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Quelles équations planétaires en 2021
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À l’aube d’un nouveau millésime, Alexandre Adler revient sur les lignes de force qui ont marqué l’année 2020 sur le plan géopolitique, en dehors des bouleversements dus à la pandémie mondiale. Il dessine aussi les mouvements qui se dessinent aux États-Unis, en Russie et en Europe.

19/12/2020 - 09:30 Temps Lecture 9 mn.

 

L’année 2021 va commencer par trois phénomènes aussi bouleversants les uns que les autres. Une surprise que personne ne pensait devoir attendre, une lame de fond prévue de longue date mais encore difficile à interpréter dans toute son ampleur et enfin l'esquisse d'un retournement qui présage déjà de développements très profonds.

Pour ne pas lasser l'attente, bien légitime, de nos lecteurs, nous commencerons donc par le coup de théâtre le plus inattendu, celui de l'effacement plus ou moins accepté de Poutine à Moscou. Pour en venir par la suite à une élection présidentielle américaine absolument fondamentale mais qui s'est bien déroulée à ses dates prévues de novembre 2020 et une inauguration de mandat au début de 202. Enfin, nous évoquerons la Grande-Bretagne qui, en attendant un possible retrait de la Reine Élizabeth lors du centenaire du Prince Philip d'Édimbourg, va connaître une mutation sans équivalent depuis le remplacement de la Reine Victoria par son fils Édouard VII en 1901.

 

Un nouveau "grand patron" en Russie

 

Mais commençons par le coup de théâtre de Moscou qui est bien dans la continuité d'une autocratie russe que l'épisode révolutionnaire communiste depuis Lénine jusqu'à Poutine n'aura décidément jamais atténué. Il est faux de prétendre qu'il n'y a pas en Russie d'éléments compensatoires au despotisme du chef suprême qu'on appelait depuis Staline, avec feinte déférence ou ironie, le "Grand patron". Depuis le démantèlement de l'Empire russe, ce grand patron règne sur un PIB inférieur à celui du Brésil et un territoire réduit à Moscou, Petrograd, la Vallée de la Volga et la Sibérie, avec des oligarchies financières ou territoriales qui limitent considérablement sa marge de manœuvre.

Malgré tout cela, et aussi grâce aux hydrocarbures des mers boréales ainsi qu'au savoir-faire d'une communauté intellectuelle, où les Juifs demeurent largement majoritaires, la Russie demeure une puissance majeure et continue à exercer son hégémonie politique et morale sur un ensemble culturel où l'on retrouve l'Ukraine, le Caucase, notamment géorgien, et les régions mongoles très russisées d'où vient aujourd'hui le chef suprême du pouvoir militaire, et par lui des services de renseignement ainsi que du nucléaire, le Mongol bouriate, Serge Chouïgou.

 

Le nouvel équilibre américain

 

Mais le véritable successeur potentiel de Poutine semble bien être le continuateur de sa politique internationale, qui dirige aujourd'hui l'ancien Premier Directorat du KGB, devenu le Service de Renseignement Extérieur, le SVR, le dénommé Narychkine. Or, ce très méconnu Narychkine n'est autre que l'arrière-petit-fils de la maîtresse préférée du Tsar Nicolas II, laquelle, à la différence de la Tsarine Alexandra, ne souffrait nullement d'hémophilie. Toujours est-il que voici une Russie, alliée structurelle d'Israël dans la défense de Bachar El Assad en Syrie, engagée parallèlement sur une dictature mongole et la restauration d'un authentique descendant du Tsar Nicolas II.

Mais que dire alors de cette élection présidentielle américaine qui n'a rien eu de normal sinon la date de sa tenue, et l'absence évidente, pour une fois, d'irrégularités majeures ? Il est évident que nous avons eu affaire, une nouvelle fois, après les élections déjà bien métapolitiques d'Obama et de Trump, à un scrutin qui bouleverse entièrement la donne géopolitique de la République américaine dans son ensemble. D'abord, parce que l'équilibre entre le vainqueur Joe Biden et le vaincu, Donald Trump, qui doit sa remontée spectaculaire à son entregent incontestable mais surtout à la diplomatie géniale de son gendre, aboutit à un équilibre presque parfait où le nouveau Président sortant perd certes le pouvoir suprême mais conserve pour son Parti Républicain, non seulement la majorité prévue au Sénat mais même, ô surprise, une majorité tout à fait imprévue à la Chambre.

 

Vers une réunification du continent américain

 

Ce qui nous débarrasse d'un seul coup de l'intempestive leader démocrate Nancy Pelosi, mais ouvre aussi une cohabitation totale entre Républicains et Démocrates. Celle-ci ne peut qu'aboutir, enfin, dans les deux camps, qu'à la victoire des modérés des deux bords, Républicains anti-racistes et hostiles à l'isolationnisme sans nuance, et surtout Démocrates vaccinés de la démagogie ambiante par les trop grandes avancées de l'Extrême Gauche militante de Bernie Sanders, tant en matière de contre-racisme que de dépenses sociales et écologistes ruineuses. Deux femmes noires, qui incarnent dès à présent ce choix indispensable de la voie moyenne, émergeront par conséquent très vite de la confusion apparente. La toujours républicaine Condoleezza Rice, et l'étonnante Kamala Harris que Joe Biden a choisie pour sa succession éventuelle.

C'est évidemment cette combinaison révolutionnaire qui va entraîner la recherche d'une voie moyenne au niveau de l'Hémisphère sud. Non pas l'isolationnisme dément que voulait Trump en excluant l'ensemble de l'Alena qui devient ainsi un sujet géopolitique majeur, mais le consensus avec un Brésil hégémonique dans le cône sud, d'une Amérique du Nord réunifiée dont le canal de Panama, le pétrole vénézuélien et le dynamisme de la Colombie font évidemment partie et qui se substitue raisonnablement cette fois-ci au mondialisme sans visage ni concept stratégique dans lequel l'Amérique clintonienne s'était malencontreusement engouffrée à la fin des années 1990.

Reste, en quelques mots, à descendre les équations inévitables de cette refondation tant sociologique que géopolitique que l'Amérique induit. Si Mark Carney, canadien d'origine et américain de formation intellectuelle, quitte la Banque d'Angleterre, il sera particulièrement bien placé pour inspirer sans aucun doute, mais évidemment à terme pour guider la politique monétaire du nouvel ensemble "Super-NAFTA".

 

Convergence stratégique franco-anglaise

 

Deuxième équation inévitable : le nucléaire britannique et l'association militaire stratégique anglo-américaine qui perd toute logique véritable, tandis que la convergence franco-anglaise, s'impose pour la rénovation et la gestion de la dissuasion. Allons même plus loin : tout le monde se souvient du propos churchillien à la naissance de l'OTAN, dont nos amis anglais pensaient qu'elle maintenait une Amérique tentée par l'isolationnisme "in", une Russie tentée par l'hégémonisme "out"… et une Allemagne divisée entre l'Occident et le Communisme, "down".

Et bien aujourd'hui, l'objectif a bien changé puisqu'il faut à la France, puissance hégémonique potentielle de l'Europe à reconstruire, tout faire pour maintenir l'Angleterre dedans et associer la Russie en lui laissant toute sa place et ses ambitions eurasiatiques, mais avec bienveillance. Et sans aucun doute - là se trouve l'invariant - une Allemagne réunifiée, superpuissance de facto de l'Europe économique avant que Draghi, en prenant la tête de l'Italie, ne soit en mesure d'y mettre bon ordre.

Il va de soi que 2020 restera une année clé de la transition du millénaire. Bonne année à tous.

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