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Et pendant ce temps-là en Russie…
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Alors que Donald Trump se refuse à reconnaître sa défaite et continue à gouverner par décrets au lieu d’expédier les affaires courantes, les regards se tournent vers la Russie où la mise à la retraite anticipée de Vladimir Poutine, pour cause de maladie de Parkinson, se précise de manière presque officielle.
Après les mouvements tortueux et pas toujours faciles à décrypter liés à Donald Trump et aux coulisses de Washington, la descente que je vous propose maintenant représente, pour un cycliste, l’équivalent d’une échappée en plaine avec un terrain bien dégagé et qui - paradoxe des paradoxes - est bien plus facile à comprendre depuis Moscou pourtant capitale incontestée "du pays du mensonge déconcertant".
Poutine s’en va. Il l’a dit très officiellement, en organisant une retraite pour raisons de santé tout à fait officielle, puisqu’il souffre, comme le Pape Jean-Paul II en son temps, d’une maladie de Parkinson, sans doute avec des crises imprévisibles et assez sévères. Dans le cas de l’ancien Souverain Pontife, la planète avait dû s’accommoder d’un pouvoir important qui peut toujours dissimuler un impératif de santé pour le gérer de manière optimale, avec la complicité et l’entourage des proches et des médias. À l’inverse, si Vladimir Poutine a décidé de communiquer sur sa maladie et de donner une date de sa retraite quelque part à la fin du mois de janvier 2021, c’est donc qu’il y a été contraint par l’amicale pression de ses amis.
L’empoisonnement de Navalny : un complot
Mais il y a beaucoup mieux pour me conforter dans mon analyse : c’est l’étrange décision de son principal opposant, Navalny. Que son empoisonnement ait voulu sonner comme un nouvel avertissement mafieux, ou que les doses n’aient pas été adéquates pour un meurtre pur et simple, il est certain qu’un groupe bien déterminé a pris sur lui, en défiant évidemment l’autorité de Poutine, pour faire sortir le malheureux, et le faire soigner en Allemagne. C’est ainsi, que sans la prudence qu’aurait observée un meilleur ami de la Russie, comme Schröder, Angela Merkel a tout de suite mis le scandale sur la table pour embarrasser Poutine au maximum.
De là, mon hypothèse, parfaitement possible d’imaginer que l’empoisonnement criminel de Navalny n’ait pas pour auteur un Poutine, rassuré sur son pouvoir, bien à tort, et totalement préoccupé de son idylle récente avec Bibi Netanyahu - avec lequel il discute tous les jours de la situation au Moyen-Orient - et de leur avenir difficile, qui les rapprochent encore sur le plan humain. Si donc un véritable complot a conduit à cette série de coïncidences qui finissent par ne plus en être, cela veut dire qu’un groupe de personnes résolues à Moscou a choisi néanmoins les grands moyens.
Un pouvoir collégial autour de Chouïgou
Et l’autre conséquence imparable, c’est que la succession politique de Poutine est désormais ouverte. Car ici, s’applique la double règle canonique qu’à la mort de Staline tous ses successeurs se sont vus infliger : il y a toujours un numéro un pour que les apparences de l’autocratie demeurent toujours sauves, mais en même temps lorsqu’une décision véritablement épineuse (les missiles à Cuba, le défi des Euromissiles, la suppression de l’Allemagne de l’Est, le maintien d’un appui naval à Bachar El Assad en Syrie) se trouve en débat, le numéro un n’est jamais seul ; on applique alors le principe de la "krougouvaïa porouka", ou en Français de la concertation du cercle du village. Une sorte de palabre qui ne réunit qu’un tout petit nombre de responsables, et pas nécessairement les institutionnels que l’on imagine.
Aujourd’hui, le chef de tous les pouvoirs militaires, y compris le renseignement - le GRU - n’est autre que cet extraordinaire géant mongol Chouïgou. Mais on sait aussi que l’actuel doyen du corps diplomatique et ancien ministre de la Culture qui s’opposa à Poutine, Alexandre Avdeiev, pilote depuis son ambassade Vaticane à Rome, et en consultation avec toutes les Églises d’Orient, et notamment le Patriarche maronite du Liban ainsi que le Patriarche orthodoxe de Syrie à Damas, toute la politique d’Alliance de l’Arabie post-Saoudite. Il est évident que Poutine demeure partie prenante, même en instance de retraite de cette consultation d’autant que ses collègues, sur ce point sont tous d’accord, bien plus que ne l’était l’actuel Ministre des Affaires étrangères Piotr Lavrov, Arménien patriote inconditionnel comme l’était le regretté Charles Aznavour et qui a déjà annoncé, lui aussi, son imminente retraite pour se retrouver… à New York où il a déjà acquis un nouvel appartement.
Des questions sur la périphérie de la Russie
Décidément, mais à la condition de repérer des informations, qui semblent tellement sidérantes qu’on finit par ne plus les voir, alors qu’elles sont visibles à l’œil nu, on peut avancer sans crainte que la situation en Russie ne présente vraiment aucun mystère majeur. Les questions véritables ont bien plutôt trait à l’avenir géopolitique de toute l’immense périphérie de l’ancien empire, depuis la Biélorussie du très branlant Loukachenko jusqu’à la Mongolie si lointaine, aujourd’hui vassale depuis son fief d’Oulan-Oude de Chouïgou, en passant par les insurrections islamistes du Caucase et d’Ouzbékistan où les anciennes républiques sœurs font actuellement, les unes après les autres - la Géorgie en tête - acte d’allégeance à Moscou. Tout cela, pendant que le seul allié fidèle qui restait à la Russie, l’Arménie, par rejet viscéral tant de Bakou que de Tachkent, songe de plus en plus à retrouver des marges d’indépendance face à une Russie qui l’a finalement abandonnée dans son solo violent contre l’Azerbaïdjan lui-même jalousement préservé par Israël et qui retrouve avec le fils du grand Haïdar Aliev les vieilles connexions russes. À condition de ne pas perdre la mémoire, tout ceci, à la vérité, est donc parfaitement compréhensible.
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