occupe un rôle primordial.

10/10/2020 - 09:30 Temps Lecture 5 mn.

 

Si l’opinion mondiale retient son souffle en scrutant l’étonnante élection présidentielle américaine, les surprises ébouriffantes ne sont pas limitées à Washington et à l’Amérique. La Russie – et la démonstration serait tout aussi probante avec la Chine ou Israël – connaît elle aussi une période importante dans l’évolution du pouvoir. Certes, le suspense y est bien moindre, dans la mesure où il y existe un consensus pour ne pas faire perdre la face au président Poutine. Mais cela ne signifie nullement que Poutine dispose toujours du même mandat de gestion, que ce soit pour sa politique extérieure ou sa politique intérieure. Disons les choses clairement : Poutine n’est plus le pilote aux commandes de l’avion. Toute une série de copilotes sont déjà en place pour gérer de grandes décisions au jour le jour. Décisions que l’on veut lui soustraire à présent, par crainte de sa nature tout à la fois impulsive, imprévisible et, pour tout dire, contestable.

Il ne s’agit pas ici d’une spéculation hasardeuse. L’observation du sort d’Alexeï Navalny, de son exfiltration avec l’assentiment des services secrets russes aux soins administrés par les services secrets allemands du BND, le confirment. Un groupe de dirigeants russes de premier plan a décidé de mettre en échec Poutine et de rechercher une entente suffisante avec Angela Merkel. Tout cela pour ouvrir des relations bien améliorées tant avec l’Allemagne qu’avec la France, dont à l’évidence les nouveaux et véritables patrons de la politique russe souhaitent la coopération et l’assentiment.

 

Cet inconnu si puissant dénommé Choïgou

 

Derrière cet immense changement, il y a aussi le véritable tremblement de terre intervenu à la tête de l’appareil de défense et de sécurité de la Russie. Or, nous connaissons parfaitement - les journalistes et reporters l’ont déjà filmé à maintes reprises - le nouveau grand patron de l’armée russe. Il s’agit de Sergueï Choïgou qui, étonnamment, n’est pas ethniquement russe. Originaire d’Oulam-Oudé, l’actuel ministre de la Défense appartient à la minorité bouriate, une subdivision russe du peuple mongol.

Cela n’est pas sans rappeler une sorte de fantôme de Gengis Khan aux Russes. Les choses n’en restent pas là : les Bouriates, à l’image de leurs proches cousins de Mongolie – pays qui a longtemps été un protectorat russe - ont conservé beaucoup plus de sympathie pour Moscou que pour Pékin. En Chine, la politique assimilationniste et colonisatrice de l’État a considérablement réduit leur identité nationale. Aussi, cherchent-ils le secours des Mongols de Mongolie et de Russie dont Choïgou est le héros national incontesté. Il s’agit là d’une répétition historique incontestée. Lorsque Youri Andropov se fut convaincu de prendre le pouvoir au groupe brejnévien, il se tourna naturellement vers un proche ami d’Azerbaïdjan, Haïdar Aliev, pour en faire son numéro deux et premier ministre.

 

Moscou n’est plus dans Moscou

 

Aujourd’hui, la direction collective russe fait de la même manière appel à un représentant des minorités nationales pour établir ses distances avec un partenaire chinois devenu trop encombrant. Mais aussi avec un chef tutélaire juif, Benjamin Netanyahou, avec qui Vladimir Poutine ne parvient à cacher sa très grande fraternité. Ce qui pourrait, à terme, devenir quelque peu embarrassant alors que la Russie a besoin d’indiquer qu’elle redevient vraiment indépendante, dans tous les azimuts.

Et là c’est donc Choïgou qui devient le patron de tout l’appareil de défense. Mais aussi nécessairement des successeurs du KGB en Russie même. Rome n’est plus dans Rome, ainsi que Corneille le faisait dire mais à Sertorius. De la même manière, Moscou n’est plus dans Moscou. Et le centre de gravité de la nouvelle stratégie russe se situe vers l’extrême orient russe et ses dépendances naturelles. Y compris des liens très directs avec le Dalaï-lama dont le siège officiel demeure à Dharamsala, sur les contreforts himalayens.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique /

Chronique / Les États-Unis au pied du mur

03/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’audace réfléchie d’Emmanuel Macron face à Erdögan

19/09/2020 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / Faux débat

08/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Les États-Unis au pied du mur

03/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’audace réfléchie d’Emmanuel Macron face à Erdögan

19/09/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Des mystères turcs à l’explosion de Beyrouth

05/09/2020 - 09:30

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / Cet été ou le bonheur de lire

08/08/2020 - 10:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / L’Europe de Miraculix

21/07/2020 - 10:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Quand la diplomatie économique fait du bruit

15/07/2020 - 08:45