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À peine rentré, Macron est déjà partout
par Yves de Kerdrel

Si le Chef de l’État refuse de parler de la présidentielle de 2022, et si son épouse le voyait bien ne faire qu’un seul mandat, lui a décidé de repartir en campagne dès ce début de septembre. En profitant du désordre à droite, des nombreuses candidatures à gauche, de l’hypothèse Zemmour qui affaiblit Marine Le Pen et surtout de sa popularité qui reste à un niveau élevé.

29/08/2021 - 06:30 Temps Lecture 19 mn.

 

Emmanuel Macron a passé un été très occupé au Fort de Brégançon. Il a certes eu à gérer la quatrième vague de l’épidémie liée au variant delta, notamment dans les Antilles, les incendies de forêts dans le Var, la chute de Kaboul et le rapatriement des Afghans ayant travaillé pour les Français (pour lesquels rien n’avait été préparé en raison de bisbilles entre le Quai d’Orsay et le ministère de l’Intérieur). Mais il a aussi beaucoup consulté, sa bande de toujours (Alexis Köhler, Stéphane Séjourné, Gabriel Attal et Ismaël Emelien), quelques patrons, et des intellectuels amis.

A tous il apparaissait très hésitant à l’idée de repartir en campagne, n’ignorant rien des souhaits de retour à une vie normale de sa femme Brigitte, et n’étant pas sourd aux cris des manifestants contre le passe sanitaire ou aux sifflets dont il était l’objet lors de ses rares sorties du fort varois. C’est le paradoxe de sa situation personnelle : rarement un Président de la République n’a été autant détesté, voire haï par une partie de la population, et rarement il n’a bénéficié d’une cote de popularité assez confortable à huit mois de la fin de son mandat, qu’auraient volontiers enviée Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

 

Une campagne sans "marcheurs" pour Macron

 

À la plupart de ses interlocuteurs il se plaignait de ne pas être aimé. Mais beaucoup lui ont fait remarquer qu’il oubliait trop souvent qu’un Président de la République doit rassembler et non diviser. Or à chaque intervention il ne peut s’empêcher de cliver. Il est un anti-Chirac qui cherchait à plaire à tout le monde en ne faisant rien et en reportant toutes les décisions difficiles. Emmanuel Macron ne sait pas rester les bras ballants en attendant le prochain scrutin. Et à la différence de ce qu’était la France il y a dix ans, la crise sanitaire ou le plan de relance exigent de prendre des décisions. Et décider c’est risquer de mécontenter une partie de la population.

S’il ne parle jamais de l’échéance de 2022, tout indique en cette rentrée qu’il est bien décidé à solliciter un nouveau mandat. En profitant du désordre à droite et de la multiplication des candidatures à gauche. Sans compter l’apparition d’Éric Zemmour dans le paysage politique qui sera confortée par la prochaine publication de son nouvel ouvrage. Si les marcheurs ont quasiment disparu et si les parlementaires de la République En Marche sont tous aux abris, Emmanuel Macron entendrait faire une campagne éclair. Mais avec cette fois-ci les réserves financières de son parti. Même si Christian Dargnat, le banquier de la BNP qui avait levé des fonds pour lui en 2016 et 2017, a déjà repris son bâton de pèlerin pour frapper à la porte de patrons amis.

 

La préparation de la présidence française de l’Union Européenne

 

Après une semaine de rentrée assez classique, Emmanuel Macron s’est construit un agenda "de campagne" pour le mois de septembre, afin de ne pas laisser toute la place médiatique aux interventions des candidats de droite. C’est pourquoi il interviendra ce soir sur TF1. Puis, chaque semaine de septembre, Emmanuel Macron a inscrit une thématique à son programme. Première semaine : Marseille, qui a subi un été meurtrier. Emmanuel Macron va s’y rendre trois jours et présenter un plan pour la cité phocéenne. Deuxième semaine, séminaire de rentrée à l'Élysée et présentation d'un plan d'investissement pour bâtir la France de 2030. Troisième semaine : le président de la République conclura lui-même le Beauvau de la sécurité, ce cycle de consultations mené par le ministère de l'intérieur pour moderniser la police et la gendarmerie. Enfin quatrième semaine : Emmanuel Macron présentera le détail de son "revenu d'engagement pour les jeunes", comme il l'avait annoncé dans son allocution de juillet.

Cela l’oblige à se réinventer une nouvelle fois. Il ne peut plus se présenter à l’opinion comme l’homme du retour des jours heureux, celui qui va transformer la France, voire celui qui va hisser de nouveau le prestige du Pays. Bien sûr il y aura la Présidence française de l’Union Européenne à compter du 1er janvier 2022 qui devrait largement lui profiter. À la fin de l’automne, la France présentera ses priorités pour cette présidence de l’UE. Elles devraient tourner autour de la relance post-Covid, la souveraineté européenne, la réforme des accords de Schengen ou le pacte asile-immigration. Autant de dossiers sur lesquels Emmanuel Macron cherchera à obtenir des avancées avant le premier tour de la présidentielle, le 10 avril.

 

La tentation très forte d’Hidalgo

 

Le problème pour Emmanuel Macron ne viendra pas de la gauche, décidément très fragmentée. Avec une candidature écologiste, peut-être assurée par le très radical Éric Piolle. Avec une candidature socialiste pour laquelle Anne Hidalgo se prépare (elle a participé vendredi et samedi à l’université d’été du parti) en espérant récupérer le soutien de Yannick Jadot s’il est battu à la primaire des Verts. Avec l’inévitable candidature de Jean-Luc Mélenchon, même s’il a perdu une grande partie de sa crédibilité. Avec celle des communistes qui feront bande à part. Et surtout avec celle d’Arnaud Montebourg qui devrait l’annoncer dans les jours qui viennent. L’ancien locataire de Bercy estime possible de construire un arc politique allant de la droite souverainiste à la gauche hostile au libéralisme de Bruxelles. Depuis la publication de son livre en début d’année très nombreux ont été ceux qui l’ont poussé à faire entendre sa voix. Y compris dans les milieux économiques et patronaux. Certains sondages le créditent de 14 % au cas où il incarnerait la gauche. Soit deux fois plus que Jean-Luc Mélenchon.

Reste la "guéguerre" à droite avec d’un côté Xavier Bertrand qui fait la course en tête et sans intention de participer à une primaire. Et de l’autre une Valérie Pécresse qui a réuni hier ses soutiens à Brive avec l’intention de gagner cette primaire. Mais elle n’en a pas prononcé une seule fois le mot dans son discours d’hier. Comme si elle avait anticipé que cette primaire pourrait ne pas avoir lieu. La Présidente de la Région île de France bénéficie d’une presse bienveillante qui voit en elle la possible première femme présidente de la République. Le Magazine Le Point (appartenant à François Pinault) lui a notamment accordé une large couverture médiatique pendant tout l’été, lui permettant de se présenter comme un mélange de Merkel et de Thatcher. Il n’est pas certain que cette formule soit retenue de manière positive par les Français, y compris de droite.

 

Pécresse menacée par une primaire vidée de sa substance

 

Le problème de Valérie Pécresse serait d’être légitimée par une primaire sans mobilisation. Or Laurent Wauquiez n’étant pas candidat, c’est Éric Ciotti qui va représenter la frange bonapartiste de la Droite. Par ailleurs la présence de Michel Barnier à cette primaire et celle de Philippe Juvin n’est pas de nature à passionner les sympathisants – de moins en moins nombreux – des Républicains. Christian Jacob, le patron des Républicains aimerait bien, de fait, enterrer la primaire. Jean Léonetti s’évertue à trouver un modus operandi. Mais une chose est sûre : la renonciation de Laurent Wauquiez a tué "dans l’œuf" cette machine à perdre.

Et même si celle-ci doit avoir lieu. Ce qui est aujourd’hui de moins en moins probable, selon le théorème de 2016 qui a montré que lorsqu’il y avait une primaire le gagnant était toujours le candidat le plus radical, il n’est même pas certain qu’une primaire à droite crée une dynamique de campagne assez puissante. Et qui sait si – comme cela s’est passé il y a cinq ans dans toutes les primaires - le vainqueur sera finalement le plus radical : donc Éric Ciotti.

Le premier sondage "de départage" imaginé par l’état-major des Républicains pour voir si une personnalité se dégageait à droite est confié à l’Ifop et devrait bientôt être disponible. Xavier Bertrand est convaincu que son tour de France de l’été à base de cartes postales très "sarkozyennes" lui a été très bénéfique. À la différence du discours de Valérie Pécresse qui vise les CSP++, les cadres, les milieux économiques, son discours s’adresse à une France plus populaire mais aussi plus nombreuse. Si Xavier Bertrand est prêt à faire un ticket avec Valérie Pécresse pour gagner, il n’est pas certain que l’inverse soit vrai. En revanche, Philippe Juvin, lui, penche d’ores et déjà pour l’ancien Ministre du Travail de Nicolas Sarkozy.

 

Xi Jinping fait s’effondrer la tech chinoise

 

Sur le plan international l’été a été marqué par deux évènements. L’un très marquant avec la chute de Kaboul et le retour des Talibans après vingt ans de présence américaine et occidentale. Ce résultat désastreux est dû à un isolationnisme américain théorisé par Condoleeza Rice, puis repris par Barack Obama, crié haut et fort par Donald Trump et appliqué par Joe Biden. Les États-Unis reviennent à la doctrine de Monroe ou de Jackson qui consiste à dire que dans le pire des cas ils ne doivent se sentir concernés que par ce qui se passe sur le continent américain. Même si Anthony Blinken, le très smart Secrétaire d’État de la nouvelle administration est pour sa part obsédé par la guerre froide avec la Chine.

Le second évènement international marquant – et passé trop souvent sous les radars des grands médias – c’est la décision de Xi Jinping d’empêcher toutes les entreprises technologiques chinoises d’e-learning de faire des bénéfices. Comme ces entreprises sont, pour la plupart cotées, voire alliées à des groupes occidentaux, elles ont vu leur cours de bourse chuter tout l’été. Ce qui est venu s’ajouter à la baisse déjà forte des cours des valeurs technologiques cotées à Shanghai. Et à un climat "anti-techno" marqué depuis la disgrâce de Jack Ma, le patron d’Ali Baba, embastillé pendant plusieurs semaines. Tout cela marque une reprise en main du secteur privé par Pékin à l’opposé de la doctrine en vigueur depuis Deng Xiao Ping et résumée par cette formule pragmatique : "Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu'il attrape les souris !"

 

François Villeroy de Galhau prêt à relever ses objectifs de croissance

 

Selon nos informations, la Chine envisagerait d'adopter maintenant de nouvelles règles qui interdiraient aux groupes d'internet dont la collecte des données est susceptible de poser des problèmes de sécurité d'être cotés sur des Bourses à l'étranger, y compris aux États-Unis. Ce projet d'interdiction devrait également concerner les entreprises impliquées dans des "problèmes idéologiques". Ce projet est l'une des nombreuses propositions examinées par les autorités de régulation chinoises, qui ont durci ces derniers mois les contrôles sur les groupes technologiques.

A la Rencontre des Entrepreneurs de France (université d’été du Medef), chacun a fait part de son optimisme concernant la conjoncture hexagonale. A commencer par François Villeroy de Galhau, le mieux placé pour cela, grâce à ses indicateurs impliquant tous types d’entreprises et toutes les régions de France. De fait, la Banque de France pourrait relever sa prévision de croissance économique pour 2021, actuellement à 5,75 %, lors de la révision de ses estimations le mois prochain. L'impact de la diffusion du variant Delta du coronavirus sera limité en Europe et se fera ressentir indirectement via le ralentissement de l'activité économique en Asie et aux États-Unis, a indiqué François Villeroy de Galhau.

 

Toujours de gros problèmes de recrutement

 

Il a ajouté qu’en tout état de cause, on peut compter sur la Banque centrale européenne, par le biais de sa politique monétaire, pour continuer à soutenir l'économie du bloc. Les difficultés dans les chaînes d'approvisionnement porteront toutefois l'inflation à un niveau plus élevé que prévu à court terme bien que la banque centrale estime toujours que la hausse des prix sera temporaire. Les problèmes de recrutement seront un défi plus durable, que François Villeroy de Galhau a décrit comme le principal facteur freinant la croissance économique française.

S’agissant de l'économie américaine, elle continue de progresser vers les critères de la Réserve fédérale pour une réduction des mesures d'aides d'urgence mise en place face à la pandémie de COVID-19, a déclaré vendredi le président de la Fed, Jerome Powell, qui s'est toutefois abstenu de fournir un calendrier sur une réduction des achats d'actifs au-delà de cette année. Il a déclaré que la banque centrale resterait prudente dans toute décision éventuelle sur une hausse de taux alors qu'elle tente de ramener l'économie vers le plein-emploi, affirmant vouloir éviter d'accorder une attention excessive à une inflation qu'il juge transitoire et de décourager potentiellement la croissance de l'emploi dans son processus, défendant ainsi la stratégie instaurée il y a un an.

 

La Fed prépare les esprits à la réduction des achats d’actifs

 

En matière de réduction des achats d'actifs de la Fed, qui atteignent 120 milliards de dollars par mois, Jerome Powell, qui s'exprimait dans le cadre du symposium de Jackson Hole, a déclaré qu'il était en accord avec la majorité de ses collègues sur le fait qu'une réduction des achats d'actifs pourrait être appropriée cette année. Les semaines écoulées depuis la réunion du comité de politique monétaire en juillet ont permis d'accomplir plus de progrès vers le rétablissement du marché de l'emploi, avec près d'un million de postes créés, et ces progrès doivent se poursuivre, a-t-il dit. Mais cette courte période a également coïncidé avec la poursuite de la propagation du variant Delta du coronavirus, a-t-il rappelé.

Dans les jours qui ont précédé cette intervention, plusieurs présidents des antennes régionales de la Fed se sont exprimés en faveur d'un "tapering". Jerome Powell ne s'est quant à lui pas prononcé sur un calendrier ni sur les modalités d’un tel processus. Expliquant que la Fed évaluerait les données disponibles et l'évolution des risques et signalant que les discussions au sein de la Fed sur le calendrier de ce "tapering" ne sont pas encore arrêtées et qu'elles doivent intégrer les risques sanitaire et économique.

 

P.-S. : Toute l’équipe de WanSquare et de la Lettre de L’Expansion vous souhaite une très bonne reprise. Nous vous présenterons de nombreuses nouveautés à l’occasion de cette rentrée. En vous remerciant pour votre confiance marquée, au cours de l’été, par une forte croissance des abonnements. Ce gage de confiance nous oblige à placer encore plus haute la barre des exclusivités et des analyses que nous vous proposons.

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