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Tout s’éclaircit dans l’Orient compliqué
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Alors que le Premier Ministre Israélien a fait une visite éclair, mais symbolique, il y a quelques jours en Arabie saoudite, les lignes bougent de tous côtés entre Israël et ses voisins, mais aussi sur la question palestinienne. Alexandre Adler décrypte les changements intervenus au Proche-Orient tout récemment.
Dans l'apparent imbroglio de la scène moyen-orientale, tout commence à se simplifier, et même tout commence à devenir clair, si toutefois on accepte sérieusement le caractère "contre-intuitif" de l'ensemble du problème et si l'on consent à bien comprendre que la nature des choses devient le contraire de ce qu'on avait jusqu'à présent pensé.
Le primat de l’Arabie saoudite
Première évidence contre-intuitive : c'est l'Arabie, post-Saoudite, qui mène aujourd'hui le train de plus en plus accéléré de la réintégration de l'État d'Israël, au cœur du nouveau Moyen-Orient. Seule l'Arabie, est le Royaume des Trois Lieux Saints, lesquels sont bien sûr : La Mecque puis Médine, mais le troisième Jérusalem sous la forme de la Mosquée al-Aqsa, la mosquée lointaine mais aussi interdite. C'est l'Arabie donc qui dispose de la seule autorité incontestable pour statuer sur le sort de l'État hébreu. Certes, les différents alliés du Golfe persique, tout particulièrement les Émirats qui disposent aujourd'hui d'autant de liquidités que l'Arabie, et leurs proches alliés Koweït et omanais peuvent faire figure d'avant-garde en entretenant des relations diplomatiques avec Israël qui ont servi à établir les bases d'une nouvelle alliance militaire, mais surtout technologique.
La Jordanie, alliée nécessaire
Deuxième évidence contre-intuitive : le relâchement de la pression politique que subissait en permanence le Royaume de Jordanie permet paradoxalement à la dynastie Hachémite qui utilise Amman comme seul refuge inexpugnable, grâce à la protection permanente des services secrets israéliens, pour devenir de facto le véritable État palestinien en gestation. Dès lors, l'écrasante majorité palestinienne, à Amman, permet au Royaume, permet aujourd'hui l'expression des différentes populations palestiniennes. Il s'agit de Gaza sous l'autorité du Hamas, les Territoires administrés par Israël en cohabitation avec l'Autorité palestinienne, les Palestiniens de Jérusalem annexée à l'État d'Israël mais administrée depuis la proche banlieue de celui-ci à Abou Dis par Abu Mazen et son éventuel successeur, ainsi que tous les territoires encore placés sous l'administration militaire de Tsahal.
La question des frontières de 1948
Est-ce à dire que les dirigeants d'Israël seraient assez fous pour annexer à leur État une minorité palestinienne qui deviendrait très vite la majorité du nouvel État binational ? Évidemment pas. Mais dans l'esprit de Netanyahu et des chefs militaires qui contrôlent entièrement le parti de gauche "Bleu et Blanc", il faut d'abord que l'État hébreu finisse par négocier, y compris en cédant une partie du territoire israélien de 1948 au nouvel État palestinien en gestation que l'on devrait d'ailleurs, par symétrie avec Israël, intituler l'État d'Ismaël. Mais avant cela, le tracé de la frontière sera unilatéral et négocié avec la seule Arabie qui en a la pure légitimité du point de vue de la Charia, en tant qu'administratrice des Lieux Saints et donc de la Vieille Ville de Jérusalem, au côté des représentants qualifiés de la Chrétienté et du Judaïsme.
L’Égypte, clé d’un règlement global
Troisième contre-évidence, non moins frappante : la présence de l'Égypte dans tout règlement global est absolument incontournable. Elle l'est tout d'abord parce que grâce au geste prophétique de Sadate, en son temps, l'Égypte n'a jamais cessé de reconnaître diplomatiquement l'État d'Israël, bien avant tous les autres États arabes avec le seul soutien du Sultan Kabous d'Oman et l'encouragement du Royaume du Maroc. De la même façon aujourd'hui, il est naturel que l'Égypte soit l'interlocuteur privilégié de tous les modérés palestiniens. Or, après le terrible épisode de la prise de pouvoir au Caire par la confrérie des Frères musulmans, bien vite chassés fort heureusement par le courageux Maréchal Sissi, c'est en Égypte que viendra la solution acceptable du rétablissement d'un protectorat du Caire organisé discrètement avec l'Autorité palestinienne et le Hamas. Bref, l'Égypte et ses immenses ressources agricoles et énergétiques sont à portée de Gaza, pour peu que Le Caire soit capable de respecter une certaine forme d'indépendance à l'enclave palestinienne qui, de concert avec la Jordanie, exprime déjà les évidentes promesses du futur "État d'Ismaël".
Autrement dit, tous les problèmes qui semblaient véritablement insurmontables nous donnent aujourd'hui le sentiment vertigineux de devenir autant de solutions tout à fait viables.
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