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Yves de Kerdrel
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Macron déterminé à y aller
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État, qui refuse toujours de parler de son éventuelle candidature pour un second mandat, ne cache plus sa détermination à se représenter. Il entend profiter de la sortie de la crise sanitaire, de la reprise économique et d’un paysage politique marqué par une forte division de la gauche – au moment où Anne Hidalgo officialise sa candidature – et d’un éclatement de la droite et des extrêmes.
Si au Château tout se met en place afin d’organiser une candidature d’Emmanuel Macron pour un second mandat – alors que l’intéressé refuse d’en parler – c’est que le quarteron de conseillers du Président considère que les planètes n’ont jamais été aussi bien alignées. La droite peine à trouver un mode de désignation de son candidat, en dépit de l’avance prise dans les sondages par Xavier Bertrand. L’extrême-droite qui se réunit se week-end commence à mesurer les dégâts d’une candidature – désormais certaine – d’Éric Zemmour.
Quant à la gauche, elle n’a jamais été aussi divisée avec une candidature communiste, celle de Jean-Luc Mélenchon, une candidature écologiste (on connaitra bientôt le nom du vainqueur de la primaire), la candidature d’Arnaud Montebourg et celle d’Anne Hidalgo qui est officialisée ce matin dans la presse dominicale et ce soir au 20 heures de France 2 sur le plateau de Laurent Delahousse. La Maire de Paris publie par ailleurs un livre intitulé "une femme française" et elle entend bien récupérer dans ses filets le perdant de la primaire écologiste.
Un séminaire gouvernemental aux allures de comité de campagne
Dans ce paysage politique – "façon puzzle" - Emmanuel Macron, fortement convaincu par Alexis Köhler, s’est décidé à accélérer sa campagne en poursuivant son tour de France et sa distribution de chèques, comme l’avait fait – avec peu de succès - Lionel Jospin en 2002. Après son déplacement à Marseille, cette semaine il s’est concentré sur le séminaire gouvernemental où chaque ministre était prié d’apporter trois idées d’initiatives fortes à prendre d’ici la fin du mandat.
Le climat était plus que sérieux, selon plusieurs membres du gouvernement que nous avons pu joindre. Emmanuel Macron était très directif et ne cachait pas son insatisfaction devant les ministres aux idées un peu molles. Par ailleurs il a vivement tancé son équipe sur les citations qui lui sont attribuées à propos d’une éventuelle réforme des retraites. Ce qui a conduit Jean Castex à démentir, à l’issue de ce séminaire, tout projet en ce sens dans les semaines qui viennent.
En campagne auprès des agriculteurs
Après un hommage national à Jean-Paul Belmondo, Emmanuel Macron est donc reparti en campagne vendredi dans les Alpes de Haute-Provence. Il s’est rendu à la plus grande foire agricole en plein air d'Europe, organisée par le syndicat des Jeunes Agriculteurs. Une occasion unique pour y annoncer une hausse des fonds publics afin d’aider les agriculteurs à s'assurer contre des dégâts comme les inondations ou le gel qui a particulièrement touché cette année les Alpes-de-Haute Provence.
Il a aussi annoncé une réforme du système, avec la mise en place d'un guichet unique entre assurances privées et fonds de calamités agricoles, que l'État déclenche pour tous les exploitants en cas de catastrophe majeure. Les Jeunes Agriculteurs souhaitent aussi une rémunération par le stockage de carbone, afin de valoriser l'apport environnemental de l'agriculture et d'apporter durablement un nouveau débouché aux jeunes agriculteurs, ainsi qu'une reconnaissance des coûts de production dans la construction du prix.
L’insécurité s’amplifie … sauf dans les programmes
Dans ces déplacements, il y a bien sûr la volonté de visiter tous les Français, de montrer qu’il entend réformer jusqu’au dernier moment et de faire campagne plus ou moins discrètement. Il y a aussi la nécessité de sortir de l’Élysée et de prendre la parole pour ne pas laisser les micros et les médias aux seuls candidats déclarés ou à ses détracteurs.
La semaine qui vient sera marquée par la clôture du Beauvau de la Sécurité à laquelle il participera lui-même. Il s’agira d’une nouvelle distribution de moyens financiers accordés aux forces de police et de gendarmerie pour lutter contre les foyers d’insécurité et réduire les zones de non-droit. Le problème, c’est que la réponse pénale est au moins aussi importante que la question de l’état des commissariats. Et la multiplication des fusillades, des rixes et autres actes de délinquance dure crée un climat d’insécurité inédit en France, que le gouvernement ne semble pas appréhender de manière assez sérieuse. Toujours comme Lionel Jospin en 2002… !
Un préfet pour cornaquer Marine Le Pen
A droite, il y a trois sujets. Celui de l’extrême-droite qui s’est réunie ce week-end – pendant que Marion Maréchal convolait avec un député nationaliste italien – où Marine Le Pen a obtenu une légitimation de la part de ses troupes sur une ligne plus modérée qu’elle développe depuis un an et demi. A la fois sur l’Europe, sur l’économie et même sur l’immigration. Même si elle prêche toujours pour la retraite à soixante ans.
Elle est désormais cornaquée de très près par un préfet de 58 ans, Christophe Bay, qui est sorti de l’ENA en 1990. Il a notamment été préfet de l’Aube en 2011, puis de la Dordogne en 2014. Il est aussi passé par les cabinets de ministres de l’Intérieur de différents bords : Daniel Vaillant et Jean-Pierre Chevènement lors de la cohabitation Chirac-Jospin et Brice Hortefeux sous le quinquennat Sarkozy. Depuis 2017, Christophe Bay pond des notes sur l’immigration et la sécurité qui sont ses sujets de prédilection.
Le cas Zemmour commence à inquiéter
Le problème de Marine Le Pen c’est clairement Éric Zemmour qui ne parle qu’islamisme et "grand remplacement" alors qu’elle a choisi d’amodier son discours sur ces thèmes et d’avoir un vrai programme de gouvernement. Le chroniqueur du Figaro qui publie son livre programme ces jours-ci va sans doute faire la une de nombreux médias qui vont lui servir de porte-voix, alors que son temps de parole doit désormais être décompté.
Le sujet d’Éric Zemmour, c’est qu’il n’a aucun programme économique, aucune idée sur l’international. Il a un discours monocorde sur l’immigration, et la disparition de la nation française. C’est une méthode très proche de celle de Trump il y a cinq ans ou de Sebastian Kurz, le très jeune chancelier autrichien, élu quasiment sans programme. Pour l’heure il bénéficie de 6 % environ dans les sondages avec une partie de ses soutiens qui vient aussi des Républicains.
Les Républicains cherchent toujours une méthode
Enfin il y a le sujet des Républicains ou apparentés (puisque Valérie Pécresse et Xavier Bertrand n’appartiennent plus à ce parti). A l’heure qu’il est le mode de désignation du candidat n’est toujours pas fixé. Les adhérents en décideront le 25 septembre lors d’un congrès destiné à changer les statuts du parti. On saura alors si la primaire est destinée aux militants ou bien s’il s’agit d’une "primaire ouverte", que préfèrerait Valérie Pécresse. A moins que les militants décident de se hâter lentement et de ne prendre leur décision qu'au cours d'un nouveau congrès en novembre.
Il reste que Xavier Bertrand restant en dehors du processus, cela prive la désignation du candidat de la droite d’une part de légitimité. Et surtout le Président de la Région Hauts de France bénéficie d’un capital politique solide, estimé à 18 % des électeurs. Il est surtout le seul à droite que les sondages donnent vainqueur face à Emmanuel Macron dans l’hypothèse d’un second tour. Même si beaucoup de surprises peuvent encore se passer, une candidature unique est encore largement possible. Surtout si Éric Ciotti rejoint Xavier Bertrand, et si ce dernier parvient à convaincre Valérie Pécresse de former un ticket. Nicolas Sarkozy, qui reçoit tout le monde – et qui a déjeuné jeudi avec Emmanuel Macron - volera au secours de celui ou celle qui a le plus de chance. Quitte même à ce que ce soit l’actuel Président.
L’Insee plus optimiste que le gouvernement
Au chapitre économique l’actualité a été dominée par la publication de la note de conjoncture de l’Insee. Une publication qui affirme que l'économie française a poursuivi son redressement cet été malgré la quatrième vague de l'épidémie de COVID-19. A tel point que l’Institut a revu en légère hausse sa prévision de croissance pour cette année. Après s'être contracté de 8% en 2020, le produit intérieur brut de la France devrait connaître un rebond de 6,25% cette année selon l'Insee, qui ne tablait que sur une croissance de 6% dans sa dernière estimation, publiée début juillet.
L'institut national de la statistique s'avère donc désormais légèrement plus optimiste que le gouvernement, qui escompte encore une croissance de 6% en 2021. Pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, l'intensification de la circulation du virus n'a pas provoqué de recul marqué de l'activité économique, souligne l'Insee. Malgré l'instauration puis l'élargissement du pass sanitaire pour tenter de contenir la nouvelle flambée épidémique estivale, alimentée par la progression du variant Delta du coronavirus SARS-CoV-2, l'activité économique globale a continué à progresser, pour se retrouver relativement proche de son niveau d'avant-crise : entre -1% et -0,5% par rapport au quatrième trimestre 2019, note l'Insee.
Un retour au niveau de fin 2019 dès le quatrième trimestre
A titre de comparaison, les précédentes flambées épidémiques s'étaient accompagnées de reculs significatifs de l'activité économique par rapport au niveau d'avant-crise : -30 % lors de la première vague en avril 2020, -7 % lors de la deuxième vague en novembre 2020 et -6 % lors de la troisième vague en avril 2021, a souligné Julien Pouget, chef du département de conjoncture de l'Insee, lors d'une conférence de presse en ligne. Dans les faits, l'analyse des données des transactions par carte bancaire suggèrent que le pass sanitaire aurait eu un impact temporaire dans certaines activités de loisirs, un impact modéré et sans doute également transitoire dans les restaurants, et pas d'impact dans les transports, souligne l'Insee.
Au total, l'Insee estime que l'économie française devrait retrouver son niveau d'avant-crise à la fin de l'année, avec un écart limité à -0,1% par rapport à l'activité de fin 2019 lors du quatrième trimestre 2021.La poursuite du redressement de la deuxième économie de la zone euro devrait se traduire par une progression du PIB de 2,7% au troisième trimestre, puis de 0,5% au quatrième, en variation trimestrielle, anticipe l'Insee en prévenant que ses prévisions dépendent notamment de la stabilisation de la situation sanitaire ainsi que des problèmes d'approvisionnement dans certains secteurs.
La BCE va réduire ses achats d’obligations
Autre actualité majeure : l’annonce par la Banque centrale européenne qu’elle va légèrement réduire ses achats d'obligations sur les marchés au quatrième trimestre, un premier pas prudent vers le retrait des mesures exceptionnelles mises en œuvre pour soutenir l'économie de la zone euro pendant la crise du coronavirus. Le succès des campagnes de vaccination contre le COVID-19 dans de nombreux pays européens favorise aujourd'hui le retour à la normale de l'activité économique, ce qui a conduit de nombreux responsables et analystes à plaider ces derniers mois en faveur d'un arrêt des soutiens.
Mais la propagation du variant Delta, aux États-Unis notamment, en freinant la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale, incite la BCE à la prudence : elle s'est gardée jeudi d'annoncer quand elle prévoyait de mettre fin au Programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP) créé en mars 2020 et doté de 1.850 milliards d'euros, qui lui a permis d'empêcher une hausse des coûts du crédit sur les marchés. Christine Lagarde a d’ailleurs souligné que la démarche choisie ne constituait pas en un "tapering", et a renvoyé à la dernière réunion de politique monétaire de l'année, en décembre, le débat au sein du Conseil des gouverneurs sur l'arrêt définitif du PEPP et les suites éventuelles à lui donner.
Une inflation supérieure à 2 % cette année
Trois sources au sein de la BCE ont déclaré à la presse que le Conseil s'était accordé sur un objectif de 60 à 70 milliards d'euros d'achats mensuels mais aussi sur la possibilité de les adapter aux conditions de marché. Le communiqué de politique monétaire réaffirme aussi que la BCE reste prête à augmenter ses soutiens en cas de besoin, un signe supplémentaire de prudence.
La banque centrale a pourtant revu à la hausse ses prévisions économiques pour la zone euro, disant tabler désormais sur une croissance de 5% cette année, contre 4,6% jusqu'à présent, et une inflation de 2,2%, contre 1,9%. L'inflation devrait ensuite revenir à 1,7% l'an prochain et 1,4 en 2023, donc loin de l'objectif de la BCE fixé à 2%. La banque centrale, a précisé Christine Lagarde, considère que la hausse des salaires reste modeste et que les goulets d'étranglement, qui favorisent la hausse des prix des matières premières et de certains équipements, devraient peu à peu se résorber.
Une première short-list sur le dossier Equans
Sur le plan du business, le gros dossier du moment reste le processus de vente d’Equans mené par Engie qui a sollicité de nombreuses marques d’intérêt, toutes déposées lundi dernier. Selon nos informations un comité ad hoc du conseil d’administration se réunira ce mardi sous la présidence de Jean-Pierre Clamadieu afin de ne retenir que quatre à cinq candidats pour la deuxième phase du processus. Un premier travail de sélection aura été mené en amont par Catherine MacGregor et Sergio Val avec les banques conseils et les avocats.
Il semblerait que le conseil d’Engie souhaite faire figurer les quatre à cinq meilleurs candidats dans cette short-list. Ce qui laisse envisager qu’y figureraient les trois groupes industriels français : Eiffage, Spie, et Bouygues et deux fonds (ou associations de fonds). Spie qui se démène beaucoup sur ce dossier a vu son cours de bourse chuter cette semaine à l’idée de cette opération bien plus importante que sa capitalisation boursière.
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