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Yves de Kerdrel

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Macron confronté à la rentrée sociale
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République a commencé sa campagne électorale par trois jours passés à Marseille, de nombreuses promesses aux habitants de la Cité phocéenne, et plusieurs milliards d’euros à distribuer. Pendant ce temps-là, et avec l’arrêt du « quoiqu’il en coûte », la rentrée sociale s’annonce chaude sur le front de la réforme des allocations-chômage, de la retraite, et de la revalorisation des bas salaires.

05/09/2021 - 06:30 Temps Lecture 20 mn.

 

Comme l’a très habilement souligné Catherine Nay sur Europe 1, les trois jours de déplacement présidentiel à Marseille ressemblaient davantage à un "coup de com" qu’à un véritable déplacement politique. À l’exception de l’annonce – très importante – de l’autonomie donnée aux directeurs d’établissements scolaires de choisir eux-mêmes leurs professeurs, au lieu de se les faire imposer par la région, le Chef de l’État n’a fait que promettre des centaines de millions d’euros, pour la sécurité, pour le social, pour l’habitat social et pour l’attractivité de la métropole.

Autant de promesses qui relèvent plus d’un candidat en campagne que d’un Chef de l’État qui s’est engagé à revenir en octobre et au début de l’année prochaine pour voir comment ses idées étaient mises en œuvre. Catherine Nay s’est interrogée sur le fait de savoir si cette opération de communication, largement retransmise par les chaînes d’information en continu ne devait pas être retenue dans ses comptes de campagne. D’autant que concernant l’habitat social, Emmanuel Macron n’a fait que reprendre les propositions formulées par Jean-Louis Borloo dans un rapport qu’il avait vite rangé au fond de son bureau.

 

L’autorité, la sécurité et la protection

 

Toujours est-il que ces trois jours à Marseille ont donné le ton de ce que sera la campagne d’Emmanuel Macron : le paquet sur l’autorité et la sécurité et en même temps des gros chèques pour le social. Tout cela avait été préparé au cours de l’été par les quelques proches du Président qui le poussent à se représenter en 2022 – à l’exception de son épouse.

Parmi eux figurent Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-Mer, l'un des transfuges de la droite ; Stéphane Séjourné, député européen, l'un des conseillers politiques du président ; Clément Beaune, le secrétaire d'État aux Affaires européennes, qui a donné une interview très politique dans Le Monde ; l'incontournable Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement ; Julien Denormandie, le ministre de l'Agriculture ou encore Jean-Marie Girier, un homme de l'ombre, directeur de campagne en 2017, qui est devenu préfet tout en gardant l'oreille du président.

 

Qui le Chef de l’État consulte-t-il ?

 

Il reste qu’Emmanuel Macron, comme toujours, n’en fait qu’à sa tête, et que nul conseiller ne peut dire qu’il influence le Chef de l’État. Comme beaucoup se le répètent chez les marcheurs : le directeur de campagne d'Emmanuel Macron, c'est Emmanuel Macron. C’est vrai que depuis sa rentrée fin août, le Président de la République consulte davantage. Notamment de vieilles connaissances : des élus, des intellectuels comme Jean Pisani-Ferry, des agitateurs d’idée comme Daniel Cohn-Bendit et sur les questions régaliennes (qu’il avait occultées en 2017) Jean-Pierre Chevènement, dont il avait été proche juste après sa sortie de l’Ena.

Par ailleurs il a bien retenu la leçon de François Mitterrand selon laquelle il ne faut jamais se faire trop d’ennemis. C’est pourquoi il a renoué avec Gérard Collomb, l’ex-Maire de Lyon qui s’était engagé très tôt pour lui en 2016 avant de claquer la porte du ministère de l’Intérieur. Ou bien comme Nicolas Hulot avec lequel il a terminé son séjour marseillais par une visite en bateau du Parc des Calanques avant une intervention sur les questions de biodiversité. Autant dire que cette campagne va mêler du social-libéralisme, de l'écologie et une pincée de souverainisme de gauche…

 

Des sondages toujours favorables !

 

Pour l’heure Emmanuel Macron ne voit aucun obstacle sur sa route tant les candidatures sont nombreuses et surtout au vu de sa cote de popularité dans les sondages. À moins de huit mois de l’élection présidentielle et alors que les rentrées politiques des différents partis en lice se succèdent, le baromètre Harris Interactive publié par le magazine Challenges, mercredi dernier, donne Emmanuel Macron en tête au premier tour, quels que soient les candidats testés.

Si certains candidats à droite comme Laurent Wauquiez et François Baroin ont déjà déclaré forfait, ceux qui restent engagés ne semblent, aujourd’hui, pas devoir l’inquiéter Emmanuel Macron. Il affiche au premier tour un score de 24 % face à Xavier Bertrand (16 %) et de 26 % avec Valérie Pécresse (14 %). Éric Ciotti ne recueille lui que 6 % contre un Emmanuel Macron qui atteindrait 30 %. Dans ces trois cas de figure, Marine Le Pen arrive seconde avec respectivement 23, 24 et 26 % des voix.

 

Un niveau de confiance au plus haut depuis un an

 

De même le sondage mensuel réalisé par Elabe pour Les Échos et Radio Classique lui est très favorable, puisque pour cette rentrée 2021, la confiance exprimée à l’égard de l’exécutif progresse : 37 % (+ 3 points) des Français interrogés accordent leur confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. Sa cote de confiance est à son plus haut niveau depuis un an (évolution comprise entre 32 et 36 % depuis septembre 2020). À l’inverse, 57 % des Français ne lui font pas confiance.

D’un point de vue partisan, la confiance accordée au président baisse auprès des sympathisants de gauche (31 %, -5), reste stable auprès des sympathisants de droite (37 %, +1) et progresse auprès des sympathisants de la majorité (92 %, +8). D’un point de vue sociodémographique, sa cote de confiance progresse auprès des plus de 65 ans (41 %, +6), des 18-24 ans (47 %, +6), mais également auprès des 25-34 ans, auprès de qui sa cote de confiance est plus fragile (31 %, +5). Elle baisse en revanche auprès des 35-49 ans (34 %, -6). La confiance obtenue auprès des cadres (44 %, -5), bien qu’en baisse, reste supérieure à celle enregistrée auprès des autres catégories professionnelles.

 

Xavier Bertrand détient la meilleure image à droite

 

Parmi le personnel politique, malgré une baisse de 4 points, Édouard Philippe maintient sa première place du classement des personnalités (49 %). Le trio de tête, complété par Nicolas Hulot (41 %, -1) et Roselyne Bachelot (39 %, +2), reste inchangé depuis le mois dernier. En cette veille de rentrée scolaire, l’image de Jean-Michel Blanquer progresse de 3 points, à 22 %. Parmi les prétendants annoncés à l’élection présidentielle de l’année prochaine, Xavier Bertrand, sixième du classement, détient le meilleur niveau d’image (31 %).

Il devance Valérie Pécresse (28 %, neuvième) et Marine Le Pen (26 %, 11ème). Plus loin, Michel Barnier obtient 21 % d’image positive tout comme Anne Hidalgo 21 %. En augmentation de 4 points, Jean-Luc Mélenchon enregistre la plus forte progression de ce mois (19 %). Candidat putatif à cette élection, Éric Zemmour, testé pour la première fois dans l’observatoire politique, obtient 19% d’image positive, tout comme Arnaud Montebourg, à nouveau testé ce mois-ci et qui a officialisé hier sa candidature. Yannick Jadot (16 %) devance l’autre prétendant écologiste testé, Éric Piolle (7 %). Dernier du classement. Éric Ciotti, testé pour la première fois à la suite de l’annonce de sa candidature à la primaire, obtient 12 % d’image positive. Mais le sondage le plus intéressant a été fait par RTL sur le candidat (déclaré) favori des 104 députés LR à l’Assemblée nationale (85 députés ont répondu). Résultat : Xavier Bertrand (non-membre de LR) : 24, Valérie Pécresse : 14, Michel Barnier : 12, Éric Ciotti : 3 et Philippe Juvin : 0, "Personne ne s’impose" : 32… !

 

L’inconnue du variant colombien

 

Même si Emmanuel Macron semble surfer sur les vagues de sondage, cela ne veut pas dire que les jeux sont faits à 200 jours de l’élection présidentielle. Il y a l’inconnue de la droite avec la question de la primaire ou bien celle d’un ticket Bertrand-Pécresse qui pourrait ratisser très large. Il y a aussi l’inconnue de la crise sanitaire avec l’apparition du cinquième variant, Mu, très présent en Colombie, mais également apparu sur le sol français. C’est le variant que redoutait Jean-François Delfraissy, car il résiste à tous les vaccins existants. Il y a aussi l’inconnue du climat social avec les grands sujets de la rentrée. À commencer par la remise en œuvre de la réforme des allocations-chômage.

Cette réforme prête et adoptée depuis près de deux ans avait su son application suspendue en mars 2020 à cause de la crise sanitaire. Pressé par Bruxelles, le gouvernement l’a ressortie du placard fin juin. Mais le Conseil d’État (sortant de ses prérogatives) a jugé qu’il était inopportun de l’appliquer compte tenu du climat économique. Depuis le nombre de chômeurs a baissé et la croissance est plus élevée que prévu. Ce qui autorise le gouvernement à l’appliquer enfin. Au grand dam des syndicats qui prévoient une journée d’action le 5 octobre prochain, mais sans la CFDT.

 

Du pouvoir d’achat au pouvoir de vivre

 

Il y a surtout la question des salaires et du niveau de vie qui s’invite dans cette rentrée mais qui risque de dominer la campagne. On a assisté cette semaine à une passe d’armes entre Bruno Le Maire et Geoffroy Roux de Bézieux. Le locataire de Bercy a repris à son compte la proposition de Valérie Pécresse d’augmenter de 10 % les salaires par une baisse des cotisations salariales. Une mesure insolite de la part d’une candidate qui se déclare libérale… Naturellement, dans son rôle, le président du Medef s’est demandé depuis quand l’État fixait les salaires du secteur privé. Même si à travers le Smic, une bonne partie des salariés dépendent de son bon vouloir.

Étant donné qu’en intégrant le travail à temps partiel 50 % des salariés touchent un salaire net mensuel de 1 650 euros alors que le Smic net se situe autour de 1 200 euros. Où est le "pouvoir de vivre", pour reprendre l’expression du leader de la CFDT, avec une telle paupérisation du travail ? Là où Valérie Pécresse n’apporte qu’une réponse technocratique et uniforme, Xavier Bertrand veut faire de cette question un élément majeur de son programme. D’où sa volonté farouche de revaloriser le travail. Ce qui signifie : faire en sorte que les Français travaillent plus. Mais aussi qu’ils gagnent plus. Et que le postulat millénaire "tu travailleras pour vivre" retrouve ses lettres de noblesse quand il y a tant de travailleurs pauvres.

 

Léger ralentissement de l’activité en France

 

Au chapitre économique, la croissance de l'activité du secteur privé en France a légèrement ralenti pour le deuxième mois consécutif en août, bien que son rythme soit resté soutenu. Selon les données définitives publiées vendredi par IHS Markit, l'indice PMI composite de la France s'est replié à 55,9 en août, son plus bas niveau depuis quatre mois, contre 56,6 en juillet. L'indice d'août est conforme à l'estimation préliminaire publiée le 23 août.

Un chiffre supérieur à 50 indique une expansion de l'activité par rapport au mois précédent, tandis qu'un chiffre inférieur à 50 dénote un recul. Dans le détail, l'indice PMI des services a reculé à 56,3 en août, contre 56,8 en juillet. Ce chiffre est légèrement inférieur à l'estimation provisoire publiée le 23 août, qui se situait à 56,4. L'indice PMI du secteur manufacturier, publié le 1er septembre, s'est établi à 57,5 en août, contre 58 en juillet.

 

Christine Lagarde évoque un soutien "chirurgical"

 

Du côté de l’Europe, l'économie de la zone euro est en train de se relever de la crise du coronavirus et n'a plus besoin que d'un soutien "chirurgical", concentré sur les secteurs encore en difficulté, a déclaré Christine Lagarde, dans un entretien publié mercredi par le magazine Time. Nous nous sommes vraiment durement battus, affirme-t-elle, nous avons bien riposté et nous sommes arrivés aujourd'hui à une situation qui nécessite beaucoup d'attention.

La Banque centrale européenne devrait annoncer la semaine prochaine qu'elle réduira ses rachats d'actifs au titre du Programme d'urgence face à la pandémie (PEPP) à partir du quatrième trimestre mais elle devrait maintenir ses autres programmes au moins jusqu'en 2024. La BCE devait acheter pour 70 milliards d'euros de titres par mois dans le cadre du PEPP à partir du quatrième trimestre contre 80 milliards d'euros actuellement.

 

Un coup de semonce pour Alexandre Bompard

 

Coté business l’évènement de la semaine a été la sortie définitive du groupe Arnault du capital de Carrefour. Cette opération, qui était prévisible, est un sérieux avertissement pour Alexandre Bompard, qui mène, selon le propriétaire du numéro un mondial du luxe, une transformation trop lente du groupe de distribution et qui rechignait à en diminuer la taille au risque de sortir du CAC 40.

Désormais il se retrouve avec deux actionnaires : la famille Moulin-Houzé (propriétaire des Galeries Lafayette) qui dispose de 17 % des droits de vote et Alberto Diniz. De fait l’action Carrefour a chuté de 6 % au cours de la semaine écoulée et elle affiche sur un an une performance équivalente à celle de Casino. Le groupe de Jean-Charles Naouri, qui était aux prises de fonds activistes nauséabonds, s’est finalement transformé bien plus vite et bien plus tôt que Carrefour avec Alexandre Bompard.

 

Arnaud Lagardère dans le collimateur de la justice

 

Par ailleurs Bernard Arnault a profité d’une fenêtre de tir prévue dans les accords avec Arnaud Lagardère pour sortir de la société holding du patron du groupe éponyme. De fait Financière Agache va céder l'intégralité de sa participation dans Lagardère Capital, holding personnelle d'Arnaud Lagardère, en contrepartie d'actions du groupe Lagardère. Cette opération, qui sera bouclée au plus tard début octobre, s'accompagnera de l'extinction du pacte d'actionnaires entre les holdings des deux hommes d'affaires. Cela intervient au moment où Arnaud Lagardère a de plus en plus de soucis avec le parquet national financier.

Financière Agache a exercé le 1er septembre 2021 sa faculté de céder l'intégralité de sa participation dans la société Lagardère Capital en contrepartie d'actions Lagardère SA détenues par Lagardère Capital à hauteur de la valeur de sa participation dans cette dernière. À l’issue de l'opération, la participation de Financière Agache dans Lagardère, dont le statut a été modifié en société anonyme cette année, devrait passer d'un peu plus de 7 % à près de 10 %.

 

La bévue évitée de justesse par Sanofi

 

Enfin La Lettre de l’Expansion révèle demain un point important qu’a occulté l’actuel management de Sanofi, manifestement pas meilleur que le précédent. Le groupe pharmaceutique a annoncé triomphalement début août l’acquisition de la société de biotech Translate Bio, ce qui lui permet d’avoir accès aux techniques de l’ARN messager, qui a donné un atout à Pfizer-BioNtech dans sa course pour le développement d’un vaccin contre le Covid.

Mais ce que Sanofi a oublié de mentionner, c’est qu’en début d’année les financiers de Sanofi souhaitaient vendre au contraire la participation minoritaire qu’ils avaient acquise au capital de Translate Bio. Si tel avait été le cas c’aurait été une redite de la piteuse cession des actions Regeneron il y a un an alors que cette entreprise a développé un traitement à base d’anticorps monoclonaux et est devenue une star de la pharmacie américaine.

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