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Chroniques / Bernard Spitz

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Bernard Spitz

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Deal or no deal ?
par Bernard Spitz

À force de parler de la pandémie, on en aurait presque oublié le Brexit. Or si le Brexit politique est en œuvre depuis le 1er janvier 2020, le Brexit « économique » entrera en application le 1er janvier 2021. Dans un mois, plus rien ne sera comme avant. Boris Johnson avait fixé le 15 octobre comme date butoir. Elle est dépassée depuis longtemps. Alors, Deal ou no Deal ?

30/11/2020 - 09:30 Temps Lecture 8 mn.

 

"Deal or no deal ?" c’était un jeu télévisé américain d’origine européenne puisqu’initié par Endemol, qui fut diffusé en France dans les années 2000 sous le titre : "A prendre ou à laisser". Il continue aujourd’hui, en étant présenté par… Cyril Hanouna. Nous en sommes au même point s’agissant de la négociation sur le Brexit qui se poursuit donc, mais avec cette fois comme animateur… Boris Johnson.

Le Premier ministre britannique connaît le prix économique de la boîte du no deal, mais il sait aussi qu’il y aurait un prix politique à payer en cas de deal, vis-à-vis des Brexiters de son parti. Comment pour lui, rester dans ces conditions, fidèle à son slogan du "take back control" … ?

Trois points durs subsistent. Toujours les mêmes. Le premier, c’est la pêche. Les eaux britanniques seront-elles fermées aux pêcheurs européens et de ce fait les eaux françaises deviendront-elles le terrain de repli des Danois, Irlandais, Belges, Néerlandais et Espagnols ?

Le second c’est le level playing field, entre l’Union Européenne et le nouveau Singapour européen qu’aspire à devenir le Royaume-Uni. Comment éviter que se fausse ainsi la concurrence ?

Troisième point dur : la gouvernance de l’accord : en cas de conflit commercial ultérieur entre Britanniques et Européens, qui tranchera ?

 

Un enjeu commercial très important

 

Le premier point, celui relatif aux pêcheurs, est le plus modeste dans ses enjeux économiques mais il est très important dans sa dimension politique. Il n’y a pas que les marins français qui sont concernés. C’est par exemple toute l’économie des villes côtières à l’ouest du Danemark qui est en jeu. Enjeu similaire en Irlande, en Belgique et aux Pays Bas où il va y avoir des élections en mars. Aucun pays n’a envie dans le contexte sanitaire et social actuel de déclencher une fronde venant d’une partie de la population, surtout quand celle-ci est particulièrement soudée et combative.

Pour la France, l’enjeu commercial global est important. Avec 33,6 milliards d’euros d’exportations et 21,1 milliards d’euros d’importations, le Royaume-Uni était en 2019 notre sixième client, et notre septième fournisseur. La France c’est 13 % de part de marché, derrière l’Allemagne (27,5 %), la Chine (20 %), les US (19,6 %). Il n’y a pas que nous à faire nos calculs. Le Royaume-Uni est le cinquième partenaire économique de l’Allemagne. 2 000 entreprises allemandes emploient 500 000 salariés outre-Manche. Le Royaume Uni est le quatrième client des Pays Bas et de la Belgique. L’Espagne est le pays qui accueille le plus de citoyens britanniques, dont beaucoup de retraités.

 

120 000 entreprises françaises dans l’attente

 

Et puis il y a l’Irlande, pour laquelle les enjeux sont encore plus élevés. Le Royaume-Uni vend en Irlande plus qu’en Chine, au Brésil et en Inde réunis. Quant à la dimension politique, elle l’emporte sur la dimension commerciale : car le Brexit intervient après vingt ans d’une paix que beaucoup considèrent comme toujours fragile et il remet en question le sujet capital de la frontière entre les deux Irlande.

Environ 120 000 entreprises françaises exportent et/ou importent au Royaume-Uni dans les secteurs les plus variés : aéronautique, automobile, agroalimentaire, chimie, textile, cosmétiques. Mais 25 % n’ont pas d’expérience d’échanges commerciaux en dehors de l’Union. Or cela sera le cas avec ou sans accord dès janvier. Quelque 4 000 filiales d’entreprises françaises opèrent outre-Manche. C’est dire que l’effort d’adaptation va porter pour toutes les entreprises de l’Union dans tous les domaines.

 

Le sujet des flux de marchandises

 

Les tarifs douaniers seront bien sûr le sujet numéro un. C’est sans doute le plus simple. Plus complexes seront les questions de personnes à gérer : le statut des conducteurs, les collaborateurs détachés ou les employés au Royaume-Uni et réciproquement, toutes les contraintes en matière de voyage… Les casse-tête à venir concernent la multiplicité des détails concrets : de l’étiquetage aux transferts de données, de la certification des produits aux normes phytosanitaires, etc…

Enfin, il va y avoir le sujet des flux de marchandises. Environ 80 % du total transporté entre le Royaume-Uni et l'Europe continentale passe par l'un des 9 points d'entrée situés sur les côtes françaises, notamment Calais, Dunkerque et Le Havre. Eurotunnel, c’est 4 500 poids lourds par jour. La question logistique entre contrôle, formalités administratives, conservation des produits et gestion des goulots d’étranglement matériels promet de sérieuses difficultés.

 

Le Parlement européen est prêt à siéger à Noël

 

Au total, tout le monde a intérêt à trouver un deal : les membres de l’Union comme les Britanniques eux-mêmes. Les Européens, c’est le plus rassérénant à cet égard, sont apparus unis, évitant de saisir la perche que les Britanniques ne cessent de leur tendre pour obtenir des accords bilatéraux qui les désolidarisaient entre eux. Les membres de l’Union le disent tous à leur manière : "un accord oui, mais pas à n’importe quel prix" Nous ne sommes pas au pays du "quoi qu’il en coûte". Et tous font confiance à Michel Barnier qui était à Londres ce week-end. En outre, l’élection de Joe Biden fait perdre à Boris Johnson un potentiel allié dans une stratégie d’alliance commerciale agressive vis-à-vis de ses anciens partenaires. C’est la raison pour laquelle on peut garder un certain optimisme sur la capacité de parvenir encore à un accord en décembre.

Le temps court, c’est vrai. Mais tant que le texte qui fait pour l’instant pas moins de 600 pages n’a à être adopté qu’au Parlement européen et à la Chambre des communes, on pourrait aller vite. Le Parlement européen est prêt à siéger à Noël s’il le faut pour ratifier un éventuel accord qui doit aussi être validé par le Parlement britannique. Le grain de sable serait que par la volonté de certains, on doive soumettre tout ou partie du texte à l’ensemble des parlements nationaux. Ce qui voudrait dire : les lire, les discuter, les voter ; et avant tout les traduire. Il faudra pour cela appeler de l’intelligence artificielle à la rescousse. Le plus probable est que le marché de la traduction connaîtra alors un boom à Noël dans toutes les langues de l’Union.

Alors Deal ou no Deal ? Heureux présage : le jeu "A prendre ou à laisser" est diffusé en France juste après "C que du Kif".

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