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Yves de Kerdrel

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La France rêvée de Macron
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État a commencé cette semaine son « pèlerinage laïc » à la rencontre des Français. Une manière de chasser l’image du « Président de la crise sanitaire » et d’occuper le terrain local à la veille d’élections régionales et territoriales. Du Lot où il était cette semaine Emmanuel Macron a encore une fois consacré plus de temps à la France telle qu’il la rêve qu’à la France telle qu’elle est.

06/06/2021 - 06:00 Temps Lecture 16 mn.

 

Mercredi soir vers 18 h 15 les chaînes d’info ont cassé leurs programmes pour diffuser en direct la descente d’un Emmanuel Macron très détendu dans une petite ruelle d’un village du Lot, avant de prendre place juste devant un décor de carte postale façon "La Force Tranquille" de François Mitterrand repéré plusieurs jours auparavant par l’équipe de communication de l’Élysée. Et là pendant une vingtaine de minutes, le locataire de l’Élysée, tournant la page de la pandémie a expliqué que la France se portait très bien, qu’elle avait des quantités d’atouts et que son avenir était tapissé de pétales de roses.

Cette séquence de pure communication politique relayée à l’heure idéale pour les grands médias audiovisuels avait été préparée soigneusement. Trop soigneusement. Si bien qu’on ne pouvait s’empêcher de penser à la phrase de Jacques Pilhan le gourou ès communication de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac expliquant que "la communication politique, c’est comme la chirurgie esthétique ; c’est réussi quand cela ne se voit pas".

 

Excès d’autosatisfaction

 

Dans ce cas présent tous les observateurs de la vie politique ont noté que c’était là le point de départ de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron avec un nouveau message sur "la France d’Après", et avec surtout une sorte d’excès d’autosatisfaction. Comme si notre pays avait traversé la crise sanitaire sans difficulté. Comme si la pandémie était terminée. Et comme s’il fallait désormais s’atteler une nouvelle fois à la transformation de la France.

Le lendemain, déambulant dans le joli village de Martel, tout près de Sarlat, il a reconnu qu’il allait lui falloir reprendre le chemin des réformes. Et pas seulement celle de l’allocation-chômage, mais aussi celle des retraites. Ce n’était pas son souhait. Mais Bruxelles a imposé ce programme de travail à nos dirigeants s’ils voulaient recevoir les 40 milliards d’euros attendus du fonds de relance européen avec un premier acompte de 5 milliards qui devrait arriver au cours de l’été, maintenant que les 27 ont enfin tous ratifié ce projet de dette mutualisée.

 

Une réforme des retraites façon Touraine

 

Naturellement, pas question de revoir les images de manifestations contre la retraite à points comme en décembre 2019. De fait la solution la plus simple consisterait pour Emmanuel Macron à accélérer la réforme Touraine qui prévoit de porter la durée de cotisation pour une retraite à taux plein à 43 annuités en 2032. Si on rapproche cet horizon, par exemple à 2025, on économise un demi-milliard d’euros, de quoi financer des mesures pour les jeunes ou pour les petites retraites. Autre piste possible, durcir la réforme Touraine en augmentant les annuités nécessaires pour une retraite à taux plein.

Enfin, troisième piste, plus radicale : augmenter l’âge légal, qui est de 62 ans actuellement, à 64 ans par exemple. Si on l’augmente chaque année de six mois, on économise 20 à 25 milliards. Mais il n’est pas certain qu’à quelques mois d’une présidentielle, ce soit la réforme qu’attendent les Français. Même si on leur répète tous les jours que le déficit budgétaire va atteindre cette année un niveau record de 220 milliards d’euros. Ce qui va venir grossir une dette qui voit avec terreur, les taux d’intérêt remonter tout.

 

Une similitude avec la fin du septennat de Giscard

 

À écouter le Président de la République échanger avec les Français croisés dans la rue, comme à entendre ses conseillers du Château, on ne peut qu’être surpris par la densité d’autosatisfaction qui étaie leurs propos. C’est comme si on écoutait Valéry Giscard d’Estaing à la fin de l’année 1980 expliquer à quel point la France tirait bien son épingle du jeu, au moment précis où elle doublait le cap du premier million de chômeurs.

Il y a beaucoup de points communs entre l’inspecteur des finances Emmanuel Macron et son illustre prédécesseur également inspecteur des finances. À commencer par le sentiment d’avoir tout réussi, et l’incompréhension face à la grogne des Français. C’est ce complexe de supériorité qui avait amené Valéry Giscard d’Estaing à ne pas vouloir s’expliquer sur l’affaire des diamants. Et c’est à cause de cela uniquement qu’il a trébuché de peu le 10 mai 1981.

 

Les Républicains pris en tenaille

 

Car il faut reconnaître qu’Emmanuel Macron conserve un joli socle de confiance à un an des présidentielles avec au moins 40 % des Français qui le soutiennent. Et même Jean Castex à qui il est demandé de ne rien faire et de ne rien dire est à un niveau de confiance tout à fait décent. La droitisation du Président de la République lui permet de continuer son OPA progressive sur l’ancienne UMP, européenne, libérale et progressiste.

En revanche ce qu’il reste des Républicains s’atrophie chaque jour. Notamment après les propos totalement déplacés du numéro deux du parti, le très ambitieux Guillaume Peltier, expliquant à quel point il y avait une proximité entre ses idées et celles d’un Robert Ménard, Maire de Béziers, soutenu par le Rassemblement National. Face à la montée en puissance de l’extrême droite et au maintien d’un socle libéral très puissant en soutien d’Emmanuel Macron, il n’y a pas de place pour un candidat issu des Républicains. C’est ce qui explique l’accueil si froid réservé à Michel Barnier.

 

La main de Nicolas Sarkozy

 

En revanche Xavier Bertrand qui se maintient à 15 % constitue une alternative intéressante. D’autant qu’il accroît sa notoriété, et que les élections régionales dans les Hauts de France devraient lui porter chance, selon un récent sondage Sopra-Steria. Que les amis du Président de la République se rallient ou pas à lui, dans le cadre d’un Front Républicain au second tour. Surtout, les sondages qualitatifs montrent qu’il est apprécié pour avoir tenu ses promesses dans la Région. Ce qui est un bon gage pour la présidentielle à venir.

Valérie Pécresse, qui est certaine d’être réélue en Île-de-France ne fait plus mystère de ses ambitions nationales, plus ou moins soutenue par Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier se montre aussi d’une bienveillance rare pour son ancien Ministre du Travail. Ce qui n’a pas toujours été le cas. En fait le Locataire de la Rue de Miromesnil veut conserver le maximum de chances de peser sur le choix final. Ce qui pourrait lui permettre d’imposer François Baroin, gaulliste social comme Xavier Bertrand, comme futur Premier Ministre. En revanche Nicolas Sarkozy qui s’était pris d’affection pour Gérald Darmanin lorsqu’il pensait revenir au pouvoir ne cache plus tout le mal qu’il pense de lui dans cette période d’insécurité croissante et d’inaction totale du ministre de l’Intérieur.

 

Mission : récupérer Yannick Jadot

 

Sur le front politique, plus les jours passent, plus la tentative d’une constitution Arc-en-Ciel réunissant les écologistes, les socialistes, Anne Hidalgo, les Insoumis et le Parti Communiste, semble vouée à l’échec. La Maire de Paris commence à faire marche arrière s’agissant d’une éventuelle candidature présidentielle. Elle préfère se consacrer à la préparation des Jeux Olympiques et à son maintien à l’Hôtel de Ville de la Capitale.

En revanche les écologistes qui représentent un poids croissant, comme on devrait le constater les 20 et 27 juin prochains à l’occasion des régionales et des territoriales, préoccupent l’Élysée. Comme les Verts ont une tendance naturelle à torpiller leurs chances en brisant les jambes du plus populaire d’entre eux, le match Piolle-Jadot devrait se solder par la défaite de ce dernier. Et les conseillers politiques du Chef de l’État travaillent d’ores et déjà à son ralliement. Avec pour principal obstacle le positionnement trop droitier d’Emmanuel Macron.

 

L’OCDE optimiste pour la reprise

 

Au chapitre économique la semaine a été marquée par la mise à jour des perspectives de l’OCDE. Celle-ci a revu une nouvelle fois à la hausse ses prévisions économiques pour prendre en compte les progrès de la vaccination et le maintien des soutiens massifs des autorités monétaires et budgétaires, tout en soulignant le caractère atypique et surtout inégal de la reprise en cours. L’organisation pour la coopération et le développement économiques prévoit désormais une croissance mondiale de 5,8 % cette année et de 4,4 % l’an prochain après une contraction de 3,5 % en 2020.

Sa prévision pour cette année est ainsi relevée de 0,2 point de pourcentage par rapport à celle de mars et sa prévision 2022 de 0,4 point. Si la reprise va ramener la majeure partie du monde aux niveaux de PIB d’avant la pandémie d’ici la fin 2022, c’est loin d’être suffisant, souligne néanmoins sa cheffe économiste, Laurence Boone. Avant d’ajouter que l’économie mondiale reste sous sa tendance de croissance prépandémique et dans de trop nombreux pays de l’OCDE, le niveau de vie fin 2022 ne sera pas revenu au niveau attendu avant la pandémie.

 

Une inflation qui s’atténuerait en fin d’année

 

Elle regrette notamment l’insuffisance de la fourniture de vaccins aux pays émergents et à bas revenus, en soulignant que le coût économique et social global du maintien de frontières fermées est sans commune mesure avec les coûts qui permettraient de rendre des vaccins, des tests et des équipements sanitaires plus largement disponibles pour ces pays. Concernant l’inflation, devenue la principale préoccupation des marchés financiers ces derniers mois, Laurence Boone explique que les principaux facteurs à l’origine de la remontée récente des prix (hausse rapide des cours des matières premières, goulots d’étranglement dans certains secteurs, perturbations du commerce mondial) devraient commencer à s’atténuer en fin d’année.

Mais elle juge plus préoccupant le risque que les marchés financiers ne regardent pas au-delà des hausses de prix temporaires et des ajustements de prix relatifs et poussent les taux d’intérêt de marché et la volatilité à la hausse. L’OCDE prévoit désormais une croissance du produit intérieur brut des États-Unis de 6,9 % cette année et 3,6 % l’an prochain, contre +4,3 % et +4,4 % respectivement pour la zone euro. Pour la Chine, elle table sur un rebond de 8,5 % en 2021 avant un retour à 5,8 % en 2022. La croissance en France devrait atteindre 5,8 % cette année et 4 % l’année prochaine.

 

Un déficit budgétaire record

 

De fait, le déficit public de la France s’établira à 9,4 % du produit intérieur brut cette année, a annoncé Bruno Le Maire. Différents facteurs vont continuer de creuser le déficit public cette année, a-t-il expliqué en évoquant le report d’un certain nombre de dépenses de 2020 sur 2021 (des crédits destinés au fonds de solidarité et au soutien aux entreprises non consommés l’an dernier, à hauteur de 29 milliards d’euros), la poursuite du soutien à un certain nombre de secteurs et d’entreprises ainsi que les décaissements d’une partie du plan de relance, soit des dépenses relevant de l’investissement.

Cette nouvelle prévision gouvernementale, qui figure dans le projet de loi de finances rectificative présenté mercredi dernier en conseil des ministres, est supérieure à la précédente estimation du gouvernement, qui s’établissait à un déficit public équivalent à 9,0 % de la richesse nationale. Il dépasse également le déficit public 2020, qui s’est élevé à 9,2 % du PIB. Selon le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, le déficit budgétaire (l’une des composantes du déficit public), s’élèvera à environ 220 milliards d’euros cette année contre 173,3 milliards prévus dans la loi de finances initiale. Au regard des dépenses qu’il a prévues en 2021, l’État sera donc théoriquement dans l’incapacité de remplir ses missions à partir du 26 juillet s’il mobilisait, pour ce faire, ses seules recettes fiscales. La date fatidique arrive 12 jours plus tôt qu’en 2020 et, crise pandémique oblige, 72 jours plus tôt qu’en 2019.

 

Plutôt Corneille que Racine

 

C’est dire s’il y a un fossé entre la France que décrit Emmanuel Macron et celle telle que nous la connaissons. L’amateur de théâtre qu’est le Chef de l’État connaît sûrement cette phrase de La Bruyère : "Corneille peint les hommes tels qu’ils devraient être. Racine les peint tels qu’ils sont." À cette aune notre Président apparaît davantage en adepte de l’auteur du Cid qu’en élève du père d’Andromaque et de Phèdre…

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