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Les États-Unis au pied du mur
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La confrontation entre les deux candidats les plus faibles de l’histoire politique américaine, Joe Biden et Donald Trump, pourrait bien forcer l’Amérique à se ressaisir et à rechercher la voie d’un nouveau rebond au sein de l’Alena.
Une fois n’est pas coutume, je commencerai cette chronique par la fin et par une autocritique sérieuse que je dois à nos lecteurs. Par la fin car j’affectionne particulièrement la célèbre citation de Hegel "bien joué vieille taupe" afin d’évoquer les ruses de la raison qui finissent par rendre concrète les intuitions les plus surprenantes que livre le récit historique. En l’occurrence, j’ai longtemps pensé que cette élection américaine finirait par nous livrer un coup de théâtre spectaculaire sous la forme d’une candidature très surprise d’un "dark horse" venant libérer les électeurs d’un choix dont ils ne voulaient plus. Choix entre un Donald Trump discrédité et un Joe Biden, fidèle et conformiste adjoint de Barack Obama. Or, à la fin, il n’y a eu aucun "dark horse".
Michaël Bloomberg, malgré ses évidentes qualités personnelles et son emprise sur l’électorat New Yorkais a renoncé, sans doute sous l’impact d’un quelconque scandale personnel que nous ne connaissons toujours pas. Condoleezza Rice, l’ancienne et hyper-loyale Secrétaire d’État de George. W. Bush, a aussi renoncé à se présenter. Pourtant, l’opinion modérée républicaine et démocrate aurait fait un boulevard à cette magnifique intellectuelle noire dont la famille s’était liée à celle de Netanyahu dès ses années de naissance dans le Colorado. Il y avait même la possibilité que Nicky Alley, ancienne gouverneure de l’État autrefois conservateur et ségrégationniste de la Caroline du Sud finisse par présenter une candidature surprise dont l’Amérique aurait bien besoin en matière de réconciliation raciale.
Vers une transition heurtée
Mais une forme de bon sens étrange a préféré les deux candidatures infiniment faibles, pour des raisons ici divergentes, de Trump et de Biden. Pourquoi cette solution est-elle, en définitive, la meilleure ? Commençons par l’hypothèse d’une victoire au finish de Joe Biden. Dans ce cas, un électorat anti-Trump écœuré aura choisi un nouveau président que tout le monde sait faible, âgé, et dépourvu du moindre programme positif. Mais la même hypothèse fonctionnera dans le cas de Donald Trump : tout le monde est bien conscient des graves manquements du président sortant. Dans ce cas, nous assisterions sans doute à une véritable procédure d’impeachment car les colères accumulées contre le président ne l’abandonneront plus.
Certes, d’habiles fiscalistes se sont arrangés pour rendre légale l’absence totale d’impôt dont le président s’est acquitté au cours des dix dernières années. Mais l’opinion ne pardonnera jamais ce dernier pied de nez dans une Amérique où les impôts sont faibles mais rigoureusement exigibles. Sans parler des bourdes monstrueuses de Donald Trump en matière de lutte contre le Covid. Et rien ne dit que la nouvelle juge de la Cour Suprême qui succède à Ruth Baader Ginzburg se montrera plus coulante. Bref, les conditions d’une transition très heurtée pour Donald Trump sont déjà bien présentes.
Un futur Président sans poids réel
Une mutation géopolitique, irréversible et articulée dans ses grandes articulations par Donald Trump, est toutefois en cours. Elle concerne la priorité stratégique de réaliser une unité à la fois économique et politique des membres de l’Alena. La solution, qui ne viendra que par étapes, est l’extension au Canada et au Mexique d’une dollarisation déjà effective dans la réalité et d’un système de sécurité, notamment en matière de lutte contre la drogue et la corruption, à caractère panaméricain. Mais on connait le célèbre adage aux origines de la révolution américaine : "no taxation without representation". En clair, dans cette configuration, le président des États-Unis aura beaucoup moins de poids qu’un secrétaire d’État en charge de toute la diplomatie régionale ou qu’un président de la réserve fédérale en charge de la gestion quotidienne d’un dollar. Ou même qu’une Cour Suprême dont la jurisprudence ne pourra progressivement que s’imposer.
Et c’est là qu’au moins plusieurs figures distinctes apparaîtront dans le nouveau firmament politique – certaines ne provenant nécessairement pas des États-Unis – et qui s’imposeront à cette nouvelle entité nord-américaine dont la possible réélection de Trump où la non moins possible élection de Biden annonceront l’aurore d’une ère nouvelle. Le symétrique se rencontrera d’ailleurs inévitablement chez le voisin et rival chinois.
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