Chroniques / Bernard Spitz
Chroniques
Bernard Spitz
Chronique
E tempo de agir !
par Bernard Spitz
En ce début d’année 2021, un pays au sein de l’Union se distingue : le Portugal. Parce que la cohabitation politique avec le gouvernement a fonctionné, que sa gestion de la pandémie a fait consensus, que le confinement n’y a été longtemps que partiel avec commerces et restaurants restés ouverts en semaine (jusqu’à 22.30). Une reprise brutale du virus n’a pas empêché son président conservateur d’être réélu triomphalement dès le premier tour ce dimanche, avec le soutien de son Premier ministre socialiste. Bon signal alors que le Portugal préside le Conseil de l’Union européenne depuis le 1erjanvier avec un programme intitulé "Le temps d’agir".
Il n’y a pas que Cristiano Ronaldo à rayonner sur le terrain et à marquer des buts en pleine lucarne. Marcelo Rebelo de Sousa, le président de droite du Portugal, vient de remporter une sorte de ballon d’or politique en se faisant réélire au premier tour ; et ce avec le soutien de son premier ministre socialiste de cohabitation. À 72 ans, il apparaît en grande forme, ayant même réussi à porter secours au printemps dernier à deux fillettes dont le canoé s’était retourné et qui étaient en train de se noyer. Le tout sous les caméras d’une chaîne de télévision qui suivait le déplacement présidentiel pendant la pandémie. Trop fort Marcelo !
2021, année politique…
Voilà un signe positif quant à la stabilité du pays. Tous les Européens ne peuvent en dire autant en cette année 2021 qui s’annonce très mouvante politiquement. En Italie, le gouvernement Conte a été fragilisé par la défection de l’ancien Premier ministre Matteo Renzi, renard du Parlement, qui s’attaque à un chef de l’exécutif populaire mais isolé. Des élections peuvent y être anticipées. Scandale en Estonie où une affaire de corruption a entraîné la chute du gouvernement et un changement de majorité avec la nomination de la première femme Premier ministre du pays, Mme Kaja Kallas.
Même situation aux Pays Bas - où des élections étaient de toutes façons prévues en mars - où le gouvernement Rutte a chuté suite à un scandale retentissant provoqué par une administration fiscale hors contrôle. Après dix ans de pouvoir le Premier ministre néerlandais essaiera néanmoins de se succéder à lui-même. Il y aura aussi des élections en mars en Bulgarie, en septembre en Norvège, en octobre en République tchèque. Il y aura surtout la succession de la chancelière Merkel en Allemagne en septembre qui verra peut-être la fin de la coalition SPD-CDU/CSU, à la tête du pays depuis dix ans. Sans oublier nos élections régionales françaises et le lancement de la campagne présidentielle qui suivra.
L’Europe va devoir donc affronter des forces centrifuges liées à l’incertitude politique dans ses plus importants pays, ainsi qu’à la disparition de ce qui l’amenait à serrer les rangs : les surenchères de Boris Johnson et les outrances de Donald Trump. L’Union européenne avait ainsi fini l’année 2020 sur trois succès : un accord sur le budget et le plan de relance, un deal à l’arraché sur le Brexit, un accord sur l’investissement Europe-Chine. L’année 2021, déjà compliquée par la multiplication des élections nationales, sera aussi marquée sur le plan international par une nouvelle relation à construire avec le Royaume-Uni, à réinventer avec les États-Unis, à développer ou du moins adapter avec la Chine.
Un nouveau challenge pour l’Europe
Le défi pour l’Union n’est pas mince, alors que la pandémie continue d’y sévir et que l’optimisme né du sentiment d’une victoire de la science sur le virus est remis en cause par les interrogations sur toutes les formes de variants, a fortiori dans les pays où les conditions de la vaccination sont contestées. La Commission devra convaincre de sa capacité à être efficace dans la gestion de la pandémie et des vaccins, la coordination des mesures – du passeport vaccinal aux conditions de déplacement dans et hors l’Union- et la mise en œuvre du plan de relance.
Une relance dont le Portugal attend beaucoup, et notamment 30 milliards du Plan (15 milliards de subventions +15 milliards de prêts) alors que son économie est comme en Espagne particulièrement touchée par l’effondrement du tourisme. Pour sa présidence, la quatrième de son histoire, avant celle au second semestre de la Slovénie, il lui reviendra d’accompagner l’arrivée à maturité législative de la plupart des grands dossiers de la Commission von der Leyen. Outre le plan de relance et l’action contre le Covid, il s’agit du Green deal, de l’Europe sociale et des sujets liés à la souveraineté, ce qu’à Bruxelles on nomme autonomie stratégique : concurrence, défense commerciale, politique industrielle… La France prendra ensuite la présidence de l’Union au premier semestre 2022 dans un contexte particulier puisque cette période coïncidera avec la campagne présidentielle, comme en 1995, ainsi qu’avec la campagne législative, ce qui est inédit.
Les 5 priorités de la Présidence portugaise
La devise de sa Présidence est "Time to act !" Son objectif principal sera la relance ééconomique et sociale de l’Europe. Pour ce faire, elle a fixé́ cinq grandes priorités : une Europe résiliente, sociale, verte, numérique et compétitive dans une économie mondialisée. Les voici résumés brièvement.
1 - Une Europe résiliente
Promotion de la résilience de l'Europe à trois niveaux : économique, sur la cohésion sociale et en ce qui concerne les valeurs. Le Portugal insistera sur l’importance de l'État de droit et de la participation des citoyens à la construction de l'avenir de l'Europe (un des objectifs clés de la Conférence sur l'avenir de l'Europe). Il œuvrera à établir un mécanisme commun de gestion des migrations qui soit efficace, résilient, fiable et qui garantisse les droits de l'homme, sur la base d'un partage équitable des efforts.
2 - Une Europe sociale
Forte impulsion politique à la mise en œuvre du plan d'action pour le pilier européen des droits sociaux. Une attention particulière sera accordée aux domaines de l'emploi, de l'égalité des chances et de la santé. La Présidence comportera deux moments clés : une conférence réunissant partenaires sociaux, universitaires et société civile au sens large ; et une réunion informelle des dirigeants européens, à l'invitation du président du Conseil, consacrée aux questions sociales.
Autres sujets sociaux à l’agenda : salaire minimum équitable, revenus minimums, stratégies pour l'égalité de rémunération entre hommes et femmes, égalité des sexes, nouvelle garantie pour les enfants, révision de la garantie Jeunesse, livre vert sur le vieillissement actif et les questions de santé.
3 - Une Europe verte
La mise en œuvre du "Green Deal" européen doit en faire l’élément central d'une reprise économique durable . Le Portugal s’attaquera aussi à la mobilité intelligente et durable avec un accent sur l’Année européenne du rail.
4 - Une Europe numérique
Le développement des initiatives contribuant à accélérer la transition numérique mettra le focus sur l'accès des citoyens aux nouvelles technologies (éducation et démocratie numériques, charte des droits numériques, investissement dans la numérisation du secteur public, importance des réseaux de communication, des systèmes de données européens questions soulevées par le développement de l'Intelligence Artificielle . Une Digital Assembly devrait se tenir en Juin.
5 - Une Europe compétitive dans une économie mondialisée
La Présidence portugaise rappellera enfin l’importance pour l'Union Européenne de pouvoir interagir avec tous les grands acteurs mondiaux. Une réunion des dirigeants européens aura lieu avec le premier ministre indien, en mai, à Porto. La question du Mercosur reste un sujet central pour le Portugal qui est conscient des obstacles existant en Europe à ce sujet, d’autant plus que les acteurs du monde agricole et l’électorat vert seront vigilants. Le Portugal pour avancer sera dans l’obligation de trouver des solutions avec le Brésil sur l’accord de Paris, le phytosanitaire, la déforestation…
Cinq priorités peu contestables dans leur énoncé. Reste à les exécuter. E tempo de agir !
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