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La Chine triomphe en silence
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Selon le FMI la Chine s’en sort très bien de cette année perturbée et elle pourrait annoncer l’an prochain une croissance de plus de 8 %. Mais elle n’en a pas terminé avec les problèmes posés par ses minorités et par Hong-Kong, ainsi que l’explique Alexandre Adler.
La Chine est la grande triomphatrice, sans la moindre ambiguïté, de la conjoncture actuelle. Certes, on ne saura jamais le bilan réel de la pandémie, et du reste personne, dans la montée pourtant de plus en plus constatable d'une sorte d'opinion publique nationale, ne la demande, ou du moins pas encore, même dans la toujours rebelle Hong Kong à un pouvoir impérial restauré par Xi Jinping. Car il est très profondément ancré, non pas dans quelque tradition communiste récente, mais tout simplement dans l'épaisseur de l'histoire chinoise millénaire.
De même, demeure profondément installée une capacité plus que stoïcienne d'encaisser la souffrance d'une nation qui sort tout juste, à la seconde près, d'une culture paysanne attend de chacun, là où la mémoire collective a toujours enregistré inondations catastrophiques, épidémies quasi génocidaires et coups de tabac imprévus. Des événements qui provoquaient instantanément la famine et créaient, sauf chez les musulmans de l'Empire, la culture inverse de la nôtre, où il devient interdit d'interdire et tout doit se manger sans faire d'histoires, y compris le célèbre pangolin, pour ne pas parler des vers à soie et autres reptiles parfaitement comestibles.
Trois bémols à la clé
Certes, une nouvelle génération qui n'a plus peur de toutes ces calamités ancestrales va maintenant exiger une circulation mondialisée des produits alimentaires et médicaux. Et elle impose déjà en guise de rétablissement des examens mandarinaux, qui expriment la croyance confucéenne la plus profonde dans les vertus du savoir émancipateur, un passage souvent très long (mais de moins en moins) par des cursus universitaires occidentaux. Lesquels incluent même notre pays où pour des raisons historiques et éthiques nos partenaires chinois préfèrent de beaucoup la Lyon industrieuse du défunt Raymond Barre à l'effervescence de Paris. C'est ainsi que la Chine de demain ne manifestera plus sa capacité d'encaisser les coups qui en fait aujourd'hui la grande triomphatrice apparente de la période post-Covid qui s'ouvre à présent.
A ces considérations, toujours valables, il nous faut toutefois objecter trois nuances, trois véritables bémols qui méritent d’être intégrés dans un raisonnement global. Premièrement, la Chine a encore fort à faire avec ses voisins immédiats non Chinois, bien que déjà inclus dans son système politique. Les Musulmans ouighours et surtout kazakhs du Xinjiang sont toujours vents debout contre Pékin et les Hans. De surcroît, ils ont pris l'habitude très chinoise, de ne jamais revendiquer les attentats séparatistes qu'ils perpètrent néanmoins avec une intensité croissante que ne camoufle à peine que la censure politique.
Les épines du Tibet et de la Mongolie
Deuxièmement, les Tibétains sont certes plus discrets et parfois plus pragmatiques ; mais leur nationalisme intransigeant n'en a pas moins métastasé par identité religieuse bouddhiste sur leurs cousins mongols de la République Populaire, ainsi que sur ceux, formés si longtemps à l'école soviétique, de la Mongolie indépendante d'Oulan-Bator. De surcroît, la nomination à la tête de tout l'appareil militaire russe, du géant Mongol Chouïgou, lequel a toujours élu résidence dans sa capitale "russe" de Oulan-Oudé ne peut que ravir le Dalaï-Lama dont, rappelons-le, l'éducation de jeunesse fut assurée par un grand dignitaire bouddhiste mongol, le légendaire Hutuktu dont la ferveur influençait jusqu'à la minorité bouddhiste kalmyk de la lointaine vallée de la Volga. C'est bien sûr la raison pour laquelle l'actuel Dalaï Lama, encore dans son exil indien, auquel il donne maintenant le second plan par rapport à la Californie et à la Dordogne m'avait offert un cendrier de l'Aéroflot si je désirais fumer en sa présence. Bref, la Chine n'a pas fini ses migraines associées tibéto-mongoles.
Hong-Kong et sa forte diaspora
Enfin, conformément aux enseignements stratégiques du grand Sun Tsu, les opposants - notamment à Hong Kong - du pouvoir central ont appris à se camoufler et à se rendre méconnaissables en exportant le savoir-faire toujours indispensable de droit commercial et de contrats non révocables, propres à Hong-Kong... dans le monde entier. Le savoir de Hong-Kong est maintenant inatteignable chez ses anciens ressortissants que l'on retrouve, tranquilles et parfaitement connaissables, en Australie, au Canada où ils ont déjà fourni la première Gouverneure Générale d'origine chinoise et francophone, et bien entendu à Londres qui devient aussi la vraie capitale financière d'une diaspora originaire de Chine du Sud entièrement bilingue et beaucoup plus britannique qu’américaine par ses inclinaisons culturelles et juridiques. Bref, même à l'apogée de son triomphe apparent, la Chine demeure bien loin d'être toute puissante.
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