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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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L’arroseur arrosé
par Yves de Kerdrel

Emmanuel Macron est le perdant des élections régionales et territoriales au cours desquelles son parti a été inexistant sans capacité de peser sur le second tour. Et cela en dépit de ses déplacements dans la France profonde. Après avoir missionné la commission Blanchard-Tirole il se retrouve sommé de mettre en œuvre des réformes qui lui déplaisent et pour lesquelles il ne dispose pas du temps nécessaire.

27/06/2021 - 06:00 Temps Lecture 17 mn.

Quand on supprime le rôle de Premier Ministre en nommant à Matignon un figurant à l’accent provincial et son meilleur ami comme directeur de cabinet (Nicolas Revel), il est normal que l’ingratitude attachée à cette fonction et à ce lieu se déplace à l’Élysée. Depuis quelques jours il ne faut plus parler "d’Enfer de Matignon" mais bien "d’Enfer de l’Élysée" tant l’ambiance qui y règne est glauque depuis une semaine.

Emmanuel Macron a eu beau faire semblant d’ignorer le résultat du premier tour des élections régionales en recevant le lendemain à l’Élysée le chanteur américain Justin Bieber et sa compagne, puis en célébrant la fête de la musique avec Jean-Michel Jarre, le résultat des élections s’est vite rappelé à lui. Notamment lorsqu’il a fallu intervenir auprès de la liste écologiste marseillaise pour qu’elle renonce à se maintenir au second tour. Ou lorsque son secrétaire d’État chargé des retraites a annoncé qu’il voterait aujourd’hui pour Xavier Bertrand.

 

La bagarre matinale Dupond-Moretti - Darmanin

 

Et cela, c’est sans compter la bagarre virile à laquelle ont pu assister tous les membres du gouvernement dans le salon des aides de camp, où leur sont servis un café et des viennoiseries juste avant le Conseil des Ministres. Éric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin (que chacun sait proche de Xavier Bertrand) en sont quasiment venus aux mains. Le premier reprochant au second son élection "trop facile" pour les territoriales à Tourcoing. Le second expliquant à l’autre qu’il n’avait pas de leçons à recevoir de quelqu’un qui se présentait pour la première fois à des élections et qui effectuait une impressionnante contre-performance.

Les relations entre ces deux ministres n’étaient déjà pas bonnes depuis que Gérald Darmanin avait défilé avec les policiers devant l’Assemblée nationale pendant qu’Éric Dupond-Moretti défendait son projet de loi devant les députés. Elles ne se sont pas améliorées avec cet incident qui en dit long sur l’ambiance au sein du gouvernement après la contre-performance du premier tour. Et alors qu’enflent les rumeurs de remaniement.

 

La fragile situation de Marc Fesneau

 

S’il est d’usage de dire que la Victoire a de nombreux pères et que la défaite est orpheline, dans ce cas présent, la défaite a un responsable, c’est Emmanuel Macron. Bien sûr le Président peut se réjouir du recul enregistré ici et là par l’extrême droite. Bien sûr Emmanuel Macron n’a pas voulu se mêler de ce scrutin, tout en repartant à la conquête du pays, dans une démarche qui n’a dupé personne. Bien sûr, avec un taux d’abstention record, le Chef de l’État peut aisément se dire que ce scrutin n’a pas de valeur nationale.

Les instituts de sondage qui ont fait parler les abstentionnistes expliquent la faible mobilisation pas un ras-le-bol à l’égard du pouvoir en place. Cela explique pourquoi le taux d’abstention a été de plus de 70 % parmi les électeurs de Marine Le Pen et de 30 points moins élevé chez les électeurs de François Fillon. En revanche les sympathisants d’En Marche n’ont pas fait preuve d’un civisme exemplaire. De la même manière que le membre du gouvernement donné vainqueur d’une présidence de région, Marc Fesneau, se retrouve aujourd’hui sur le fil du rasoir en attendant les résultats de ce soir.

 

Xavier Bertrand sur la rampe de lancement

 

À droite le grand vainqueur de ce scrutin, c’est incontestablement Xavier Bertrand que certains sondages donnaient à égalité avec Sébastien Chenu du Rassemblement National. Or il a terminé le premier tour avec près de vingt points d’avance sur lui. Ce qui témoigne de sa capacité à faire reculer l’extrême droite dans sa région de prédilection. Et surtout il a envoyé au tapis les cinq ministres mobilisés par Emmanuel Macron pour le faire battre et l’empêcher ainsi de se présenter en 2022.

Résultat, l’ancien Ministre du travail de Nicolas Sarkozy va être élu ce soir, haut la main dans la région la plus difficile de France, la plus pauvre, la plus divisée entre la métropole de Lille-Roubaix-Tourcoing et les cantons agricoles et enclavés. D’ores et déjà il a regagné trois points dans les sondages, au niveau national, pour la présidentielle de 2022. Et avec la dynamique créée par ce succès, les sondeurs lui assurent un étiage de 20 % d’ici quelques semaines. D’autant plus qu’il a décidé de consacrer tout son été pour aller à la rencontre des Français.

 

Situation plus difficile pour Valérie Pécresse

 

La situation est bien plus difficile pour Valérie Pécresse qui n’a pas réussi à créer une dynamique de premier tour en dépit du vote favorable des personnes âgées. Son score sans surprise a facilité la réunion des trois listes de gauche (Pulvar, Autain et Bayou). Ce qui a permis à la présidente de région de mobiliser ses troupes sur le thème : "attention l’extrême gauche va prendre la région".

Selon nos informations, les sondages faits en toute fin de semaine la donnent tout de même gagnante avec un écart correct par rapport à la coalition de gauche. Et cela pour deux raisons. D’abord de nombreux électeurs de Laurent Saint-Martin (LRM) vont voter utile même si leur candidat se maintient. Surtout, l’arithmétique du total des trois listes de gauche sur le papier ne devrait pas trouver de traduction dans les urnes. Même si Lionel Jospin – qui a quitté la politique il y a dix-neuf ans - a appelé à voter pour cette liste. À la différence de Jean-Paul Huchon. Il reste que les cicatrices laissées par ce mauvais premier tour vont gêner Valérie Pécresse dans son épopée présidentielle.

 

L’hypothèque de la région PACA

 

Il reste bien sûr la région PACA qui sera très surveillée ce soir, où Thierry Mariani, l’ex-ministre de Sarkozy rallié à Marine Le Pen a fait un score très inférieur à ce qu’il espérait et où Renaud Muselier a obtenu l’abandon de la liste écologiste. Pour l’heure, les derniers sondages donnent un match très serré avec un très léger avantage pour Renaud Muselier. Il n’est pas certain que l’extrême droite se mobilise davantage que la semaine précédente.

Dans ce cas, encore une fois, l’extrême droite pourrait ne gagner aucune région après que pendant des semaines les sondeurs ont annoncé un raz de marée du Rassemblement National. Cela devra servir de leçon pour les sondages à l’occasion des présidentielles de 2022. Le problème de Marine Le Pen et de son parti, est qu’ils se sont tellement normalisés, qu’ils font l’aujourd’hui du même rejet que tous les autres partis politiques par une classe moyenne désabusée vis-à-vis du fonctionnement de notre démocratie.

 

La "gifle" du rapport Tirole-Blanchard

 

L’autre "gifle" reçue par le Président de la République cette semaine, c’est le rapport de 500 pages de la commission présidée par le Prix Nobel d’économie Jean Tirole et par l’ancien chef économiste du FMI, Olivier Blanchard sur les réformes économiques à mener dans la France de l’après-Covid. La rédaction puis la remise de ce rapport ont été retardées à plusieurs reprises en fonction des hauts et des bas de la crise sanitaire.

Pour les deux auteurs ce rapport est une boîte à outils sur les grands sujets économiques français qui appelleront des réformes pour certaines inévitables. Mais du côté de l'Élysée, pas question de laisser croire qu'il s'agit d'un potentiel programme pour Emmanuel Macron à un an de la présidentielle. Avec notamment un chapitre sur la réduction des inégalités traitée à travers le prisme de l’égalité des chances, elle-même traitée à travers les successions. Ce qui crée de fait une nouvelle lutte des classes entre ceux qui ont un patrimoine et ceux qui n’en ont pas au lieu du traditionnel affrontement marxiste entre patronat et prolétariat.

 

Pas de réforme paramétrique des retraites

 

S’agissant de la réforme des retraites - sujet qu’Emmanuel Macron n'a pas totalement écarté pour les mois à venir – il donne lieu à une proposition concrète de la part des économistes. Ils écartent une simple réforme paramétrique et confirment la nécessité d'une réforme globale des retraites sur la base d'un système universel à points, comme celui proposé par le gouvernement en 2019. Toutefois, ils proposent d'améliorer la réforme pour la rendre plus acceptable.

Pour y parvenir, le collectif d'économistes propose de veiller à protéger les plus vulnérables, c'est-à-dire les plus pauvres, les personnes en mauvaise santé et les travailleurs aux métiers pénibles. Dans chacune de leurs propositions, ils instaurent un système de gagnants - perdants avec des solutions pour compenser ceux qui auraient le plus à perdre. Ainsi, est proposé un mécanisme d’ajustement du nombre de points en faveur des actifs à faibles revenus pour leur permettre de percevoir une retraite décente même s’ils partent à l’âge minimal de départ. Le rapport insiste aussi sur les incitations pour que les entreprises maintiennent les seniors dans l’emploi tout en donnant à ces derniers l’envie de travailler plus longtemps. Que des experts qui ont toute liberté d’écriture excluent d’emblée une mesure d’âge incontournable, au sein d’une Europe qui commence à s’aligner sur l’âge de 67 ans, est assez décevant et enlève beaucoup d’intérêt à ce rapport.

 

Une taxe Carbone sans mesure d’impact sur la compétitivité

 

Par ailleurs, dans la lutte contre le changement climatique, le rapport Tirole - Blanchard défend la mise en place d'une tarification du carbone ambitieuse au niveau européen, via une réforme du marché des quotas existant. Il propose d'inclure les secteurs aujourd'hui exclus comme le logement et les transports, associés à un mécanisme de taxe carbone aux frontières. Il recommande aussi d'investir davantage dans la recherche en créant une instance européenne dédiée, et de développer les normes et les interdictions.

Simple à imaginer, la taxe carbone se révèle d'une complexité inouïe à mettre en œuvre. Comment calculer l'empreinte carbone d'un produit ? Qui doit être taxé : l'exportateur du produit ou tous les acteurs de la chaîne de fournisseurs ayant contribué à sa fabrication ? Les auteurs reconnaissent qu'ils n'ont pas chiffré le coût de ces réformes, même si certaines sont autofinancées, puisque par exemple les recettes d'une tarification carbone doivent permettre d'indemniser ceux qui vont en souffrir. Mais tout cela est totalement dénué d’une étude d’impact sur la compétitivité de la France ou de l’Europe après la mise en place d’une telle taxe.

 

Des patrons étrangers demain soir à Versailles

 

Justement pour promouvoir l’attractivité de la France, Emmanuel Macron se rend demain à Douai où le chinois Envision va bâtir une usine de batteries électriques, avant de réunir lundi soir à Versailles des patrons internationaux pour le quatrième sommet Choose France. Dans la foulée, le chef de l’État se rendra mardi dans les nouveaux locaux parisiens de la banque américaine JP Morgan, qui a fait de Paris le "hub" de ses activités de marché en Europe après le Brexit.

Le sommet Choose France, qui se déroulera à Versailles et de nouveau en présentiel, devrait réunir plus d’une centaine de dirigeants d’entreprises étrangères et une cinquantaine de dirigeants d’entreprises françaises. Des tête-à-tête auront lieu entre des chefs d’entreprise invités et le président français d’une part, le ministre de l’Économie et des finances Bruno Le Maire et son homologue du Commerce extérieur et de l’attractivité Franck Riester d’autre part.

 

En attendant la visite d’état du Président Matarella

 

L’objectif est de dresser le bilan de ces quatre années de présidence Macron et de faire le portrait d’une France plus compétitive et innovatrice que jamais, argue-t-on au sommet de l’État en rappelant que le pays est resté en 2020 pour la deuxième année consécutive le plus attractif pour les investisseurs étrangers en Europe, selon le baromètre du cabinet EY publié il y a quelques jours. Si la France est restée sur la première marche du podium, son attractivité a toutefois plus souffert des conséquences économiques de la crise du Covid-19 que celle de ses voisins, avec une baisse de 18 % du nombre de projets annoncés l’an dernier, contre un fléchissement moyen de 13 % au niveau européen, notamment à cause du poids de l’aéronautique et du tourisme dans l’Hexagone.

À noter, selon nos informations la très prochaine visite d’État du Président italien Mattarella du 4 au 6 juillet à Paris qui va prolonger la lune de miel franco-italienne illustrée par le succès de la rencontre de Rome mi-juin entre le Medef et la Confindustria. Les deux présidents s’entendent bien et la question est de savoir si en 2022, il restera ou sera remplacé par Mario Draghi. Entre-temps le Traité du Quirinale aura été signé, qui marquera la force d’un axe franco-italien à côté de celui franco-allemand pour une gouvernance équilibrée en Europe.

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