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Les défis de l’ère Biden
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L’Amérique en a terminé avec les quatre années du mandat de Donald Trump. Joe Biden entend réconcilier le peuple américain. Mais au-delà il vise à reconstituer une grande zone d’influence allant du Canada à la Colombie. Alexandre Adler décrypte pour nous les premiers pas du quarante-sixième président américain.

23/01/2021 - 09:30 Temps Lecture 9 mn.

 

La cérémonie d'investiture à la fois digne et spectaculaire de Joe Robinette Biden révèle, comme à l'ordinaire, autant qu'elle masque la réalité effective de ce moment sans précédent de l'histoire américaine. Nous confirmerons chemin faisant, tout ce qui a été aperçu très justement par le milliard de téléspectateurs, qui ont pu suivre sur leurs écrans de télévision cette cérémonie sans précédent en plein cœur de la pandémie du Covid et qui accompagnait le chiffre terrifiant de 400 000 morts dans les 50 États de l'Union, qui fait d'ores et déjà jeu égal avec les 400 000 victimes militaires et civiles de la Deuxième Guerre Mondiale.

Mais commençons par ce dont Biden, à très juste titre, n'a pas encore parlé : l'élargissement prodigieux d'une scène américaine qui a commencé à s'exprimer sur un plan déjà continental, mais à travers une réalité en apparence purement géo-économique, le grand marché Nord-Américain, constitué à côté des 50 États de l'Union (et incluant déjà Puerto Rico). Dans ce marché, deux composantes explicites sont déjà présentes, mais en réalité l'espace déjà inclus dans la zone de définition est encore plus vaste. Le Canada, maintenant réunifié par les concepts passablement ineptes d'un Justin Trudeau, digne héritier du conformisme de son père Pierre Elliott, fait d'ores et déjà parti du nouvel ensemble. Tandis que sa monnaie de référence, le dollar canadien, a eu de plus en plus tendance ces dernières années à se rapprocher du dollar américain.

 

Alliance militaire canadienne

 

Mais c'est dans le domaine stratégique et militaire, qu'Américains et Canadien ont déjà élaboré un processus d'intégration tout à fait original qui n'attend que sa sanctification sur le plan institutionnel. Les nécessités de la Guerre Froide n'existaient pas encore pour forcer les deux États alliés dans le cadre de l'OTAN à constituer le norad, un commandement intégré de la défense aérospatiale, Washington-Ottawa, et pour faire bonne mesure a confié, de temps à autre, à un officier canadien, la responsabilité de l'ensemble. Curieusement, cette intégration militaire par le haut était redoublée par le bas, par une intégration également indispensable des syndicats américains et canadiens en une entité unique pour mieux prendre en compte l'intégration totale de la base industrielle automobile des deux pays depuis Detroit jusqu'aux banlieues industrielles de Toronto.

Ce double modèle militaro syndical ne peut qu'inspirer aujourd'hui la décision américaine de confier à un canadien, dès demain, la responsabilité symbolique, d'émettre des dollars à l'échelle mondiale. Opportunité extraordinaire, le gouverneur central sortant de la Banque d'Angleterre a été choisi, avant même le Brexit, par Londres pour mieux saboter toute possibilité de monnaie européenne unique autour de l'euro. Or, le véritable organisateur de cette résistance passive britannique, le Canadien Michael Carney, quitte ses fonctions alors que la grande émancipatrice de la Réserve Fédérale américaine, Janet Yellen, démocrate certes mais foncièrement conservatrice, vient d'être nommée par Joe Biden Secrétaire au Trésor et qu'elle doit faire place à un nouveau patron de la Réserve Fédérale.

 

Miami capitale de l’Amérique hispanique

 

Or, pour reprendre une distinction chère au grand juriste français Carré de Malberg, "la constitution matérielle" de l'Amérique a considérablement évolué sans pour autant être formalisée dans la lettre écrite de la Constitution : depuis que, sous Reagan, le Trésor, Branche de l'Exécutif, a dû céder la responsabilité effective de la politique monétaire à la Fed, celle-ci est donc devenue, de facto, indépendante. Supposons que Carney soit nommé par le Canada, dont il est citoyen, comme représentant du nouveau dollar continental, et voici que, tout comme le norad de temps à autre, ce sera un canadien qui imposera au pouvoir politique américain la gestion au jour le jour de la véritable économie monde continentale que Biden ne se fera pas faute de constituer.

Mais continuons dès lors à dérouler les équations inévitables de ce nouvel état de fait. Il s'agit là des suites imparables de l'incurie idéologique chavezienne qui a laissé la Colombie totalement exposée à l'intervention directement économique des Etats-Unis et fait, d'ores et déjà, de Miami la capitale véritable de tout l'ensemble de facto panaméricain, provoquant aussi par ricochet la promotion de la langue espagnole comme deuxième langue incontournable de la République américaine, comme l'avait déjà défendu avec prophétisme l'épouse de George W. Bush, Laura Bush, en défendant le droit pour tous les Américains d'origine hispanique de chanter l'hymne national en langue espagnole. Ainsi donc, de toutes les folies de Trump, la plus biodégradable dans l'immédiat sera donc, celle consistant à vouloir annuler, d'une manière ou d'une autre, les liens économiques et humains organiques qui font dès aujourd'hui du Mexique et de ses nombreux immigrés dans toute l'Amérique anglo-saxonne une composante fondamentale du nouvel État en constitution.

 

L’inconnue mexicaine

 

Certes, la situation d'anomie politique totale du Mexique rend éminemment difficile que soit pris au sérieux le chef de l'Etat mexicain quel qu'il soit. Lazaro Cadernas représente à tout prendre un interlocuteur plus sérieux que l'actuel Président Lopez Obrador, certes issu d'un centre-droit plutôt pragmatique mais qui s'avère être lui-même dangereux qui croit très ouvertement à son rôle messianique et déteste pour cette raison l'Amérique voisine, au moment où l'ancienne industrie automobile de Detroit a totalement transporté sa tente et même ses symboles dans le grand Mexico ainsi qu'à Puebla, le véritable centre de l'automobile propre continentale.

Mais, nouvelle innovation imprévue, l'Amérique a dû se doter d'une véritable police fédérale anti-drogue, la DEA, qui, en raison de la déliquescence de l'Etat central mexicain dont des pans entiers de l'appareil militaire (commandos de marine, police fédérale) se sont purement et simplement privatisés sous forme de cartels très étroitement liés à leurs fournisseurs colombiens, la DEA a pris le pouvoir avec des alliés tant dans le patronat que dans les forces de police mexicaines, qui ont subi des taux de perte à la hauteur d'un véritable conflit armé.

 

Les défis du secrétaire d’état Blinken

 

Dernière remarque, mais elle est de taille, il n'en reste pas moins que dans cette situation éminemment précaire où seule une vitesse constante peut conférer la stabilité, comme à bicyclette, la question du troisième personnage de l'État, Blinken se trouvera rapidement posée. Blinken vient déjà de défendre une ligne personnelle de capitulation totale face au nucléaire iranien et aux exactions turques, Biden est évidemment en désaccord. Blinken n'est autre que le gendre du regretté Sam Pisar dont les engagements pro-soviétiques et "pacifistes" avaient déjà ébloui, à son époque, un Valéry Giscard d'Estaing.

Qu'à cela ne tienne, Pisar assurait à VGE les mêmes promesses étranges que son gendre Blinken, avec l'aide d'un Barack Obama qui a tout à fait tort de préjuger de ses liens avec Biden, se fait fort d'obtenir alors que la course au nucléaire iranienne et les provocations géopolitiques turques devront cesser, d'autant plus que Trump n'est fort heureusement plus là pour corrompre le nécessaire processus de fermeté.

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