WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

Chronique
Bella Ciao
par Bernard Spitz

Au moment où l’Europe s’apprête à vivre un Noël confiné, la relation avec chacun de nos voisins et partenaires compte. Bye Bye UK le 31 décembre, avec ou sans deal. Le dialogue franco-allemand restera central, alors que s’achève la présidence allemande de l’Union. La solidarité latine doit elle aussi être consolidée avec une attention toute particulière à porter à notre relation avec l’Italie.

21/12/2020 - 10:00 Temps Lecture 14 mn.

 

Toute crise a pour effet d’accentuer les forces et les faiblesses. C’est vrai des organisations, des entreprises, des personnes, des pays. Pour la France et l’Italie notamment, la Covid 19 est un test de résilience fondamental.

Les deux pays partagent un nombre de décès dû à la pandémie parmi les plus élevés du monde occidental. La croissance y a subi un sérieux revers qu’un bon troisième trimestre n’a pas permis de compenser. Le recul économique face à l’Allemagne promet des lendemains compétitifs difficiles pour les entreprises, même si la souplesse de l’appareil productif du nord de l’Italie lui permet d’espérer être tiré par la dynamique commerciale allemande. Le tourisme, important dans nos écosystèmes, est très affecté et les emplois qu’il génère ne sont guère substituables. Sur le plan social, les jeunes des deux pays sont pénalisés dans leurs études, leur accès au marché du travail, leur envie de voyager, leur vie sociale. Ces jeunes à qui l’on demandera en plus de rembourser la dette qui s’accroît sans cesse.

 

Un monde post-covid dur pour l’Europe

 


Le paysage d’après Covid qui se dessine ne sera pas facile pour nos deux pays, notamment à l’extérieur de l’Europe. Il y a toujours sur notre continent une dispersion des forces qui nous place en situation d’infériorité. Le simple exemple des réseaux, qu’il soit dans les domaines de l’énergie ou des télécommunications symbolise notre faiblesse. Il en va de même en matière de nouvelles technologies : pas un seul rival des GAFAM en Europe, et un ensemble de secteurs d’avenir digitaux en matière de gestion des données, de confection des normes de systèmes de notation qui sont dominés par des non européens. La compétition et la souveraineté se joueront pourtant sur notre capacité technologique, commerciale et politique à maîtriser en amont et en aval la chaîne de valeur.


Nos entreprises seront ainsi confrontées à la dynamique asiatique, singulièrement à celle recouvrée de la Chine. 2020 aura marqué l’accélération du basculement du centre de gravité économique du monde vers l’Asie. C’est de là qu’est partie la crise, c’est là aussi qu’elle a été vaincue le plus vite. À Pékin, d’abord, à l’appui d’un régime autoritaire et efficace ; à Taïwan aussi, dont la population est la moitié de la nôtre ; en Corée du Sud grâce à un mélange démocratique de haute technologie conduite par le secteur privé et de réactivité sociale gérée par les autorités publiques ; au Japon aussi, peu touché, qui attend ses Jeux Olympiques. L’histoire économique du siècle à venir retiendra de 2020 ce mouvement de bascule, qui laisse les Européens encore indifférents, comme s’ils n’arrivaient pas à admettre que le monde ne se lit plus seulement avec des lunettes occidentales.


Nous avons en effet en 2020 très peu commenté en Europe l’évolution de la politique chinoise, son dernier congrès, sa stratégie à l’horizon 2025, sa stratégie réaffirmée de route – ou plutôt d’autoroute- de la soie, ses progrès dans la haute technologie, son poids grandissant dans les économies européennes. En revanche, nous avons concentré notre attention par médias interposés sur les élections américaines, comme pour un match de foot ou un western avec la simplicité d’un affrontement binaire et le résultat attendu par beaucoup, celui de la défaite de Trump. Bon débarras ? Même si cela paraît contre-intuitif, la Présidence qui s’achève avait l’avantage de cimenter les relations entre les pays de l’Union et d’y décourager les tentations de jouer cavalier seul. À une exception près naturellement, celle du Royaume-Uni, néanmoins sans résultats concluants Outre-Manche. Il en ira différemment demain sans que les objectifs fondamentaux de la politique américaine ne changent, ni que faiblissent leur agressivité commerciale et leur volonté de domination extraterritoriale.


Face à toutes ces difficultés, l’Europe est notre chance. À condition qu’elle se réforme, se renforce, et qu’elle préserve les équilibres en son sein, une fois le Brexit consommé. "Bella ciao " célèbre chant de la résistance italienne popularisé par la série espagnole "Casa de papel" peut être ainsi celui de toute l’Europe.


Une Europe prospère et juste ne peut bien fonctionner qu’appuyée d’abord sur le triangle de ses trois principales économies, avec bien sûr la perspective de permettre au cercle le plus large de profiter de ces fondations. Pour que ce triangle existe, ses trois côtés doivent être solides : entre France et Allemagne, entre Allemagne et Italie et aussi entre Italie et France. Sur le plan économique comme sur le plan politique, en Europe la bonne relation à trois suppose de bonnes relations bilatérales.


Sur le plan politique, c’est assez largement le cas depuis la nouvelle majorité en Italie constituée l’an dernier après l’éviction de la Ligue de Salvini et l’alliance entre le Parti Démocratique et le mouvement Cinq Étoiles. La crise provoquée autrefois par le soutien au mouvement des gilets jaunes a été rangée au chapitre des erreurs à ne plus faire par ceux-là mêmes qui l’avaient commise. Les échanges entre ministres sont fréquents et le traité du Quirinal censé faire pendant au traité de l’Élysée avec l’Allemagne, longtemps gelé, pourrait se concrétiser. Et les postes diplomatiques de Paris et Rome ne sont confiés qu’aux meilleurs des diplomates des deux nations.

 

La voix des entreprises

 


Les entreprises dont il faut rappeler que dans toutes les études d’opinion, elles bénéficient d’un facteur confiance très supérieur à tous les autres acteurs publics, peuvent aussi contribuer à ce rapprochement. Par leurs initiatives entrepreneuriales, bien sûr, comme l’action de leurs organisations professionnelles et patronales. De ce point de vue le Medef en France, son homologue la Confindustria en Italie ont un rôle décisif à jouer.


Elles l’ont prouvé en défendant avec leur partenaire allemand du BDI au printemps dernier la mutualisation de la dette. En 2019, le désormais incontournable forum économique franco-italien lancé l’année précédente à Rome en présence du Président du Conseil Gentiloni et du ministre Le Maire, avait permis de surmonter la crise politique naissante. Le message des entreprises était simple. Il n’a rien perdu de son actualité : ce qui nous unit économiquement est plus structurant et fort que ce qui viserait à nous opposer politiquement.


Inutile de rappeler ici la puissance de l’industrie allemande et son rôle de leader dans de nombreux secteurs. Ne perdons pas de vue pour autant les nombreux domaines – télécommunications, armement, énergie, infrastructures, transports, agroalimentaire métallurgie, sans oublier les services financiers, la culture, le tourisme, la mode ou l’art de vivre — dans lesquels France et Italie sont des leaders européens incontestés. Leurs intérêts sont généralement alignés auprès de la Commission Européenne.


Pour réformer la réglementation en matière de made in, de régulation financière, de politique industrielle, de taxation des Gafas, France et Italie défendent souvent la même cause et le font d’autant mieux qu’ils le font ensemble. S’agissant du plan de relance européen dont les Italiens seront les premiers bénéficiaires, il y a de nombreux secteurs d’avenir dans lesquels nous aurions vocation et intérêt à travailler de concert. Enfin, s’agissant de l’international, il y a sûrement des pays, des marchés où nous aurions avantage à unir nos efforts, par exemple en Afrique, ne serait-ce que pour faire mieux contrepoids aux ambitions de Pékin.


Il existe en Italie un courant sceptique pour ne pas dire hostile à la France. C’est une réalité, alimentée par des pseudos rapports qui parlent d’une volonté "prédatrice" de notre part. Il y a là certes une dimension subjective avec sa part d’irrationnel et de manipulation au profit des parties souverainistes. Pour autant, il faut être conscient de la nécessité d’une approche respectueuse et équilibrée en toutes circonstances, les intérêts des uns étant tout aussi légitimes que ceux des autres. La proximité ne crée du reste pas de sensibilité seulement sur le terrain économique, mais aussi sur celui des principes. La décoration accordée récemment au président égyptien en visite en France a ainsi suscité des réactions indignées et la restitution à grands fracas par certains de leur légion d’honneur.

 

Un alignement franco-italien malgré quelques nuages

 


Nous ne répondrons pas à ces critiques par de bonnes paroles mais par des faits. Il se trouve que nombre d’exemples attestent soit de l’efficacité des partenariats entre nos deux pays, soit de réels progrès dans l’ouverture réciproque de nos marchés. Snam a acquis les opérations de Total Gaz en France. Un consortium dominé par les Italiens a remporté l’appel d’offres public en France sur l’écotaxe. En matière de services, banques et assurances des deux pays sont présentes des deux côtés, soit par des filiales soit par des partenariats. Des entreprises de luxe comme Gucci ou Loro Piana ont prospéré depuis leur alliance avec des Français. Luxottica et Essilor ont fusionné dans l’optique. STMicroelectronics à la gouvernance Franco-italienne a annoncé ouvrir en 2022 en Europe sa propre usine de substrats de carbure de silicium. Eataly rencontre un grand succès à Paris. Naviris, la joint-venture entre Naval Group et Fincantieri est opérationnelle depuis cette année. FIAT s’est mariée avec PSA, alliance industrielle majeure entre deux groupes qui sont aussi deux marques iconiques. Dernier exemple de notre capacité commune à allier ambition européenne et respect mutuel, l’alliance entre Euronext et Borsa italiana - soutenue par les grandes institutions que sont la Caisse des Dépôts et son homologue Cassa Dei Depositi - est la démonstration éclatante de notre capacité commune à créer de la valeur.


Il est aussi des situations plus difficiles dans quelques secteurs, c’est vrai, qui alimentent la chronique des médisances distillées. C’est la vie ...souvent les malentendus, maladresses ou divergences d’intérêt qui éclatent à cette occasion auraient été les mêmes avec d’autres alliances impliquant d’autres acteurs dans d’autres pays. Il importe alors de poursuivre de façon pragmatique la recherche de l’accord, toujours dans la perspective d’un win win final, respectueux des intérêts légitimes de chacun.


En 2020, La rencontre annuelle organisée par Confindustria et Medef n’a pu se tenir à cause du Covid. Comme à Évian pour les rencontres franco-allemandes ou dans le cadre du colloque Franco-Britannique, elle est précieuse pour permettre aux dirigeants économiques d’y débattre des priorités à adresser à nos gouvernements. C’est là aussi que se nouent les relations personnelles et les liens de confiance qui seuls permettent d’entreprendre de grands projets. Elle se tiendra en 2021 qui, nous l’espérons tous, sera l’année du rebond. Puisque l’Italie organise les G20 et B20 et que la France présidera dans la foulée l’Union Européenne au premier semestre 2022, les forums économiques viendront compléter l’agenda.


Dans l’Europe post-Covid et post Brexit, de telles initiatives nous aideront à reprendre une partie de notre destin entre nos mains.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Deal or no deal ?

30/11/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Viva España

28/10/2020 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / Quelles équations planétaires en 2021

19/12/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Le Royaume Uni après le Brexit

12/12/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Que faire de l’OTAN ?

05/12/2020 - 09:30

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Valéry Giscard d’Estaing : mort d’un vrai libéral et d’un grand Européen

03/12/2020 - 09:00

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / L’abécédaire du réconfort

02/12/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Deal or no deal ?

30/11/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Tout s’éclaircit dans l’Orient compliqué

28/11/2020 - 09:30